Pour faire le lien avec notre discussion, ce que tu défend c'est une approche similaire à celle de Frédéric Bastiat :
Et "si toute production appartient à celui qui l'a formée et parce qu'il l'a formée" [Bastiat, 1862, p. 333], alors il découle naturellement que l'auteur est le propriétaire naturel de son oeuvre.
"Comme pour la pêche aux perles, ne faut-il pas, pour maintenir en équilibre les profits généraux de l'industrie de l'invention avec ceux des autres branches de la production, que la chance heureuse procure des bénéfices assez élevés pour couvrir les pertes subies par l'échéance des risques ?" [21]
Bon et même si ça ne me plaît pas, il y a une forme de consensus, pour un droit d'auteur "léger", très limité dans le temps, pour permettre à l'auteur de jouir économiquement de sa création, pour qu'il puisse s'y retrouver dans le monde économique.
Mon approche serait plus proche de celle de Proudhon :
Dès la publication, la société devient propriétaire du contenu et détient donc les droits moraux qui y sont attachés. Il n'y a pas spoliation, mais simple transfert. Proudhon prend d'ailleurs grand soin de souligner que sa position conforte et non fragilise la propriété comme institution. Il faut souligner que Victor Hugo, bien qu'auteur, soutient exactement la même position, qu'il défend notamment au congrès de Paris de 1878 [31].
Si tu ne veux pas que les gens utilisent ce que tu produis, tu peux toujours ne pas le partager. Ce n'est pas l'oeuvre en elle même qui a de l'intérêt, c'est ce que les gens voient dedans. Partager et verrouiller, ça ne fait aucun sens pour moi.
Je suis cependant très sensible l'argument :
En particulier, le droit moral, qui confère à l'auteur un contrôle sur les usages futurs de son oeuvre (intégrité, divulgation, repentir...), offre une protection réelle des auteurs vis-à-vis de producteurs tentés d'adapter en permanence les oeuvres aux attentes des consommateurs.
Cependant, face à des oeuvres qui mobilisent de plus en plus souvent de multiples auteurs (un metteur en scène qui interprète une pièce, un disc-jockey qui pratique le sampling...), ce droit moral, notamment dans les mains des héritiers, peut se retourner contre son objectif initial de défense de la création.
Pour moi du coup on peut tout faire, tant que c'est clairement annoncé : "Je serais désolé qu'on gênât en rien la liberté des ciseaux, à une condition cependant, c'est qu'on respectât la liberté de ceux qui n'en veulent pas user. [...] Le domaine commun est donc la sauvegarde de [la] conservation [des oeuvres], de leur immortalité"
En gros, tout est dans le domaine public, par essence et tant qu'on ne fait pas passer une oeuvre modifié pour une originale, ou qu'on ne s'approprie pas la parenté, je ne vois aucun soucis éthique. Pour moi c'est très différent de la contrefaçon, ou en ajoutant un logo on essaie de s'associer à une qualité, en faisant passer notre travail pour celui d'un autre ou vice versa.
La grosse lacune de cette approche (toutes les oeuvres dans le domaine public des leur publication), c'est celle du financement des artistes. Proudhon and co conseille l'approche des subventions, pour que l'artiste ne soit pas soumis aux logiques économique, et donc libre et indépendant. C'est contradictoire avec le principe même de subvention gouvernementale, ou l'état a un droit de regard et de sélection sur les artistes. Cependant si je ne suis pas pour un monopole d'état comme je suis contre un monopole des entreprises ou des auteurs qui participent à un courant artistique, je pense que la société qui finance les artistes doit avoir un droit de regard sur ce qui est financé (Pourquoi payer pour des œuvres qui ne plaisent / n'intéressent personne ?). Donc le financement participatif de semble être une solution idéale. Ce n'est pas mentionné, mais ça comble la grosse lacune de cette idéologie et à mon sens la rend robuste et pertinente.
Aussi, il faut bien différencier oeuvre et idee : "le fonds commun des idées n'est ni valable, ni appropriable, il n'est point échangeable ; il n'est point de la richesse sociale ; tout au plus est-il de la richesse naturelle. Il est en dehors de toute propriété" [Walras, 1859, p. 404]. Cette réflexion fonde la séparation en droit entre les idées, qui ne sont pas protégées, et les oeuvres, qui, utiles et rares, sont appropriables.
Et que donc à mon sens comme les règles et systèmes sont de l'ordre des idées, il n'y a aucune raison pour laquelle je devrais le restreindre. A moins qu'on ne considère les règles comme une oeuvre. Le jeu en est un, on peut même considérer le livret comme un texte d'auteur, au même titre qu'un livre, mais le système/mécanique est une idée, un concept.
# Une super ressource
Posté par gamadaru . En réponse au message Open Source et Jeux de sociétés - Gamadaru. Évalué à 1.
En faisant quelques recherches je suis tombé sur ce super article, qui introduit a merveille notre réflexion :
https://shs.cairn.info/revue-l-economie-politique-2004-2-page-34?lang=fr
Pour faire le lien avec notre discussion, ce que tu défend c'est une approche similaire à celle de Frédéric Bastiat :
Et "si toute production appartient à celui qui l'a formée et parce qu'il l'a formée" [Bastiat, 1862, p. 333], alors il découle naturellement que l'auteur est le propriétaire naturel de son oeuvre.
"Comme pour la pêche aux perles, ne faut-il pas, pour maintenir en équilibre les profits généraux de l'industrie de l'invention avec ceux des autres branches de la production, que la chance heureuse procure des bénéfices assez élevés pour couvrir les pertes subies par l'échéance des risques ?" [21]
Bon et même si ça ne me plaît pas, il y a une forme de consensus, pour un droit d'auteur "léger", très limité dans le temps, pour permettre à l'auteur de jouir économiquement de sa création, pour qu'il puisse s'y retrouver dans le monde économique.
Mon approche serait plus proche de celle de Proudhon :
Dès la publication, la société devient propriétaire du contenu et détient donc les droits moraux qui y sont attachés. Il n'y a pas spoliation, mais simple transfert. Proudhon prend d'ailleurs grand soin de souligner que sa position conforte et non fragilise la propriété comme institution. Il faut souligner que Victor Hugo, bien qu'auteur, soutient exactement la même position, qu'il défend notamment au congrès de Paris de 1878 [31].
Si tu ne veux pas que les gens utilisent ce que tu produis, tu peux toujours ne pas le partager. Ce n'est pas l'oeuvre en elle même qui a de l'intérêt, c'est ce que les gens voient dedans. Partager et verrouiller, ça ne fait aucun sens pour moi.
Je suis cependant très sensible l'argument :
En particulier, le droit moral, qui confère à l'auteur un contrôle sur les usages futurs de son oeuvre (intégrité, divulgation, repentir...), offre une protection réelle des auteurs vis-à-vis de producteurs tentés d'adapter en permanence les oeuvres aux attentes des consommateurs.
Cependant, face à des oeuvres qui mobilisent de plus en plus souvent de multiples auteurs (un metteur en scène qui interprète une pièce, un disc-jockey qui pratique le sampling...), ce droit moral, notamment dans les mains des héritiers, peut se retourner contre son objectif initial de défense de la création.
Pour moi du coup on peut tout faire, tant que c'est clairement annoncé : "Je serais désolé qu'on gênât en rien la liberté des ciseaux, à une condition cependant, c'est qu'on respectât la liberté de ceux qui n'en veulent pas user. [...] Le domaine commun est donc la sauvegarde de [la] conservation [des oeuvres], de leur immortalité"
En gros, tout est dans le domaine public, par essence et tant qu'on ne fait pas passer une oeuvre modifié pour une originale, ou qu'on ne s'approprie pas la parenté, je ne vois aucun soucis éthique. Pour moi c'est très différent de la contrefaçon, ou en ajoutant un logo on essaie de s'associer à une qualité, en faisant passer notre travail pour celui d'un autre ou vice versa.
La grosse lacune de cette approche (toutes les oeuvres dans le domaine public des leur publication), c'est celle du financement des artistes. Proudhon and co conseille l'approche des subventions, pour que l'artiste ne soit pas soumis aux logiques économique, et donc libre et indépendant. C'est contradictoire avec le principe même de subvention gouvernementale, ou l'état a un droit de regard et de sélection sur les artistes. Cependant si je ne suis pas pour un monopole d'état comme je suis contre un monopole des entreprises ou des auteurs qui participent à un courant artistique, je pense que la société qui finance les artistes doit avoir un droit de regard sur ce qui est financé (Pourquoi payer pour des œuvres qui ne plaisent / n'intéressent personne ?). Donc le financement participatif de semble être une solution idéale. Ce n'est pas mentionné, mais ça comble la grosse lacune de cette idéologie et à mon sens la rend robuste et pertinente.
Aussi, il faut bien différencier oeuvre et idee : "le fonds commun des idées n'est ni valable, ni appropriable, il n'est point échangeable ; il n'est point de la richesse sociale ; tout au plus est-il de la richesse naturelle. Il est en dehors de toute propriété" [Walras, 1859, p. 404]. Cette réflexion fonde la séparation en droit entre les idées, qui ne sont pas protégées, et les oeuvres, qui, utiles et rares, sont appropriables.
Et que donc à mon sens comme les règles et systèmes sont de l'ordre des idées, il n'y a aucune raison pour laquelle je devrais le restreindre. A moins qu'on ne considère les règles comme une oeuvre. Le jeu en est un, on peut même considérer le livret comme un texte d'auteur, au même titre qu'un livre, mais le système/mécanique est une idée, un concept.
Enfin bref l'article est vraiment super.