• [^] # Re: Rainbow deck

    Posté par . En réponse au message Open Source et Jeux de sociétés - Gamadaru. Évalué à 1.

    La propriété intellectuelle, c'est l'affirmation que quand on sort quelque chose d'original de son cerveau (une "œuvre de l'esprit"), on a des droits sur la réutilisation de cette chose.

    Pour que des choses sortent d'un cerveau, il faut bien que des choses y soient entrés. Et c'est justement la ou c'est vicieux en terme d'inégalité croissante. La logique libertarienne est par ailleurs basé sur l'individualisme : tu ne vois que ce que tu apportes, pas ce qui t'as été apporté, ni son caractère indispensable. Ils n'y ont pas accès ? Ils ont n'a qu'a faire sans. En plus c'est bassement capitaliste dans son fonctionnement = les actes passés justifient les directions futures = ce que tu as fait avant ne te donne pas de droit sur ce que les gens feront après. En fait chacun veut son petit monopole, sa petite part de droit sur le futur. Posséder même l'immatériel. Et c'est contreproductif parce que c'est la pire manière de conscientiser nos inter-dépendances. D'ou ma citation, "Dans un monde ou tout le monde est maitre, tout le monde est esclave, dans un monde ou personne n'est maitre, tout le monde est maitre".
    Mais bref je l'ai déjà dit je ne vois plus l'intérêt de me répéter inutilement.

    Pour moi la logique est simple, quand je publie quelque chose, on en perd le contrôle. Comme quand on vend des marteaux, on n'a pas de droit sur ce que les gens peuvent ou doivent faire avec.

    l'auteur d'un logiciel ne pourrait pas l'assortir d'une licence avec des clauses à respecter.

    En pratique ça ne sert a rien, dans la mesure ou comme le code source propriétaire est maintenu secret il peut tout a fait contenir des éléments de code open-source sans que ce soit vérifiable.
    La propriété intellectuelle permet surtout la privatisation, dans la mesure ou sans elle par défaut tous est libre. Elle n'est pas condition indispensable, elle est la béquille compensatrice d'une logique boiteuse.
    Cependant je reconnais tout a fait le fait que je n'ai rien a imposer a personne, que je ne peux faire que des constats et des recommandations.

    Pourquoi cette situation ne te convient pas? De mon point de vue, c'est parce que tu souhaites consommer plus que produire.

    Alors de deux choses d'une : tout d'abord, voir le rapport aux œuvres par le prisme de la consommation, c'est celui le plus triste du monde. Les œuvres se lisent, se regardent, font rêver / réfléchir. C'est justement tout le point que je veux aborder. Le système de propriété intellectuelle sert a transformer des idées immatérielles en biens de consommations.
    Et pour finir, j'entends totalement dans ce discours "bah t'as qu'a bosser pour te payer les œuvres". Tu as déjà dis a demi-mots que j'étais un parasite, pour le respect mutuel on repassera.

    Personne n'affirme que le monde est parfait, mais au moins il résulte d'une forme d'équilibre qui permet à la plupart des gens de vivre en société en respectant à peu près les mêmes règles, dont la propriété intellectuelle fait partie.

    T'as déjà entendu parler du concept de travailleurs pauvres ? "la plupart des gens", bah c'est eux. La misère n'a rien a voir avec la fainéantise. Et j'entends bien produire des alternatives, non consommer.
    Par ailleurs, la forme d'équilibre dont tu parles ici c'est le libéralisme économique : Dans ce système, la pauvreté n'est ni le fait de choix individuels, ni une erreur fortuite, c'est un trait constitutif indispensable a son fonctionnement. L'automatisation pourrait permettre l'efficacité et de se libérer du temps, mais en pratique elle est principalement utilisé pour maximiser les profits d'une minorité et pour faire levier dans les rapports de force avec les salariés, en les rendant remplaçables.
    La propriété intellectuelle est un moyen supplémentaire de verrouillage de ce système : Au sein d'une entreprise, c'est elle qui possède la propriété intellectuelle. Du coup ça ne protège pas du tout les auteurs mais les intérêts du patron. Les idées et les concepts se construisent entre elles, c'est aussi un moyen de production. Pour les jeux de société, je vois ça comme une forme d'uberisation de ce système : les auteurs sont indépendants mais totalement aliénés aux éditeurs. Et quand les règles sont stupides on les suit pas.
    En plus le débat glisse un peu, parce qu'en ne reprenant ni design, ni livret, je respecte justement ces règles, bien que je les trouve discutable par certains aspects par ailleurs.

    Je pense que tu es assez clair depuis le début.

    Je trouve ça assez paradoxal, parce que bien que je sois très content que tu prennes la peine de discuter et débattre, tes réponses ne démontrent pas la moindre compréhension de ma philosophie. C'est d'ailleurs a mon sens pour cette raison que tu me prêtes des intentions : quand on ne comprend on fait des suppositions. C'est naturel, mais baser son raisonnement la dessus c'est grossier : c'est ne faire preuve d'aucune finesse, a en être presque médisant. Sous-entendre que je suis un parasite est tout a fait grossier.

    Dire qu'on est juste irréconciliable a cause d'un problème de fond, c'est vrai et je n'entends pas modifier tes opinions politique. Cependant juste l'accepter, la pour moi c'est de la fainéantise.

    Bon et comme je ne peux rien faire d'autre de mon coté qu'améliorer la qualité de mes explications, c'est ce que je vais faire.

    J'ai pour toi deux axes celui du géant et celui du bateau.

    "Si j'ai vu plus loin, c'est parce que je me suis tenu sur les épaules de géants" : Sauf que la le géant est privatisé, et par choix politique et économique non-accessible a tous. Bien que je sois critique je ne suis pas fondamentalement anti-libéral (je suis fondamentalement anti-capitaliste, pourtant la liberté d'entreprendre reste pour moi une valeur importante). La libre concurrence notamment permet de pousser vers des prix justes par exemple (une sorte d'équilibre, je pense que c'est a ce genre de chose auquel tu faisais référence ?). Mais la propriété intellectuelle va a rebours de ce principe : c'est un moyen de couper l'herbe sous le pied des concurrents ; "cela m'appartient je vais te faire un procès".
    Et si l'ayant droit pratique des prix abusifs et/ou de l'obsolescence programmé, qu'il en soit ainsi. Pour moi c'est du verrouillage pas la défense d'un droit.
    Et pour ce qui est du fait que les idées sortent du cerveau des créateurs je suis d'accord. Mais ce cerveau, sur les épaules de quel géant se situe-t-il ? Ignorer cet aspect c'est ignorer l'essentiel pour moi.
    Pour finir, verrouiller les possibilités de production, puis dire "vous voulez consommer plus que produire", c'est le discours fondamental du néolibéralisme. Et ça c'est pour moi totalement contre-éthique.

    Le deuxième c'est celui du bateau : si on change toutes les pièces d'un bateau, est-ce encore le même bateau ? Reprendre et modifier, ce n'est pas du parasitisme, c'est de la créativité. Le débat est d'ailleurs très présent dans la recherche fondamentale en mathématique : Lorsqu'un nouveau théorème est écrit, s'agit-il d'une invention (nouvelle combinaison de symboles et principes découlant sur quelque chose de fondamentalement nouveau) ou d'une découverte (le mathématicien a-t-il mis le doigt sur un principe inhérent, par travail/rigueur/chance/persévérance choisis ce que tu veux).
    C'est un débat actif et non une question tranchée. Assez controversée d'ailleurs, parce qu'elle a de grosses conséquences concrètes sur les droits d'auteurs qui en découlent justement.
    Pareil en biologie : le premier a découvrir une molécule est-il légitime a la privatiser ?
    Tu me diras les œuvres ça n'a rien a voir, pour un livre les combinaisons de mots sont infinies, etc. Et bien non elles sont finies, et toutes dans la bibliothèque de Babel. Tous le sens de ces mots dépend de celui qui l'écrit, de celui qui le lit, et plus largement de l'ensemble du contexte.
    Refuser les reprises, parodies, évolutions, etc. c'est refuser de remettre ces combinaisons dans d'autre contexte, c'est fermer des portes vers des points de vue / interprétations différentes : de quel droit ?
    Et pour revenir au bateau, je trouve que c'est une bonne métaphore, vis a vis de ma question : si je trouve discutable de privatiser une œuvre, alors un concept je ne comprend pas du tout. Tu évites totalement la nuance entre les deux. Si on peut se poser la question de privatiser un modèle de bateau, privatiser le concept de bateau ne fait aucun sens. De qui cette idée, brillante par ailleurs, cette idée est sortie n'est pour moi pas la question. On ne peut pas privatiser le concept de bateau ça me semble évident, et c'est pour l'expliquer que je prends l'axe de "l'accès a la mer". Interdire a quelqu'un de faire un bateau a moteur parce qu'on a eu l'idée du bateau a voile et faire un procès, je trouve ça autant ridicule que contre-productif.

    J'arrête les métaphores et revient sur ce que tu répètes malgré les contradictions :

    Aller reprendre des trucs existants, changer les icônes, et les diffuser en disant "c'est libre" n'apporte rien, puisque les gens auraient pu acheter les jeux propriétaires.

    J'ai repris des mécaniques et des concepts, non privatisables, et les réutilise pour les faire évoluer = autant légal qu'éthique. Le jeu de carte que je développe tend a reprendre le game design de zero, pour en développer un nouveau (produire) plus universels, qui tend a uniformiser les mécaniques entres les jeux pour les rendre compatibles entre elles, et ainsi faire évoluer tous les jeux qu'elles produisent. Comparer ça a un simple copié-collé encore une fois c'est grossier. Même s'il y a littéralement eu un copié-collé a un moment dans le processus créatif.
    Je ne blanchis pas des licences, je reprends des concepts. Ca apporte pleins de choses, une évolution des jeux et de leur mécanique, un jeu unique auto-produit permettant d'implémenter ces mécaniques. En plus cette alternative étant libre (et non pseudo-libre) ça permet a n'importe qui de la produire, pour soi-même ou pour la vendre.
    "Les gens auraient pu acheter les jeux propriétaires" = bah pas tous justement. Pas tous les gens, pas tous les jeux. Et ceux qui ont les moyens d'acheter les jeux peuvent toujours le faire, je n'impose rien a personne.
    C'est d'ailleurs pour ça que je référence toutes les inspirations des jeux dans les livrets, je ne veux m'approprier le travail de personne, et je cite mes sources, autant par reconnaissance que par rigueur.

    En fait tu associes la propriété intellectuelle a la production, ce que je ne comprends pas du tout. Lorsqu'on pose un brevet on ne produit rien du tout, on empêche au contraire les autres de produire.

    Pour finir, je te retournerai bien la question = restreindre les possibilités vis a vis de ce que tu produis, ou même de ce qui est produit, ça apporte quoi a qui ?