mais en reprenant la remarque selon laquelle ce n’est pas parce qu’on n’entend ou ne voit pas l’arbre qui tombe quelque part en Amazonie que ça veut dire que cet arbre n’existe pas, on est en train de faire aussi la distinction entre l’objet observé et l’objet en soi...?
J'ai bien envie de te répondre de remplacer l'arbre par le chat de Schrödinger. ;-)
Mais sinon, non, on n'est pas dans la distinction objet observé et objet en soi. C'est toujours la première acception comme absence effective d'observateur, et non celle d'abstraction du rapport à un observateur.
Mais Kant avait tout prévu pour moi. En réalité, il a reçu les mêmes objections, auxquelles il a répondu par :
Bien avant Locke déjà, mais surtout depuis, on admettait et on accordait généralement que l’on peut dire, sans préjudice de l’existence réelle de choses extérieures, d’une multitude de leurs prédicats, qu’ils ne font point partie de ces choses considérées en elles-mêmes, qu’ils n’appartiennent qu’à leurs phénomènes, et n’ont aucune existence propre en dehors de notre représentation. De ce nombre étaient la chaleur, la couleur, la saveur, etc. Si j’y ajoute par de bonnes raisons le reste des qualités des corps, qu’on appelle premières, l’étendue, le lieu, et en général l’espace avec tout ce qui en dépend (impénétrabilité ou matérialité, forme, etc.), et que je mette tout cela au nombre des simples phénomènes, c’est à quoi on ne pourra trouver raisonnablement à redire. Et de même que celui qui ne regarde pas les couleurs comme des propriétés qui fassent partie de l’objet même, mais comme des modifications qui tiennent au sens de la vue, ne peut cependant point s’appeler idéaliste, de même ma doctrine ne peut être traitée d’idéalisme par le seul fait que je trouve qu’un plus grand nombre de propriétés des corps, que toutes les propriétés même qui constituent l’intuition d’un corps, n’appartiennent qu’à son phénomène ; car l’existence de la chose qui apparaît n’est point par là même supprimée, comme dans le véritable idéalisme ; mais par là on fait voir seulement qu’on ne peut absolument pas connaître par les sens la chose telle qu’elle est en soi.
Là quant il parle de Locke, c'est ce dont je parlais plus haut avec le réalisme naïf de Russell ou la physique anthropomorphique de Poincaré.
Oui, les gens vont te prendre pour fou (:
Ça c'est parce que l'on est en occident, demande à un bouddhiste, il sera tout de suite moins interloqué. C'est pour cela que dans la discussion sur l'autre lien, je parlais de l'enfant bouddhiste de Matrix qui dit que la cuillère n'existe pas.
D'ailleurs un des deux auteurs de l'article, que je donne dans un autre commentaire sur le lien entre Bohr et Kant, est bouddhiste : Michel Bitbol. Je l'ai rencontré il y a une quinzaine d'année, et j'avais débattu de l'esthétique transcendantale de Kant avec lui. On n'a jamais réussi à se mettre d'accord, non qu'il en rejette l'esprit, mais il rejette la lettre car il en a la même lecture que Poincaré : elle est remise en cause par les géométries non-euclidiennes. Je conteste cette lecture, mais c'est un autre sujet.
Auquel cas, je vous déclare réconciliés
Il a dit avoir une conception proche de celle de Bohr, auquel cas nous n'avons jamais été en désaccord (cf. l'article de Michel Bitbol) ;-)
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Hein ?
Posté par kantien . En réponse au lien Synchroniser les horloges entre la Terre et Mars. Évalué à 2.
J'ai bien envie de te répondre de remplacer l'arbre par le chat de Schrödinger. ;-)
Mais sinon, non, on n'est pas dans la distinction objet observé et objet en soi. C'est toujours la première acception comme absence effective d'observateur, et non celle d'abstraction du rapport à un observateur.
Mais Kant avait tout prévu pour moi. En réalité, il a reçu les mêmes objections, auxquelles il a répondu par :
Là quant il parle de Locke, c'est ce dont je parlais plus haut avec le réalisme naïf de Russell ou la physique anthropomorphique de Poincaré.
Ça c'est parce que l'on est en occident, demande à un bouddhiste, il sera tout de suite moins interloqué. C'est pour cela que dans la discussion sur l'autre lien, je parlais de l'enfant bouddhiste de Matrix qui dit que la cuillère n'existe pas.
D'ailleurs un des deux auteurs de l'article, que je donne dans un autre commentaire sur le lien entre Bohr et Kant, est bouddhiste : Michel Bitbol. Je l'ai rencontré il y a une quinzaine d'année, et j'avais débattu de l'esthétique transcendantale de Kant avec lui. On n'a jamais réussi à se mettre d'accord, non qu'il en rejette l'esprit, mais il rejette la lettre car il en a la même lecture que Poincaré : elle est remise en cause par les géométries non-euclidiennes. Je conteste cette lecture, mais c'est un autre sujet.
Il a dit avoir une conception proche de celle de Bohr, auquel cas nous n'avons jamais été en désaccord (cf. l'article de Michel Bitbol) ;-)
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.