• [^] # Re: Respecter les autres, ce serait gentil

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Le libre et le mouvement du 10 septembre. Évalué à 3.

    C'est dommage. De partir dans l'ad hominem déjà.

    Ne pas connaitre et ne pas croire tous les exemples existants, toute la recherche sociologique, c'est bien une position de climatosceptique. Ce n'est pas un ad hominem: je ne parle pas de la personne en ce qu'elle est ou represente, mais bien de son fonctionnement logique.

    mais est-ce qu'on a des exemples fonctionnels et suffisamment large pour être réalistes (genre au moins à l'échelle d'un village) d'organisation sans aucune hiérarchie ?

    Oui, plein: la commune de Paris est l'exemple le plus connu, mais on peut aussi citer le Rojava et le Chiapas. David Graeber a écrit un gros bouquin, Au commencement était..., qui revient dessus: l'histoire humaine n'est pas une évolution simpliste de sociétés primitives qui se seraient naturellement tournées vers une structure sédentaire et centralisée parce que "ça ne marche pas autrement". La forme actuelle de centralisation autoritaire est plutot l'héritière de l'idéologie coloniale, fondamentalement raciste de l'occident.

    Et les 1000 habitants du village ne seront pas tous d'accord.

    Il y a une conception très naive dans l'idéologie autoritaire qui consiste à dire que si il n'y a pas de hiérarchie c'est que tout le monde se trouve autour de la table. Ce n'est pas ça l'absence de hiérarchie: ce dont il est question, c'est l'absence d'autorité sur les personnes.

    Dans le commentaire de fearan on peut remplacer le mot "responsable" par "représentant" (pour éliminer la notion de pouvoir) mais le soucis reste le même : pour réaliser des projets d'envergure (construire un pont par exemple), il faut prendre des décisions

    Tu as trouvé la solution: il y a une différence énorme entre "responsable" et "représentant". Le premier ordonne; le deuxième se fait ordonner. Une des pistes proposées par l'anarchisme c'est la désignation de mandataires, qui pourraient avoir un mandat impératif par exemple (c'est-à-dire dire ce que le collectif a choisi, contrairement à un mandat représentatif dans lequel le mandataire fait ce qu'il veut), avec des mandats courts, tournants, ne donnant pas d'avantage spéciaux (non rémunérés) mais surtout révocables à tout moment. Le plus important étant que le maximum de décisions soit prises au niveau le plus local, là ou les gens sont et discutent directement, et de remonter aux autres niveaux pour ce qui touche d'autres échelles.

    La plus grande difficulté est de se rendre compte que l'on est tous nés dans un système autoritaire, capitaliste et hiérarchisé, qu'on a appris toute notre vie que c'était la seule possibilité et que rien d'autre n'était possible. Comme disait Ursula Le Guin, on en arrive à croire que ce système ne peut pas être changé et que c'est le seul, tout comme nos ancêtres ont cru que le système monarchique de droit divin était inchangeable. C'est faux, mais c'est dur d'imaginer autre chose. Ça ne veut pas dire qu'il faut instinctivement le rejeter, mais plutot remettre en question ses propres acquis et voir ou ça pêche