• [^] # Re: A voir

    Posté par . En réponse au lien Sculptures électroniques de l'espace. Évalué à 4.

    Ça n'est pas qu'une question de précision oratoire : si un processus nécessite des matériaux dont les propriétés ne peuvent pas exister d'après les connaissances actuelles en physique, alors je considère que c'est "physiquement impossible".

    Par exemple, l'ascenseur spatial est physiquement possible, et je le mettrais dans ta catégorie "pas pratique" : on a des pistes pour produire les matériaux (nanotubes de carbone), mais on n'a ni la technologie ni les finances pour un tel projet pharaonique.

    Pour le spinLaunch, on est un cran au-dessus en terme de débilité technique. Déja, ça ne résoud aucun problème; ça permettrait potentiellement de se passer d'un premier étage, mais avec les lanceurs réutilisables, le premier étage n'est plus vraiment un point clé. Par exemple, un satellite starlink coûte dans les 500k,ドル et son lancement (total, 1er + 2e étage) dans les 1M$. Avec la technologie actuelle, on a donc un coût de lancement du même ordre de grandeur que le coût du satellite; lancer des 2e étages dans un matériau exotique ne va absolument rien t'apporter, sans compter le coût du développement de satellites qui encaissent des milliers de g.

    Par ailleurs, ce qui est à peine abordé par l'article mentionné, le principe du spinLaunch se heurte à un phénomène physique inévitable: le frottement sur l'air augmente avec le carré de la vitesse, et la vitesse est maximale au lancement, donc à l'altitude la plus faible. C'est comme une rentrée atmosphérique inversée, puisque tu vas rencontrer les couches denses de l'atmosphère à une vitesse supérieure à la vitesse de libération (puisqu'il faudra compenser ces frottements gigantesques). Or, sortir de l'atmosphère verticalement, on sait faire (les "hypercanons" des militaires en sont capables), mais là, l'objectif est de sortir tangentiellement, ce qui augmente la longueur de la trajectoire dans l'atmosphère. Bref, quand tu te rapproches d'un tir horizontal (c'est ton objectif), il y a un moment où ton apogée diminue. Tu vas donc finir par lancer assez verticalement, ce qui t'éloigne de la mise en orbite, ce qui réduit d'autant plus l'intérêt du truc. Il y a donc un paradoxe fondamental, puisque l'idée de lancer d'un point élevé n'est pas très intéressant (c'est l'idée de tous les lancements à partir d'un avion); sur un Falcon 9, seuls 30 à 40% du carburant du 1er étage est dépensé pour l'accélération verticale, la majorité de l'énergie du 1er étage sert donc déja à l'accélération horizontale. Si avec ton spinlaunch tu ne peut pas donner une accélération horizontale significative, il te faudra embarquer une énorme fusée.

    Et ça, évidemment, c'est sans considérer le problème des accélérations à supporter dans les deux axes (radiaux et longitudinaux), ni à la secousse que va prendre le machin quand il va percer la membrane: dans l'axe de la trajectoire, tu vas passer de 0 à environ 3000g en 1/1000 de seconde (en faisant l'hypothèse que tu lances à environ 10 km/sec; et oui, au niveau de la mer, une sphère de 1m de diamètre et de 1 tonne lancée à 11 km/s se prend 3000g de freinage aérodynamique, d'après mon LLM préféré). Et à cette vitesse, la moindre membrane risque de pulvériser tes boucliers thermiques ou n'importe quoi que tu as prévu pour protéger ta charge utile du plasma qui va te précéder.

    Bon, bref, non seulement balancer un objet sans vitesse horizontale substantielle à 100km de haut ne sert absolument à rien, mais en plus il n'est pas du tout dit qu'il existe des matériaux capables d'y survivre. En pratique, un tir spinlanuch sur une trajectoire utile, ça va te faire une ligne de plasma de quelques km de long, au bout de laquelle ta charge utile sera réduite à l'état moléculaire. Les spectateurs seront devenus aveugles et sourds, et ça sera miraculeux si ton site n'a pas été détruit par le contrepoids ou par l'énergie de l'air qui va s'engouffrer dans ta centrifugeuse.