Je vais essayer d’expliciter un peu plus ce que j’ai compris de tes messages, et ce que j’ai essayé de communiquer dans les miens.
Tu te demandes dans tes messages si certains facteurs biologiques peuvent influencer les choix de métiers, et tu donnes deux exemples : les métiers qui exhibent la force et les métiers du soin avec un sous-exemple assez spécifique que tu tires d’une observation personnelle (les jeunes femmes et les animaux de compagnie abandonnés).
J’essaye de diriger la réflexion dans la direction suivante : quand on observe des actions humaines qui se déroulent dans une société particulière, il est difficile de savoir si c’est plutôt la biologie qui en est la cause, ou la société elle-même. Une bonne manière d’éclaircir ces questions est de comparer les cultures entre elles (si possible des cultures sans contact, qu’on ne peut pas soupçonner de s’influencer). Un phénomène d’origine biologique a de bonne chance de se retrouver dans une grande variété de culture. On peut par exemple se demander si le soin apporté à des animaux domestiques (qui est une activité relativement répandue dans un grand nombre de culture) est une activité plutôt féminine ou masculine quand on considère l’ensemble des cultures qu’on connaît (début de réponse : c’est apparemment très variable). On aurait pu aussi regarder si les personnes qui soignent les êtres humains malades, dans l’ensemble des cultures qu’on connaît, sont plutôt des hommes ou des femmes (c’est apparemment variable aussi).
Dans le cas d’activités d’apparition récente et liés à certains contextes culturels spécifiques (environnement urbain, modernité occidentale...), la comparaison entre les cultures est difficile (on ne sait pas si les informaticien(ne)s gaulois(e)s ou les caissier(e)s aztèques auraient été des hommes ou des femmes).
Pour revenir à tes deux exemples de départ : la question des travaux qui exhibent la force a été laissée de côté (y compris par moi, il faudrait prendre le temps de définir ce qu’on entend par « montrer sa force », ce qui risque de compliquer encore le travail de comparaison des cultures), et la discussion se focalise sur l’aspect « soin des animaux abandonnés ». Sur cet aspect, j’ai proposé une comparaison culturelle en citant quelques exemples ethnographiques. Maderios et toi m’avez objecté que les termes de ma comparaison n’étaient pas bons (animaux que l’on mange vs animaux qu’on ne mange pas, animaux en général vs animaux abandonnés). Sans doute aviez-vous raison de le faire. En tout cas la discussion retourne au point que j’avais signalé au départ : difficile de savoir si un phénomène est culturel ou biologique si on ne dispose pas de termes de comparaison dans plusieurs cultures, or recueillir et soigner les animaux de compagnie me semble un phénomène assez récent et singulier si on considère l’ensemble des cultures qu’on connaît.
En l’état, rien ne confirme ni ne réfute la proposition « c’est la biologie spécifiquement féminine qui incite les jeunes femmes à soigner les animaux abandonnés, et non des conditions culturelles ». En tant que proposition qui met en jeu la biologie humaine (donc valable pour tous les êtres humains), je considère que cette proposition est ce que j’appelle dans mon dernier message des « considérations générales sur l’espèce humaine ».
J’ai dit « il me semble méthodologiquement imprudent », j’aurais dû dire « il serait méthodologiquement imprudent », parce qu’il est vrai que tu ne tirais pas de conclusions (mais je voulais tout de même te dissuader d’essayer de le faire). C’était dans mon esprit une sorte de mise en garde : en considérant une société unique et une époque unique il y a peu à apprendre sur l’influence de la biologie dans les choix individuels. Si ces questions t’intéressent je te recommande de te plonger dans l’histoire et l’ethnologie.
[^] # Re: questions sur deux points
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien « Joyeuse fête de la femme ! » : huit idées reçues sur la Journée internationale des droits des femmes. Évalué à 3.
Je vais essayer d’expliciter un peu plus ce que j’ai compris de tes messages, et ce que j’ai essayé de communiquer dans les miens.
Tu te demandes dans tes messages si certains facteurs biologiques peuvent influencer les choix de métiers, et tu donnes deux exemples : les métiers qui exhibent la force et les métiers du soin avec un sous-exemple assez spécifique que tu tires d’une observation personnelle (les jeunes femmes et les animaux de compagnie abandonnés).
J’essaye de diriger la réflexion dans la direction suivante : quand on observe des actions humaines qui se déroulent dans une société particulière, il est difficile de savoir si c’est plutôt la biologie qui en est la cause, ou la société elle-même. Une bonne manière d’éclaircir ces questions est de comparer les cultures entre elles (si possible des cultures sans contact, qu’on ne peut pas soupçonner de s’influencer). Un phénomène d’origine biologique a de bonne chance de se retrouver dans une grande variété de culture. On peut par exemple se demander si le soin apporté à des animaux domestiques (qui est une activité relativement répandue dans un grand nombre de culture) est une activité plutôt féminine ou masculine quand on considère l’ensemble des cultures qu’on connaît (début de réponse : c’est apparemment très variable). On aurait pu aussi regarder si les personnes qui soignent les êtres humains malades, dans l’ensemble des cultures qu’on connaît, sont plutôt des hommes ou des femmes (c’est apparemment variable aussi).
Dans le cas d’activités d’apparition récente et liés à certains contextes culturels spécifiques (environnement urbain, modernité occidentale...), la comparaison entre les cultures est difficile (on ne sait pas si les informaticien(ne)s gaulois(e)s ou les caissier(e)s aztèques auraient été des hommes ou des femmes).
Pour revenir à tes deux exemples de départ : la question des travaux qui exhibent la force a été laissée de côté (y compris par moi, il faudrait prendre le temps de définir ce qu’on entend par « montrer sa force », ce qui risque de compliquer encore le travail de comparaison des cultures), et la discussion se focalise sur l’aspect « soin des animaux abandonnés ». Sur cet aspect, j’ai proposé une comparaison culturelle en citant quelques exemples ethnographiques. Maderios et toi m’avez objecté que les termes de ma comparaison n’étaient pas bons (animaux que l’on mange vs animaux qu’on ne mange pas, animaux en général vs animaux abandonnés). Sans doute aviez-vous raison de le faire. En tout cas la discussion retourne au point que j’avais signalé au départ : difficile de savoir si un phénomène est culturel ou biologique si on ne dispose pas de termes de comparaison dans plusieurs cultures, or recueillir et soigner les animaux de compagnie me semble un phénomène assez récent et singulier si on considère l’ensemble des cultures qu’on connaît.
En l’état, rien ne confirme ni ne réfute la proposition « c’est la biologie spécifiquement féminine qui incite les jeunes femmes à soigner les animaux abandonnés, et non des conditions culturelles ». En tant que proposition qui met en jeu la biologie humaine (donc valable pour tous les êtres humains), je considère que cette proposition est ce que j’appelle dans mon dernier message des « considérations générales sur l’espèce humaine ».
J’ai dit « il me semble méthodologiquement imprudent », j’aurais dû dire « il serait méthodologiquement imprudent », parce qu’il est vrai que tu ne tirais pas de conclusions (mais je voulais tout de même te dissuader d’essayer de le faire). C’était dans mon esprit une sorte de mise en garde : en considérant une société unique et une époque unique il y a peu à apprendre sur l’influence de la biologie dans les choix individuels. Si ces questions t’intéressent je te recommande de te plonger dans l’histoire et l’ethnologie.