• [^] # Re: Quelques chiffres

    Posté par . En réponse au lien Le grand détournement - les assistés ne sont pas ceux qu’on stigmatise. Évalué à 10.

    le public vit des excédents de richesse générés par le privé, par l'inverse.

    Un cliché hérité des débuts de la comptabilité publique, quand l'Etat ne faisait que les fonctions régaliennes, perçues alors comme non productives (monnaie, police, justice, armée, grandes infras). Seule l'agriculture produisait alors.

    Aujourd'hui l'Etat fait bien plus, et les statistiques de la dépense publique comprennent aussi des organismes historiquement non étatiques (la sécu, gérée par les salariés initialement) progressivement ré-étatisés, ajoutant au total des secteurs entiers comme l'éducation, la santé, les allocations maladie et chômage, les retraites, à la statistique de la "dépense publique".

    Mais ces services, comme du reste leurs prédécesseurs, sont loin d'être improductifs ou sans valeur. Dans les pays dans lesquels ces secteurs sont plus privatisés qu'en France, ils occupent souvent des places plus importantes en "part de PIB". Et ce sont là aussi les autres secteurs de l'économie qui les financent (= leurs clients), sans que cela pose pourtant problème et qu'on dise qu'ils vivent à leurs crochet (tout le monde vit aux crochets de ses clients au final).

    Pourquoi le financement par des clients serait-il différent sur le plan moral du financement par les contribuables ? Parce que les clients ont le choix ? Lequel ? Celui de ne pas se soigner ? De ne pas s'éduquer ? De mettre en concurrence des entreprises qui s'apparentent à des cartels et s'entendent pour sécuriser leurs marges bien au-delà des coûts de gestion du publique (comme rappelé dans un autre commentaire à propos de la sécu et des mutuelles) ?

    Par ailleurs le chiffre de la dépense publique qui est égale à 53% du PIB c'est le plus grand enfumage de tous les temps. Les libéraux diront que l'économie est socialiste, car gérée par l'Etat pour plus de la moitié !

    Rien n'est moins faux.

    Dépenses et PIB sont incommensurables. Le PIB est consolidé, la somme des dépenses ne l'est pas. Ainsi la dépense privée agrégée (non consolidée) représente-t-elle... 260% du PIB ! A cette aune, nous sommes donc dans un pays triplement ultra-libéral !

    Pour l'illustrer simplement, prenons un exemple. Une entreprise A achète 1000 euros d'imports, qu'elle transforme et revend pour 2000 euros à l'entreprise B, qui les assemble et les revend sous forme de produit final pour 3000 euros à ses clients C. Le PIB ne regarde que la consommation finale moins les imports, soit 3000 euros - 1000 euros = 2000 euros de PIB.

    Mais si on fait la somme des dépenses, on obtient 3000 +たす 2000 +たす 1000 = 6000 euros, soit 300% du PIB ! Le privé est irresponsable et ne sait pas gérer l'économie ! Lol.

    Pour les dépenses publiques, c'est pareil, plus de la moitié est directement reversée sous forme d'aide aux entreprises ou aux foyers, et donc réinjectée dans l'économie. Toute une autre partie est dépensée sous forme d'achats aux entreprises privées, pour construire ou entretenir les routes, les ponts, les Rafale, les écoles, les hôpitaux... achats dont le FMI a montré que l'impact sur le PIB était démultiplié (car faisant travailler toute une chaîne de sous-traitants, et générant à leur tour des impôts).

    Au final si on ne prend que les salaires des fonctionnaires (qui eux aussi consomment auprès des entreprises du privé) et les achats directs, ça ne représente qu'autour de 25% du PIB (contre 260% pour le privé, si on se souvient bien), pour tous les secteurs cités précédemment.

    Les salaires des fonctionnaires français sont parmi les plus bas de l'OCDE dans la santé ou l'éducation, nos classes sont parmi les plus chargées, nos écoles et nos hôpitaux sont vétustes.

    Tout ceci c'est le résultat des faux dogmes des libéraux qui se sont intoxiqués eux-mêmes à leurs propres mensonges sur les services publics et l'Etat.

    Une route s'use 10 000 fois plus vite sous les roues d'un poids lourd que sous celles d'une voiture : les entreprises paient-elles l'entretien des routes 10 000 fois plus cher que les particuliers ?

    La vérité c'est que les travailleurs paient pour les entreprises beaucoup plus que dans l'autre sens, sans même parler des externalités non comptabilisées (c'est cadeau !).

    Une meilleure répartition des richesses (la répartition actuelle en France sort 9 millions de personnes de la pauvreté en continu, de mémoire) est pourtant corrélée à une meilleure santé globale, à une baisse de la criminalité, etc...

    Bref, il faut arrêter avec les délires de persécution de la droite.