• [^] # Re: J'avais hésité

    Posté par . En réponse au lien [HS] Non c’est Non, Monsieur Duplomb !. Évalué à 5.

    Il n'y a pas de soutenabilité.

    L’argument "sinon on importera" pourrait justifier de ne jamais interdire aucune substance risquée. On l’aurait dit pour le DDT ou l’amiante. La vraie question n’est pas de savoir si une régulation crée des tensions économiques (c’est toujours le cas) mais si le risque est acceptable. Et si le problème est l'absence d’harmonisation européenne, alors la réponse cohérente est d'aller vers plus de coordination, pas vers l’inaction.

    L'avis de l'ECHA

    Je ne pense pas que tu ais lu le papier que tu cites, ni que tu connaisses son contexte de publication. Il s'agit d'un avis de l'ECHA pour l'autorisation de mise sur le marché de l'acétamipride. Il a été publié dans la période où les dernières données scientifiques se traduisaient progressivement par des interdictions au niveau national et européen. Il se base quasiment exclusivement sur des études d'innocuité fournies par le candidat. Parfois, marginalement, une ou deux études académiques s'y glissent. Cela repose donc essentiellement sur la bonne volonté du marchand d'acétamipride.

    L'avis de l'ECHA ne classe pas l'acétamipride comme CMR, c’est exact. Néanmoins, il mentionne des risques "inacceptables pour l'eau, les sédiments, les eaux souterraines, et le sol pour plusieurs catégories d'animaux". En page 11, il mentionne les critères que l'acétamipride ne satisfait pas et qui justifient d'en faire un candidat à la substitution. Il indique qu'il n'existe pas de consensus sur l'évaluation de la toxicité pour les abeilles, et qu'une évaluation révisée pourrait s'avérer nécessaire. Pour simplifier : l'ECHA ne fait qu'appliquer la loi, la loi est silencieuse, donc elle passe son tour. En synthèse, le document propose de reclasser l'acétamipiride :

    • de "dangereux si avalé" à "toxique si avalé"
    • de "dangereux pour la vie aquatique avec des effets de longue durée" à "très dangereux pour la vie aquatique avec des effets de longue durée"

    Conclusion : tu as exhibé un document qui, malgré son ancienneté au regard de l'évolution des connaissances scientifiques, plaide assez nettement contre l'acétamipride.

    "For human health, no conclusive evidence of higher hazards of acetamiprid compared to the previous assessment in the context of the renewal was found for genotoxicity, developmental toxicity, neurotoxicity including developmental neurotoxicity and immunotoxicity."

    C'est vrai, à ce jour, on n'a pas de telles preuves. Cela dit, un avis éclairé doit savoir gérer l'incertitude ; absence de preuve n'est pas preuve d'absence. L'EFSA manifeste d'ailleurs cette prudence, qui semble te manquer, en précisant, juste après la phrase que tu cites : "En ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, une évaluation des propriétés perturbatrices endocriniennes de l'acétamipride devrait être réalisée [...]". D'autant plus que certaines études suggèrent qu'il pourrait y avoir un risque. Par exemple 1, 2, 3, 4.

    C'est un insecticide pour tuer les ravageurs, donc oui, il tue des insectes.

    Et les collemboles. Et les acariens. Et les vers de terre. Et certains poissons. Et sans parler des effets sub-létaux sur les batraciens, oiseaux et mammifères.

    Mais avec une demi-vie de 5,5 à 17,4 jours, la durée d'exposition est courte.

    Les demi-vies sont mesurées en laboratoire, dans des conditions contrôlées. Sur le terrain, elles varient fortement selon la température, l'humidité, l'oxygénation, la composition du sol et l’activité microbienne. Dans une mare ou dans le foie d'un mammifère, par exemple, ces conditions peuvent être très défavorables, ralentir considérablement la dégradation, et permettre une accumulation. De plus, la toxicité des métabolites doit être prise en compte.