Mais c'est vachement bien les études, tu apprends plein de choses quand même, et en plus ça fait plaisir aux politiques et aux entreprises parce que 1) ça déporte le coût de la formation sur l'État (par exemple, tu as tout un tas de filières universitaires où on t'apprend à utiliser des logiciels métiers, Adobe Photoshop, Microsoft Office, etc), il y a 50 ans c'était normal de former ses employés, maintenant c'est normal qu'ils connaissent déja les outils spécifiques avant de prendre leur poste, compétitivité des entreprises etc; 2) tu n'apprends pas qu'un métier en faisant des études, tu rencontres des gens, tu fais des séjours à l'étranger, tu apprends à vivre dans une ville différente de celle où tu as grandi, tu apprends à réguler ta consommation d'alcool, à gérer un budget; bref, quand tu sors des études bac + 5 à 23 ans, tu n'as pas du tout la même maturité que quand tu viens d'obtenir ton bac à 18 ans, et ça change tout dans un milieu professionnel; ça permet d'assumer des responsabilités que tu n'aurais probablement pas eues autrement; 3) Ça remplace une période potentielle de petits boulots ou de chômage, voire de glandouille, par une activité quotidienne qui reste mentalement stimulante, la réussite aux examens c'est bon pour l'estime de soi, et ça te fait sortir des chiffres du chômage; la société en bénéficie.
Ces "bénéfices" ne doivent pas occulter le fait que les études ne rendent pas magiquement les gens compétents; que quelque mois de formation sur site avec un tuteur pourraient probablement remplacer de nombreuses longues études académiques, et que c'est une illusion de croire que les salaires vont forcément suivre une montée en compétence ou en productivité qui n'existe pas. Si on prend l'exemple du bac, en modifiant les critères d'exigence tu peux avoir un taux de réussite à l'examen qui peut aller de 60% (années 1980) à 90% (aujourd'hui). Bon, bah sur le marché du travail, c'est exactement les mêmes gusses, il y en a juste 30% qui ont maintenant un bout de papier qu'ils n'avaient pas il y a 40 ans, mais le bout de papier c'est la seule différence : ils ne sont pas plus compétents, plus motivés, plus matures, ou plus productifs. Si tu as une grille de salaire qui dépend du diplome, en tant qu'entreprise, tu n'as aucun argument économique pour justifier l'augmentation de ta masse salariale, ça n'est pas comme si les nouvelles recrues étaient mieux formées. Du coup, tout le monde subit l'effet de la dévaluation des diplomes.
J'avais entendu l'autre jours l'interview d'une sociologue qui expliquait que cette dévaluation était une conséquence saine et normale, un peu comme l'inflation pour la monnaie. Quand un diplôme a une certaine valeur dans le monde du travail, la demande va augmenter, et la pression pour en délivrer plus va également augmenter, et il n'y a pas de mécanismes incitatif fort qui permettrait d'inciter au maintien du niveau d'exigence (en gros, tout les acteurs voient d'un bon oeil l'augmentation du taux de réussite : les étudiants évidemment, l'institut qui les forme (qui communique beaucoup sur la réussite), et le monde du travail qui va pouvoir combler une pénurie de main d'oeuvre). Il y a donc un glissement permanent de la valeur des diplômes, et ça serait un phénomène naturel; avec une transition régulière vers une exigence plus forte au moment du recrutement (bac pour un travail non-spécialisé, bac + 2 pour un technicien, bac +5 pour un contremaitre, etc).
[^] # Re: le réseau
Posté par arnaudus . En réponse au journal J’ai failli abandonner le CCNA (et j’ai compris pourquoi). Évalué à 5.
Mais c'est vachement bien les études, tu apprends plein de choses quand même, et en plus ça fait plaisir aux politiques et aux entreprises parce que 1) ça déporte le coût de la formation sur l'État (par exemple, tu as tout un tas de filières universitaires où on t'apprend à utiliser des logiciels métiers, Adobe Photoshop, Microsoft Office, etc), il y a 50 ans c'était normal de former ses employés, maintenant c'est normal qu'ils connaissent déja les outils spécifiques avant de prendre leur poste, compétitivité des entreprises etc; 2) tu n'apprends pas qu'un métier en faisant des études, tu rencontres des gens, tu fais des séjours à l'étranger, tu apprends à vivre dans une ville différente de celle où tu as grandi, tu apprends à réguler ta consommation d'alcool, à gérer un budget; bref, quand tu sors des études bac + 5 à 23 ans, tu n'as pas du tout la même maturité que quand tu viens d'obtenir ton bac à 18 ans, et ça change tout dans un milieu professionnel; ça permet d'assumer des responsabilités que tu n'aurais probablement pas eues autrement; 3) Ça remplace une période potentielle de petits boulots ou de chômage, voire de glandouille, par une activité quotidienne qui reste mentalement stimulante, la réussite aux examens c'est bon pour l'estime de soi, et ça te fait sortir des chiffres du chômage; la société en bénéficie.
Ces "bénéfices" ne doivent pas occulter le fait que les études ne rendent pas magiquement les gens compétents; que quelque mois de formation sur site avec un tuteur pourraient probablement remplacer de nombreuses longues études académiques, et que c'est une illusion de croire que les salaires vont forcément suivre une montée en compétence ou en productivité qui n'existe pas. Si on prend l'exemple du bac, en modifiant les critères d'exigence tu peux avoir un taux de réussite à l'examen qui peut aller de 60% (années 1980) à 90% (aujourd'hui). Bon, bah sur le marché du travail, c'est exactement les mêmes gusses, il y en a juste 30% qui ont maintenant un bout de papier qu'ils n'avaient pas il y a 40 ans, mais le bout de papier c'est la seule différence : ils ne sont pas plus compétents, plus motivés, plus matures, ou plus productifs. Si tu as une grille de salaire qui dépend du diplome, en tant qu'entreprise, tu n'as aucun argument économique pour justifier l'augmentation de ta masse salariale, ça n'est pas comme si les nouvelles recrues étaient mieux formées. Du coup, tout le monde subit l'effet de la dévaluation des diplomes.
J'avais entendu l'autre jours l'interview d'une sociologue qui expliquait que cette dévaluation était une conséquence saine et normale, un peu comme l'inflation pour la monnaie. Quand un diplôme a une certaine valeur dans le monde du travail, la demande va augmenter, et la pression pour en délivrer plus va également augmenter, et il n'y a pas de mécanismes incitatif fort qui permettrait d'inciter au maintien du niveau d'exigence (en gros, tout les acteurs voient d'un bon oeil l'augmentation du taux de réussite : les étudiants évidemment, l'institut qui les forme (qui communique beaucoup sur la réussite), et le monde du travail qui va pouvoir combler une pénurie de main d'oeuvre). Il y a donc un glissement permanent de la valeur des diplômes, et ça serait un phénomène naturel; avec une transition régulière vers une exigence plus forte au moment du recrutement (bac pour un travail non-spécialisé, bac + 2 pour un technicien, bac +5 pour un contremaitre, etc).