• [^] # Re: Liberté & démocratie

    Posté par . En réponse au lien C'est la peau de la démocratie qu'ils veulent. Évalué à 4.

    D'une manière générale, la démocratie n'est pas très résiliente quand une majorité de la population est convaincue qu'elle n'est pas nécessaire. Je veux dire que ces dictateurs de pacotille ne seraient rien s'il n'arrivaient pas à convaincre les "gueux" qu'il seraient plus heureux sans démocratie. Dans le cas qui nous préoccupe, il n'y a pas réellement de tentative de renverser le pouvoir par des moyens malhonnêtes ou détournés, tout est assumé : l'assaut du capitole, les discours masculinistes, racistes, suprémacistes, la personnalité du leader et de ses acolytes... Ils ont réellement réussi à convaincre une majorité des votants qu'ils allaient mieux gérer le pays que leurs opposants.

    Il y a bien sûr l'argument de la manipulation des foules, le populisme, ou l'aliénation par les puissances du capital, la communication, le contrôle des médias et des rézosocio, etc. Mais j'ai toujours trouvé cet argument insoutenable, puisque la démocratie, c'est basé sur la puissance de conviction. Le principe de la démocratie ne peut pas admettre qu'un vote ou une opinion n'est pas valide quand on a été convaincu par une manoeuvre, parce que les convictions politiques naissent dans des contextes (familiaux, sociaux, économiques...) spécifiques à chacun. Si c'était vrai qu'un vote populiste n'était pas valide parce qu'il est inspiré par CNews, alors le vote pour la droite traditionnelle dans une famille d'entrepreneurs n'est pas non plus valide, et le vote communiste quand on a grandi dans une famille d'ouvriers non plus. La démocratie n'a pas le droit de questionner l'origine des opinions; elle peut éventuellement essayer de rendre la communication un peu plus égalitaire dans les médias, mais dans la vie en général c'est assez absurde; autant demander à ce que toutes les opinions soient également représentées au bistro du coin ou à un repas de famille. En fait, j'ai l'impression que la démocratie n'a pas le droit de remettre en question l'intelligence des électeurs, parce que la seule alternative serait... l'absence de démocratie (par exemple avec une sélection des électeurs selon certains critères de connaissance des institutions, des biais cognitifs, etc).

    J'ai déja assisté au bureau de vote à un scandale organisé par une petite vieille qui voulait voter pour Marine Le Pen aux élections municipales de mon bled, et qui ne comprenait pas pourquoi il n'y avait pas son nom sur les bulletins. Je veux dire, pourquoi son vote compte autant que le mien? Bah, parce que c'est le principe de la démocratie. Et quand la majorité vote n'importe quoi, les élus sont n'importe qui. Je ne vois pas comment contrer ça sans partir du principe que les électeurs ne sont pas des débiles influençables.