Dans votre article sur les circuits EF9364 et suivants, à un moment vous vous posez la question suivante :
« Comment et pourquoi la SESCOSEM a eu l'idée de se lancer dans ce projet? »
Cette idée ne vient pas de la Sescosem, mais de Jean Gastinel.
Sur le site de Grenoble, il y avait de bonnes interactions entre les universitaires et l’industriel Sescosem (puis EFCIS). Jean Gastinel, fils de Noël prof de fac, était bricoleur en électronique et avions radio-commandés. Il rentre à l’ENS et a envie de construire un ordinateur, il demande à son père comment faire. Celui-ci lui conseille d'en parler à François Anceau, enseignant-chercheur à la fac de Grenoble. Ce dernier lui conseille d’aller voir à Paris Gérard Noguez, enseignant-chercheur à l’Université Paris 6, sur le campus de Jussieu.
Jean Gastinel entraîne ses copains de promotion ENS dans l’aventure. Le petit groupe construit un ordinateur 12 bits. Ensuite, Jean définit la fonction de son circuit alphanumérique pour sa thèse, et créé une maquette de simulation en circuits MSI. À l’époque, il n’y avait pas de logiciels de CAO (de toutes façons, il n’y avait pas d’écrans interactifs !), et nous faisions la conception logique en câblant des circuits existants et en contrôlant avec un oscilloscope. Les fréquences dépassaient rarement 10 MHz.
Pour faire exister le circuit, il s’adresse tout naturellement aux connaissances chez Sescosem-EFCIS. Une personne importante dans le lancement du projet chez EFCIS a été M. Joumard qui s’est passionné tout de suite, puis ensuite M. Moreau pour le suivi de la réalisation.
À l’époque, Efcis a suivi, sans objectif précis, si ce n’est de mettre ces circuits à son catalogue. De même ensuite pour mes circuits graphiques.
EFCIS signifie "Etude et Fabrication de Circuits Intégrés Spéciaux". Ils étaient orientés vers la réalisation de circuits à la demande, mais faisaient aussi des circuits standards. C’était une filiale de THOMSON. Dans ce monde industriel, les conceptions ne sont pas publiques. Or, pour ma thèse, j’avais insisté pour pouvoir tout publier. EFCIS a déposé 4 demandes de brevets en mon nom, avec Thomson comme propriétaire, la veille de ma soutenance de thèse. (En accord avec le contrat que l’ENS avait signé.)
C’est le fait que la structure de mes blocs de base était publique qui a permis à EFCIS de les réutiliser ensuite pour les circuits du minitel. En effet, si cela avait été propriété d’un de leur client, ils n’auraient pas pu les ré-utiliser.
Dans les années qui ont suivi, la stratégie marketing de Efcis n’était plus compatible avec la relation avec les élèves de l’ENS et la collaboration s’est arrêtée. Dans une période transitoire (vers 1982), nous avions conçu, toujours en relation avec EFCIS, un ordinateur basé sur un microprocesseur 8 bits, qui a été commercialisé par EFCIS sous le nom de Monocarte-THEMIS. Il a été candidat pour équiper les lycées, mais il était un peu plus haut de gamme que ses concurrents et donc plus cher à produire.
[^] # Re: Un message de Philippe Matherat
Posté par pulkomandy (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal La thèse de Jean Gastinel: conception et intégration d'un terminal alphanumérique (1977). Évalué à 10.