• [^] # Re: Intéressant

    Posté par . En réponse à la dépêche 40 ans pour l'informatique libre | Entretien avec Richard Stallman. Évalué à 8.

    Les variétés proposées à la vente sont toutes de type "je ne peux pas replanter les graines l'année d'après" ?

    Pas du tout. Il y a des variétés traditionnelles dans le catalogue.

    Quelles sont les "justifications" d'une telle limitation dans ce qui peut être vendu ?

    Protection du consommateur. Une variété certifiée te garantit que les graines feront pousser des plantes conformes à ce que tu as acheté, et que les plantes qui poussent sont commestibles et commercialisables.

    Pourquoi pourrait-il le faire pour des agriculteurs ?

    Le problème a été exagéré par un certain nombre d'associations, comme la fameuse kokopelli, qui en a peut-être profité au passage pour détourner l'attention de ses problèmes internes (assez sérieux). Pour résumer le problème, les associations qui souhaitent commercialiser des semences "paysannes" ne veulent pas inscrire ces variétés au catalogue, en partie parce qu'elles ne veulent pas payer, et très probablement aussi parce que beaucoup de ces variétés n'ont pas les qualités pour y être inscrites (parce qu'elles ne sont pas stables ou pas bien définies par exemple). C'est donc plus une sorte de refus de rentrer dans un système, ce qui semble assez différent de "je n'ai pas le droit de les vendre".

    Pour prendre une analogie, c'est un peu comme les logiciels de caisse. La loi n'interdit pas du tout les logiciels de caisse libre, elle exige juste qu'ils soient certifiés. Ça n'est pas contradictoire avec le libre, mais ça exige une logistique, des compétences, et des budgets qui ne sont pas vraiment compatibles avec le monde associatif. Et donc c'est tentant de prétendre que la loi interdit les logiciels libres, mais ça n'est pas vrai.

    Sur le fond, c'est probablement à peine vrai que le lobby agro-alimentaire verrouille le commerce des variétés paysannes. Connaissant un peu le contexte, le lobby agro-alimentaire n'a rien à battre des semences paysannes, dont la compétitivité est quasi-nulle (rendements microscopiques, incompatibilité avec les parcours habituels, avec la mécanisation, etc). L'industrie a au contraire intérêt à maintenir en arrière plan des banques de variétés paysannes, parce qu'elle en recroise de temps en temps avec les variétés commerciales pour introduire de la diversité génétique (même s'il semble que les biotechnologies permettent de plus en plus de se passer de ces croisements incertains et couteux). Par contre, c'est assez évident qu'un agriculteur qui serait assez barré pour produire à grande échelle une variété paysanne non-cataloguée ne pourrait pas les vendre en coopérative (tu ne peux même pas garantir ce que tu vends), et je ne sais même pas s'il aurait droit de le faire en vente directe. L'autorisation à la vente de semences ne ferait donc que repousser le problème au niveau de la commercialisation du produit de ces semences, et je ne vois pas ce que ça apporterait.

    J'ai l'impression que kokopelli et collègues voudraient juste pouvoir mettre un peu tout et n'importe quoi dans les sachets de graines (une pratique qui semble d'ailleurs confirmés par certains anciens employés et par les clients), et que l'existence d'une tolérance quand le consommateur est consentant les arrangerait bien. Ça peut se discuter à la marge, je ne suis pas sûr que le marché des jardiniers qui sont contents de planter des graines non-conformes soit très grand.