Cette fiction imite un processus de création (une recherche de formes). Je dis que comme il n’y a pas de véritable cheminement et de véritables erreurs, il ne peut pas se produire de véritables trouvailles.
Personnellement (et je me rends compte que je dois bien insister sur le fait que c’est une perspective personnelle, celle de quelqu’un qui est curieux des processus de création en général, et curieux de la recherche de formes poétiques en particulier), ce texte ne me renseigne pas sur le fonctionnement réel d’un processus de création littéraire et sur la manière dont une vie vécue infléchit la recherche de formes artistiques. Et pour cause. Derrière ce texte il n’y a pas de vie vécue, pas d’erreurs, de tâtonnements et de découvertes, ou seulement très indirectement : les fragments de vie qu’ont vécu ceux dont les textes ont été utilisés pour entraîner claudeai).
Pour éclaircir le sentiment que j’ai eu en lisant ce texte, je vais prendre l’exemple d’une autre fiction qui raconte le déroulement d’un processus de création : La recherche du temps perdu de Proust. Apparemment, dans la recherche du temps perdu tout est fictif : les personnages, les lieux, les évènements racontés, les sentiments, les pensées, la rencontre avec le temps à l’état pur qui provoque la décision d’écrire, etc. Pourtant, toute cette matière fictive a été élaborée à partir de la vie de Proust, vie unique qui était la seule à pouvoir sécréter cette œuvre unique qui en est le produit mais non le décalque.
Dire cela ce n’est pas plaider contre les œuvres de fiction. Au contraire, c’est à mes yeux l’une des plus grandes gloires de la fiction de réussir à transformer des expériences vécues en œuvres d’art plus ou moins universelles.
Ainsi, l’écrivain raconte les doutes et les tourments de personnages qui n’ont pas réellement existé et qui vivent des évènements qui n’ont jamais eu lieu, comme tu le dis. Mais, au moment de décrire les doutes et les tourments de ses personnages, de quels matériaux l’écrivain se sert-il ? Il a il me semble deux sources principales : soit il se sert de ses propres expériences, et essaye d’utiliser au mieux les ressources du langage pour coller au plus près de ces émotions qu’il connaît d’expérience et dont il se rappelle, soit il se sert des phrases et des figures dont d’autres se sont servis avant lui et qu’il a déjà entendues ou lues, c’est-à-dire le plus souvent de clichés. Les ias génératives nous permettent de rencontrer une sorte d’écrivain qui ne se sert pour écrire que de ce qu’ont écrit d’autres avant lui (c’est-à-dire les expériences des autres), et jamais de la forme la plus adéquate pour décrire des expériences individuelles (et pour cause...). Autrement dit : les ias sont des écrivains dont les clichés sont la matière première.
Je reviens au texte de départ, à ce récit d’un processus de création. Je ne dis pas que ce texte n’a aucun intérêt intrinsèque et qu’il est impossible de le trouver beau ou touchant.Je crois toutefois qu’en tant que récit d’une expérience ce texte semble largement manquer du plus important à mes yeux : l’expérience.
Personnellement, ce qui m’intéresse le plus dans la création poétique (et plus généralement dans la création artistique), c’est précisément la part individuelle des œuvres, la part personnelle qui ne peut pas être réduite à des clichés. J’ai en général plaisir à lire les journaux personnels des auteurs (plus ou moins fictionnels) pour pouvoir apercevoir le travail laborieux qui permet de réussir à exprimer le plus justement possible leur expérience propre, et qui permet aux auteurs d’essayer de se détacher un tant soit peu des clichés (des manières de dire communes), ce qui n’est jamais entièrement possible (même chez les plus grands écrivains les véritables trouvailles sont peut-être plus rares que les manières de dire communes). Je n’ai pas retrouvé ce plaisir à la lecture de ce texte.
[^] # Re: Repentirs
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au journal Repentirs — un poème dont l'historique git est l'œuvre. Évalué à 4 (+3/-0).
Cette fiction imite un processus de création (une recherche de formes). Je dis que comme il n’y a pas de véritable cheminement et de véritables erreurs, il ne peut pas se produire de véritables trouvailles.
Personnellement (et je me rends compte que je dois bien insister sur le fait que c’est une perspective personnelle, celle de quelqu’un qui est curieux des processus de création en général, et curieux de la recherche de formes poétiques en particulier), ce texte ne me renseigne pas sur le fonctionnement réel d’un processus de création littéraire et sur la manière dont une vie vécue infléchit la recherche de formes artistiques. Et pour cause. Derrière ce texte il n’y a pas de vie vécue, pas d’erreurs, de tâtonnements et de découvertes, ou seulement très indirectement : les fragments de vie qu’ont vécu ceux dont les textes ont été utilisés pour entraîner claudeai).
Pour éclaircir le sentiment que j’ai eu en lisant ce texte, je vais prendre l’exemple d’une autre fiction qui raconte le déroulement d’un processus de création : La recherche du temps perdu de Proust. Apparemment, dans la recherche du temps perdu tout est fictif : les personnages, les lieux, les évènements racontés, les sentiments, les pensées, la rencontre avec le temps à l’état pur qui provoque la décision d’écrire, etc. Pourtant, toute cette matière fictive a été élaborée à partir de la vie de Proust, vie unique qui était la seule à pouvoir sécréter cette œuvre unique qui en est le produit mais non le décalque.
Dire cela ce n’est pas plaider contre les œuvres de fiction. Au contraire, c’est à mes yeux l’une des plus grandes gloires de la fiction de réussir à transformer des expériences vécues en œuvres d’art plus ou moins universelles.
Ainsi, l’écrivain raconte les doutes et les tourments de personnages qui n’ont pas réellement existé et qui vivent des évènements qui n’ont jamais eu lieu, comme tu le dis. Mais, au moment de décrire les doutes et les tourments de ses personnages, de quels matériaux l’écrivain se sert-il ? Il a il me semble deux sources principales : soit il se sert de ses propres expériences, et essaye d’utiliser au mieux les ressources du langage pour coller au plus près de ces émotions qu’il connaît d’expérience et dont il se rappelle, soit il se sert des phrases et des figures dont d’autres se sont servis avant lui et qu’il a déjà entendues ou lues, c’est-à-dire le plus souvent de clichés. Les ias génératives nous permettent de rencontrer une sorte d’écrivain qui ne se sert pour écrire que de ce qu’ont écrit d’autres avant lui (c’est-à-dire les expériences des autres), et jamais de la forme la plus adéquate pour décrire des expériences individuelles (et pour cause...). Autrement dit : les ias sont des écrivains dont les clichés sont la matière première.
Je reviens au texte de départ, à ce récit d’un processus de création. Je ne dis pas que ce texte n’a aucun intérêt intrinsèque et qu’il est impossible de le trouver beau ou touchant.Je crois toutefois qu’en tant que récit d’une expérience ce texte semble largement manquer du plus important à mes yeux : l’expérience.
Personnellement, ce qui m’intéresse le plus dans la création poétique (et plus généralement dans la création artistique), c’est précisément la part individuelle des œuvres, la part personnelle qui ne peut pas être réduite à des clichés. J’ai en général plaisir à lire les journaux personnels des auteurs (plus ou moins fictionnels) pour pouvoir apercevoir le travail laborieux qui permet de réussir à exprimer le plus justement possible leur expérience propre, et qui permet aux auteurs d’essayer de se détacher un tant soit peu des clichés (des manières de dire communes), ce qui n’est jamais entièrement possible (même chez les plus grands écrivains les véritables trouvailles sont peut-être plus rares que les manières de dire communes). Je n’ai pas retrouvé ce plaisir à la lecture de ce texte.