Le Seigneur des Anneaux est la représentation d'une société que son auteur percevait comme sexiste, la société médiévale. Noter d'ailleurs que Tolkien percevait la société médiévale comme sexiste, mais que ça ne lui posait aucun problème. Noter aussi que Tolkien s'inscrit dans son époque : l'historiographie récente a conduit à sérieusement réévaluer la place des femmes au Moyen-Âge et à redécouvrir que certaines femmes ont été tout aussi impactantes que les hommes de leur époque. On pourra relire Les Rois Maudits et s'intéresser aux personnages de Mahaut d'Artois ou Isabelle de France. On pourra utilement jouer au jeu de société Fief (qui est génial, en plus). On fera évidemment bien de s'intéresser à Jeanne d'Arc, Anne de Bretagne, Aliénor d'Aquitaine... Mais pas sûr que Tolkien ait eu ces exemples en tête. Pour lui, la société médiévale était sexiste, et il dépeint donc une société dans laquelle les femmes ont une place faible (mais non nulle. Voir Galadriel ou Eowyn, même s'il est vrai qu'Arwen sert surtout de faire-valoir d'Aragorn).
D'ailleurs, réduire le personnage d'Eowyn à une épée plantée dans la tronche du seigneur Nazgûl est une erreur. Le livre, et dans une moindre mesure le film, met longuement en scène les efforts d'Eowyn pour cacher son identité, même si c'est présenté intelligemment : à travers les yeux d'un hobbit, qui ne se doute pas que le Rohirrim qui l'aide dans la marche forcée vers la bataille des champs du Pelennor est en fait une femme. Il ne le découvre qu'au moment fatidique, et le lecteur avec.
Mais surtout, le film fait l'impasse sur l'engueulade entre Eowyn et son père, avant de quitter le Rohan. Eowyn veut se battre, et le demande à son père Eomer. Eomer s'y oppose vivement car c'est trop risqué. Eowyn lui répond qu'elle ne craint pas la mort.
Et que craignez-vous, alors ?
Une cage !
S'ensuit une longue tirade d'Eowyn sur la vie de merde que lui prépare sa condition de femme, toute princesse qu'elle soit, et qui fait d'ailleurs écho à la liberté toujours aussi inexistante des femmes de la famille royale anglaise. C'est suite à cette dispute qu'Eowyn se rend sur le champ de bataille incognito, au lieu d'y aller à visage découvert en profitant de tous les attributs royaux auxquels sa naissance lui donnerait droit si elle était du sexe opposé, attributs dont son frère use volontiers puisque c'est lui qui dirige l'armée des Rohirrim.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Présentation inversée
Posté par Liorel . En réponse au journal Alison Bechdel sur France culture. Évalué à 7.
Le Seigneur des Anneaux est la représentation d'une société que son auteur percevait comme sexiste, la société médiévale. Noter d'ailleurs que Tolkien percevait la société médiévale comme sexiste, mais que ça ne lui posait aucun problème. Noter aussi que Tolkien s'inscrit dans son époque : l'historiographie récente a conduit à sérieusement réévaluer la place des femmes au Moyen-Âge et à redécouvrir que certaines femmes ont été tout aussi impactantes que les hommes de leur époque. On pourra relire Les Rois Maudits et s'intéresser aux personnages de Mahaut d'Artois ou Isabelle de France. On pourra utilement jouer au jeu de société Fief (qui est génial, en plus). On fera évidemment bien de s'intéresser à Jeanne d'Arc, Anne de Bretagne, Aliénor d'Aquitaine... Mais pas sûr que Tolkien ait eu ces exemples en tête. Pour lui, la société médiévale était sexiste, et il dépeint donc une société dans laquelle les femmes ont une place faible (mais non nulle. Voir Galadriel ou Eowyn, même s'il est vrai qu'Arwen sert surtout de faire-valoir d'Aragorn).
D'ailleurs, réduire le personnage d'Eowyn à une épée plantée dans la tronche du seigneur Nazgûl est une erreur. Le livre, et dans une moindre mesure le film, met longuement en scène les efforts d'Eowyn pour cacher son identité, même si c'est présenté intelligemment : à travers les yeux d'un hobbit, qui ne se doute pas que le Rohirrim qui l'aide dans la marche forcée vers la bataille des champs du Pelennor est en fait une femme. Il ne le découvre qu'au moment fatidique, et le lecteur avec.
Mais surtout, le film fait l'impasse sur l'engueulade entre Eowyn et son père, avant de quitter le Rohan. Eowyn veut se battre, et le demande à son père Eomer. Eomer s'y oppose vivement car c'est trop risqué. Eowyn lui répond qu'elle ne craint pas la mort.
S'ensuit une longue tirade d'Eowyn sur la vie de merde que lui prépare sa condition de femme, toute princesse qu'elle soit, et qui fait d'ailleurs écho à la liberté toujours aussi inexistante des femmes de la famille royale anglaise. C'est suite à cette dispute qu'Eowyn se rend sur le champ de bataille incognito, au lieu d'y aller à visage découvert en profitant de tous les attributs royaux auxquels sa naissance lui donnerait droit si elle était du sexe opposé, attributs dont son frère use volontiers puisque c'est lui qui dirige l'armée des Rohirrim.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.