En fait, le choc est assez dur à encaisser, parce que 1) il est brutal (ça ne me semblait pas du tout évident qu'il serait faisable de faire coder décemment ce qui n'était qu'un chatbot il y a 3 ans), 2) il touche des emplois qui étaient considérés jusqu'à présent comme (très) qualifiés et assez reconnus socialement, et 3) tout le monde en dehors de la communauté des programmeurs semble se réjouir de la situation, les politiques (qui n'y comprennent rien mais ne veulent pas louper le train), le monde économique (qui ne voit que les gains de productivité et les $$$ économisés), et même le reste de la société qui voir plutôt d'un bon oeil la démocratisation du développement logiciel qui n'est plus du tout réservé à une élite.
Ici et là, on voit bien sûr fleurir des articles et des coups de gueule qui dénoncent la mauvaise qualité des programmes produits, du problème de formation des architectes logiciels du futur, avec souvent un mélange des genres entre ce qui est vrai et ce qu'on souhaiterait être vrai. C'est un peu triste, mais ça me fait vachement penser au père dans Charlie et la Chocolaterie, qui perd son travail de visseur de bouchons dans une usine de dentifrice au profit d'un robot, et qui prétend qu'aucune machine ne saura jamais visser un bouchon aussi bien qu'un humain. Ce qui me touche, c'est que c'est probablement doublement faux; une machine visse de manière probablement bien plus répétable qu'un humain, et que de doutes manières ce qui compte c'est que la différence de qualité de vissage n'a rien à voir avec la question, puisque personne ne s'intéresse à la qualité du vissage des bouchons de dentifrice à partir du moment où il est vissé.
Après, je ne lis pas l'avenir, et il va certainement y avoir une phase où n'importe quoi va être fait, jusqu'à ce qu'on détermine exactement ce qui peut ou ne peut pas être confié aux AI. Comme souvent, les AI ont du mal à égaler les meilleurs humains, mais défoncent totalement les humains "moyens", et dans une équipe de développement, il n'y a jamais que des experts.
Après tout, de toutes manières, il ne sera jamais interdit de continuer à coder à l'ancienne pendant ses loisirs, si ça nous amuse. Il y a de fortes chances également qu'on continue d'apprendre à coder à l'école, comme on apprend encore à poser des multiplications avant d'utiliser une calculatrice. Mais quand il sera établi que pour certaines tâches, coder à la main est l'équivalent de poser une multiplication, même si c'est moins drôle, il n'y aura aucune justification pour ne pas utiliser d'outil (une multiplication à la calculatrice n'est pas moins bien faite qu'à la main...).
# Inédit pour les métiers qualifiés
Posté par arnaudus . En réponse au journal Coder avec l'IA : le déclin du plaisir. Évalué à 8. Dernière modification le 11 août 2025 à 14:17.
En fait, le choc est assez dur à encaisser, parce que 1) il est brutal (ça ne me semblait pas du tout évident qu'il serait faisable de faire coder décemment ce qui n'était qu'un chatbot il y a 3 ans), 2) il touche des emplois qui étaient considérés jusqu'à présent comme (très) qualifiés et assez reconnus socialement, et 3) tout le monde en dehors de la communauté des programmeurs semble se réjouir de la situation, les politiques (qui n'y comprennent rien mais ne veulent pas louper le train), le monde économique (qui ne voit que les gains de productivité et les $$$ économisés), et même le reste de la société qui voir plutôt d'un bon oeil la démocratisation du développement logiciel qui n'est plus du tout réservé à une élite.
Ici et là, on voit bien sûr fleurir des articles et des coups de gueule qui dénoncent la mauvaise qualité des programmes produits, du problème de formation des architectes logiciels du futur, avec souvent un mélange des genres entre ce qui est vrai et ce qu'on souhaiterait être vrai. C'est un peu triste, mais ça me fait vachement penser au père dans Charlie et la Chocolaterie, qui perd son travail de visseur de bouchons dans une usine de dentifrice au profit d'un robot, et qui prétend qu'aucune machine ne saura jamais visser un bouchon aussi bien qu'un humain. Ce qui me touche, c'est que c'est probablement doublement faux; une machine visse de manière probablement bien plus répétable qu'un humain, et que de doutes manières ce qui compte c'est que la différence de qualité de vissage n'a rien à voir avec la question, puisque personne ne s'intéresse à la qualité du vissage des bouchons de dentifrice à partir du moment où il est vissé.
Après, je ne lis pas l'avenir, et il va certainement y avoir une phase où n'importe quoi va être fait, jusqu'à ce qu'on détermine exactement ce qui peut ou ne peut pas être confié aux AI. Comme souvent, les AI ont du mal à égaler les meilleurs humains, mais défoncent totalement les humains "moyens", et dans une équipe de développement, il n'y a jamais que des experts.
Après tout, de toutes manières, il ne sera jamais interdit de continuer à coder à l'ancienne pendant ses loisirs, si ça nous amuse. Il y a de fortes chances également qu'on continue d'apprendre à coder à l'école, comme on apprend encore à poser des multiplications avant d'utiliser une calculatrice. Mais quand il sera établi que pour certaines tâches, coder à la main est l'équivalent de poser une multiplication, même si c'est moins drôle, il n'y aura aucune justification pour ne pas utiliser d'outil (une multiplication à la calculatrice n'est pas moins bien faite qu'à la main...).