Ben déjà, on pourrait arrêter de cloisonner les ministères.
On a réussi à décréter la santé mentale grande cause nationale et à lancer un nombre impressionnant d'opérations coup de poing contre le trafic sans, jamais, que les flics et les psychiatres se parlent. Les rapports parlementaires se suivent et se succèdent, et aucun ne mentionne ce fait simple : le premier facteur de risque de consommation de stupéfiants, et de loin, c'est la pathologie mentale. Et la consommation de stupéfiants est elle-même un facteur de risque de pathologie psychiatrique. Peut-être que si on veut juguler le trafic, il faut se demander pourquoi les consommateurs consomment. Tant qu'on se focalisera sur le comment, on pourra certes réduire la disponibilité des produits, mais ça ne fera qu'augmenter leur prix, donc l'incitation à trafiquer.
Ensuite, on veut déclarer la guerre aux stupéfiants ? Très bien, OK. Mais il nous faut alors prendre des leçons auprès de ceux dont le métier est la guerre. Ils nous apprendront qu'une guerre, ça se gagne avec plusieurs éléments :
Des soldats motivés (le moral)
Aux objectifs clairs (buts de guerre)
Coordonnés efficacement (le commandement. In fine, tout commandement est politique, car "la guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens", dixit Clausewitz)
Qui connaissent leur ennemi (le renseignement)
Et bien équipés (pour une armée, c'est les armes. Ici, c'est un peu différent : comme on fait du maintien de l'ordre, le respect du droit est indispensable)
Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a ? On a un commandement aux mandats courts, voire ultracourts, qui veut des résultats rapides. Du coup, au lieu de laisser le rens' faire dans le temps long, seul moyen pour acquérir une connaissance fine de l'ennemi, il privilégie des actions coup de poing, qui ne permettent pas de démanteler des filières dans la profondeur. On n'arrête que la partie visible des réseaux, le recrutement est facilité par la pauvreté et l'argent facile promis, pas d'efficacité. La seule manière de faire efficace, c'est :
Renoncer à faire vite ;
Infiltrer les réseaux en profondeur, avec de la coopération internationale et des vrais espions ;
Collecter, sur le long terme, des preuves indiscutables ;
Mettre en œuvre un contre-espionnage efficace, car ne nous leurrons pas : les gros réseaux tentent aussi d'infiltrer l'appareil d'État.
Bien entendu, c'est plus facile à dire qu'à faire. C'est d'autant plus difficile à faire que ça nécessite de la discrétion, et que viser le temps long, aujourd'hui, c'est avoir la quasi-garantie que ce sont des adversaires politiques qui récolteront les fruits du travail de celui qui a initié ces actions. Ce qui n'empêche qu'il faut le faire, et d'ailleurs, peut-être que c'est déjà initié, mais que le seul fait d'en parler compromettrait l'ensemble de l'opération.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Qui veut de l’État policier ?
Posté par Liorel . En réponse au journal Mais qui a éteint les Lumières ?. Évalué à 10.
Ben déjà, on pourrait arrêter de cloisonner les ministères.
On a réussi à décréter la santé mentale grande cause nationale et à lancer un nombre impressionnant d'opérations coup de poing contre le trafic sans, jamais, que les flics et les psychiatres se parlent. Les rapports parlementaires se suivent et se succèdent, et aucun ne mentionne ce fait simple : le premier facteur de risque de consommation de stupéfiants, et de loin, c'est la pathologie mentale. Et la consommation de stupéfiants est elle-même un facteur de risque de pathologie psychiatrique. Peut-être que si on veut juguler le trafic, il faut se demander pourquoi les consommateurs consomment. Tant qu'on se focalisera sur le comment, on pourra certes réduire la disponibilité des produits, mais ça ne fera qu'augmenter leur prix, donc l'incitation à trafiquer.
Ensuite, on veut déclarer la guerre aux stupéfiants ? Très bien, OK. Mais il nous faut alors prendre des leçons auprès de ceux dont le métier est la guerre. Ils nous apprendront qu'une guerre, ça se gagne avec plusieurs éléments :
Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a ? On a un commandement aux mandats courts, voire ultracourts, qui veut des résultats rapides. Du coup, au lieu de laisser le rens' faire dans le temps long, seul moyen pour acquérir une connaissance fine de l'ennemi, il privilégie des actions coup de poing, qui ne permettent pas de démanteler des filières dans la profondeur. On n'arrête que la partie visible des réseaux, le recrutement est facilité par la pauvreté et l'argent facile promis, pas d'efficacité. La seule manière de faire efficace, c'est :
Bien entendu, c'est plus facile à dire qu'à faire. C'est d'autant plus difficile à faire que ça nécessite de la discrétion, et que viser le temps long, aujourd'hui, c'est avoir la quasi-garantie que ce sont des adversaires politiques qui récolteront les fruits du travail de celui qui a initié ces actions. Ce qui n'empêche qu'il faut le faire, et d'ailleurs, peut-être que c'est déjà initié, mais que le seul fait d'en parler compromettrait l'ensemble de l'opération.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.