Merci pour ce long commentaire. Je ne vais pas réagir sur tout mais sur 3 points principaux.
Rappel du contexte : je gère une entreprise indépendante qui produit et déploie des logiciels libres. L'aspect « indépendant » de l'entreprise est fondamental dans ma vision car chaque euro dépensé est un euro qui sort de notre trésorerie, chaque euro dépensé pour des travaux non prioritaire est un euro investi avec un retour sur investissement imprévisible.
Les ingénieurs veulent souvent « faire bien » et malheureusement même « faire mieux » . Plus facile à maintenir. Mieux conçu. Plus robuste. Mieux testé. D'ailleurs ça vaut pour les autres métiers : une personne de la comm' voudra « toujours faire un peu plus ». Un peu mieux mis en page. Des goodies un peu plus sympas. Un design un peu plus esthétique. Des vidéos un peu mieux montées.
De la manière dont tu formule les choses, c'est comme si il y avait un "bien" qui soit absolu, connu et visible de tous, et que certains voudraient faire mieux.
Est-ce qu'ils veulent faire mieux, ou est-ce que leur vision de ce qui est bien est différente ?
Plus généralement, comment on sait quand c'est bien ?
Je prends un exemple simple : dans le contexte que j'évoque, nous travaillons sur un projet de développement commandé par un client. Dans ce cas, le bien est « simple » : c'est quand ça répond au projet et au cahier des charges signés entre l'entreprise et le client. Ni plus, ni moins :
moins, : ça ne répond pas au contrat
plus : c'est de l'argent que Algoo dépense en plus pour des bénéfices dont seul le client bénéficiera. C'est de la sur-qualité (le fameux « le mieux est l'ennemi du bien »)
Ta logique me semble inscrite dans une logique capitaliste et libérale.
Ce n'est ni du libéralisme, ni du capitalisme : c'est de la gestion de rentabilité.
C'est le nerf de la guerre d'une entreprise, y compris une SCOP.
Mais le besoin (de l'entreprise) n'est pas de faire mieux. Son besoin est de faire bien, juste bien.
Quelle place pour les besoins des employés ?
Pour s'occuper correctement des besoins des employés, une entreprise doit déjà être correctement rentable.
Pour être plus/mieux rentable il y a deux leviers :
augmenter les prix (à travail équivalent) ou augmenter les ventes (si le travail n'est pas linéaire
optimiser les dépenses (plusieurs options : minimiser les salaires, réduire les travaux inutiles, factoriser/mutualiser les travaux de développement, réduire les coûts de maintenance, etc, etc)
Dans mon parcours de chef d'entreprise (depuis plus de 10 ans maintenant), les plus militants pour « faire les choses à l'état de l'art sans dette » étaient paradoxalement les plus exigeants sur le sujet des besoins individuels des employés.
Les travaux qui ont apporté le plus de valeur à mon sens (valeur = bénéfices vs coût) :
ceux sur lesquels on a travaillé proprement tant sur le plan de l'architecture que du développement - par exemple l'architecture temps réel de Tracim avec ses API REST et son mécanisme d'événements et messages envoyés via un socket à chaque client. On n'a pas accumulé de dette sur ce sujet, on l'a fait correctement dès le départ. C'était une brique structurante, je savais exactement ce que je voulais qu'on fasse (et aujourd'hui, personne ne fait aussi en ingénierie sur des applications web à ma connaissance)
ceux qu'on a développé en mode POC en très peu de temps. La fonctionnalité de Kanban de Tracim par exemple, ou encore des outils internes de gestion reposant sur du dev « à l'arrache » sur base d'applications web Django.
ceux qu'on a fait sans respecter l'état de l'art car ils ont permis d'industrialiser très rapidement puis d'améliorer progressivement : scripts bash ou python « bricolés », conteneurs docker utilisés « comme des VM ».
Dans ces exemples, à part pour la partie architecture, il y a de la dette. Et pour la partie architecture, en réalité Tracim avait déjà 5 ans d'existence - donc des lacunes et des évolutions voulues bien identifiées.
La dette permet d'arriver « en avance » sur le marché par rapport aux moyens financiers qu'on a. Ça permet de signer avec des clients qu'on aurait loupé sans cela. Ça rembourse le surcoût lié à l'endettement (car au final les travaux de refonte coûtent)
#tracim pour la collaboration d'équipe __ #galae pour la messagerie email __ dirigeant @ algoo
[^] # Re: Je ne demande si l'auteur a compris l'enjeu (de la dette technique)
Posté par LeBouquetin (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien Most Technical Problems Are Really People Problems. Évalué à 4.
Merci pour ce long commentaire. Je ne vais pas réagir sur tout mais sur 3 points principaux.
Rappel du contexte : je gère une entreprise indépendante qui produit et déploie des logiciels libres. L'aspect « indépendant » de l'entreprise est fondamental dans ma vision car chaque euro dépensé est un euro qui sort de notre trésorerie, chaque euro dépensé pour des travaux non prioritaire est un euro investi avec un retour sur investissement imprévisible.
Je prends un exemple simple : dans le contexte que j'évoque, nous travaillons sur un projet de développement commandé par un client. Dans ce cas, le bien est « simple » : c'est quand ça répond au projet et au cahier des charges signés entre l'entreprise et le client. Ni plus, ni moins :
Ce n'est ni du libéralisme, ni du capitalisme : c'est de la gestion de rentabilité.
C'est le nerf de la guerre d'une entreprise, y compris une SCOP.
Pour s'occuper correctement des besoins des employés, une entreprise doit déjà être correctement rentable.
Pour être plus/mieux rentable il y a deux leviers :
Dans mon parcours de chef d'entreprise (depuis plus de 10 ans maintenant), les plus militants pour « faire les choses à l'état de l'art sans dette » étaient paradoxalement les plus exigeants sur le sujet des besoins individuels des employés.
Les travaux qui ont apporté le plus de valeur à mon sens (valeur = bénéfices vs coût) :
Dans ces exemples, à part pour la partie architecture, il y a de la dette. Et pour la partie architecture, en réalité Tracim avait déjà 5 ans d'existence - donc des lacunes et des évolutions voulues bien identifiées.
La dette permet d'arriver « en avance » sur le marché par rapport aux moyens financiers qu'on a. Ça permet de signer avec des clients qu'on aurait loupé sans cela. Ça rembourse le surcoût lié à l'endettement (car au final les travaux de refonte coûtent)
#tracim pour la collaboration d'équipe __ #galae pour la messagerie email __ dirigeant @ algoo