Reste que le problème de l'évaluation n'est pas réglé par l'honnêteté scientifique. Quand tu as des institutions académiques financées par les deniers publics, l'évaluation de la qualité et de la productivité est légitime, et elle est même indispensable à la confiance que la société peut avoir dans les discours scientifiques.
Il y a de nombreux cas de fraudes ou d'inconduites scientifiques documentées à tous les niveaux : individus, instituts, et disciplines. Le plus dommageable pour la science reste la dérive disciplinaire (typiquement, psychanalyse), puisque les modes d'évaluation traditionnels (par les pairs) ne fonctionnent pas, les spécialistes de la discipline étant sincèrement persuadés du bien-fondé de leurs approches.
Je sais bien que le sentiment dominant dans les instituts scientifiques, c'est "faites le chèque et faites-nous confiance", mais c'est aussi là qu'on peut comprendre que la science pure n'existe pas; la science est une construction sociale qui est implémentée dans une réalité, et cette réalité impose des contraintes (financières, réglementaires, éthiques...) qui s'opposent directement ou indirectement aux progrès de la connaissance.
J'ai l'impression que c'est typiquement ce qui motive les raisonnements du style de notre interlocuteur climatoseptique par exemple : quels sont les conflits d'intérêts des scientifiques? Comme il ne comprends pas ce qui motive les scientifiques, il imagine ces conflits d'intérêt : politiques, économiques, ou fantaisisto-complotistes quand il n'arrive pas à trouver. Nier les conflits d'intérêt politiques dans le milieu académique, ça n'a aucun sens : non seulement ça ne sert à rien parce que même si c'était vrai ça ne convaincrait personne, mais en plus c'est totalement faux, c'est évident que les scientifiques sont comme tout le monde et qu'ils ont des convictions, que ces convictions influencent les questions qu'ils se posent et leur manière de travailler. Ce sur quoi il faut insister, ça n'est pas une prétendue neutralité de scientifiques "au-dessus des considérations de ce monde" dans les questions ou dans les analyses, parce que ça serait faux ; ce qu'il faut mettre en avant c'est la transparence du processus de collecte et d'analyse de données. En gros, oui, ce scientifique a bien mis en place un suivi des populations d'amphibiens parce qu'il est inquiet de la perte de la biodiversité est qu'il est politiquement convaincu qu'il faudrait limiter la croissance économique pour la préserver, c'est bien ça qui le motive à répondre à des appels à projets et à passer une partie de son temps les pieds dans la gadoue (et l'autre partie de son temps derrière un écran). C'est un fait, il n'est pas du tout désintéressé idéologiquement de la question, ça n'est pas une IA à qui on aurait demandé de travailler sur cette question et qui autrement aurait pu travailler sur l'importance de la taille de la maille sur l'élasticité des chaussettes. Par contre, le fait que ce scientifique soit intéressé par cette question est décorrélé du fait que ses données montrent que les amphibiens disparaissent à cause de la pollution et de l'artificialisation des sols. Et c'est ça qui est important, ça n'est pas qui prétend ci ou ça pour telle raison, c'est que les données indiquent que telle observation ou que telle hypothèse est vraie. Il faut toujours ramener la discussion sur les données, sur les hypothèses, sur la validité des conclusions, et détourner la conversation de "qui" et de "pourquoi il a intérêt à dire ça".
[^] # Re: Liberté & démocratie
Posté par arnaudus . En réponse au lien C'est la peau de la démocratie qu'ils veulent. Évalué à 3.
Reste que le problème de l'évaluation n'est pas réglé par l'honnêteté scientifique. Quand tu as des institutions académiques financées par les deniers publics, l'évaluation de la qualité et de la productivité est légitime, et elle est même indispensable à la confiance que la société peut avoir dans les discours scientifiques.
Il y a de nombreux cas de fraudes ou d'inconduites scientifiques documentées à tous les niveaux : individus, instituts, et disciplines. Le plus dommageable pour la science reste la dérive disciplinaire (typiquement, psychanalyse), puisque les modes d'évaluation traditionnels (par les pairs) ne fonctionnent pas, les spécialistes de la discipline étant sincèrement persuadés du bien-fondé de leurs approches.
Je sais bien que le sentiment dominant dans les instituts scientifiques, c'est "faites le chèque et faites-nous confiance", mais c'est aussi là qu'on peut comprendre que la science pure n'existe pas; la science est une construction sociale qui est implémentée dans une réalité, et cette réalité impose des contraintes (financières, réglementaires, éthiques...) qui s'opposent directement ou indirectement aux progrès de la connaissance.
J'ai l'impression que c'est typiquement ce qui motive les raisonnements du style de notre interlocuteur climatoseptique par exemple : quels sont les conflits d'intérêts des scientifiques? Comme il ne comprends pas ce qui motive les scientifiques, il imagine ces conflits d'intérêt : politiques, économiques, ou fantaisisto-complotistes quand il n'arrive pas à trouver. Nier les conflits d'intérêt politiques dans le milieu académique, ça n'a aucun sens : non seulement ça ne sert à rien parce que même si c'était vrai ça ne convaincrait personne, mais en plus c'est totalement faux, c'est évident que les scientifiques sont comme tout le monde et qu'ils ont des convictions, que ces convictions influencent les questions qu'ils se posent et leur manière de travailler. Ce sur quoi il faut insister, ça n'est pas une prétendue neutralité de scientifiques "au-dessus des considérations de ce monde" dans les questions ou dans les analyses, parce que ça serait faux ; ce qu'il faut mettre en avant c'est la transparence du processus de collecte et d'analyse de données. En gros, oui, ce scientifique a bien mis en place un suivi des populations d'amphibiens parce qu'il est inquiet de la perte de la biodiversité est qu'il est politiquement convaincu qu'il faudrait limiter la croissance économique pour la préserver, c'est bien ça qui le motive à répondre à des appels à projets et à passer une partie de son temps les pieds dans la gadoue (et l'autre partie de son temps derrière un écran). C'est un fait, il n'est pas du tout désintéressé idéologiquement de la question, ça n'est pas une IA à qui on aurait demandé de travailler sur cette question et qui autrement aurait pu travailler sur l'importance de la taille de la maille sur l'élasticité des chaussettes. Par contre, le fait que ce scientifique soit intéressé par cette question est décorrélé du fait que ses données montrent que les amphibiens disparaissent à cause de la pollution et de l'artificialisation des sols. Et c'est ça qui est important, ça n'est pas qui prétend ci ou ça pour telle raison, c'est que les données indiquent que telle observation ou que telle hypothèse est vraie. Il faut toujours ramener la discussion sur les données, sur les hypothèses, sur la validité des conclusions, et détourner la conversation de "qui" et de "pourquoi il a intérêt à dire ça".