• [^] # Re: IA = code + données

    Posté par . En réponse à la dépêche Une intelligence artificielle libre est-elle possible ?. Évalué à 10.

    Comment peut-on étudier le fonctionnement d'un logiciel et l'adapter à ses besoins (liberté 1 de la GPL) si celui-ci est obscur et non reproductible ?

    Ce que tu décris n'est qu'un cas extrême de choses qui arrivent tout le temps, je ne comprends pas pourquoi dans le cas d'une IA générative ça deviendrait immédiatement compliqué.

    La situation où un exécutable libre ne produit de résultats exploitable que grâce à une base de données complexe et d'origine incertaine est assez fréquente. Tu peux par exemple prendre l'équilibrage d'un jeu vidéo, avec des centaines ou des milliers de paramètres qui sont réglés de manière à rendre le jeu intéressant, à faire en sorte qu'une partie dure plus ou moins longtemps, etc. Ça n'est pas propre aux jeux vidéo d'ailleurs, rien qu'au Monopoly tu as des centaines de paramètres (emplacement et prix des propriétés, prix des maisons, prix des loyers pour une, deux, trois quatre maisons et un hôtel, nombre et effet des cartes, etc. Tout ça vient dans un fichier "ruleset.txt" et tu n'as aucune idée de la manière dont il a été généré, sauf éventuellement si les concepteurs du jeu sont très transparents (et de toutes manières tu peux à peine vérifier). Pour moi, les poids pour une IA sont une version extrême du ruleset.txt : des centaines, milliers, millions de paramètres que le programme prend en entrée et qui le rendent utilisable. Tu peux changer les paramètres et vérifier que ça marche ou pas, mais tu n'as pas accès à la procédure (automatique, humaine, mixte, au pif, statistique...) qui a mené à l'établissement de cette base de données.

    Ce qui est important, c'est que les données de poids des IA ne sont pas obfusquées : c'est réellement les données qui servent à paramétrer le modèle. Que tu considères qu'elles soient trop complexes pour toi ne change rien à l'affaire : elles sont en effet générées par un algorithme, mais c'est aussi le cas de dizaines de choses que tu utilises tous les jours (moteur de ta voiture, puces de ton ordinateur et de ton téléphone...).

    Bien sûr, ce qui semble un peu bizarre c'est que pour un réseau de neurones, le programme en lui-même est une coquille vide (mais pas énormément plus qu'un moteur de jeu vidéo). Mais c'est déja le cas pour une quantité extraordinaire de logiciels. Un moteur de recherche est une coquille vide sans les données aspirées du web, un navigateur est une coquille vide sans les données des pages qu'il est censé afficher, un algorithme de bioinformatique est une coquille vide sans l'annotation du génome dans lequel il pioche les informations, etc. Mais personne n'irait jamais dire qu'un moteur de recherche sous GPL n'est pas libre parce qu'on peut télécharger le logiciel mais pas la base de données. La liberté du logiciel libre, ça ne concerne que le logiciel.

    Je pense que cette excellente dépêche montre bien qu'une IA générative ne peut globalement répondre aux critères du logiciel libre, elle est au mieux partiellement libre ou open source.

    Je crois que tu te trompes de raisonnement. Le fait qu'un logiciel soit libre ne concerne que ce logiciel, pas ce qui arrive en amont ou en aval, et pas ce qui arrive à l'utilisateur. Ce que tu voudrais pouvoir appliquer à une IA générative va au-delà des libertés du logiciel libre, et j'irais même jusqu'à dire qu'un des critères (la possibilité d'étudier son fonctionnement) jour sur la polysémie du mot "pouvoir". Tu sembles exiger de pouvoir étudier son fonctionnement comme si tu exigeais de pouvoir courir le 100m en 8 secondes. Dans le logiciel libre, "pouvoir étudier le fonctionnement" doit se comprendre comme "avoir le droit d'essayer", pas "être en mesure de réussir". Avec les poids, tu as tout ce qu'il faut pour étudier le fonctionnement; tu peux essayer de réentrainer le modèle avec tes propres données, tu es libre, tu fais ce que tu veux. Le fait que tu ne saches pas le faire (parce que tu n'as pas les données ou parce que c'est trop complexe) ne change pas la licence du logiciel.

    Mais sur le fond, je ne suis pas en désaccord. La dépêche est excellente, mais à mon avis elle montre qu'une IA peut être un logiciel libre, mais que c'est le genre de logiciel libre qui aurait aussi besoin de plus qu'être un logiciel libre : reposer sur des données ouvertes, être intégré dans une chaine de logiciels libres, reposer sur des principes d'ouverture scientifique, etc. Tout ça va bien au-delà de la licence du logiciel. Mais ça ne veut pas dire qu'il est légitime de dire que ces logiciels ne sont pas libres : ces logiciels sont parfaitement libres, mais la liberté des logiciels n'est probablement pas suffisante pour un contrôle citoyen efficace (tout comme un navigateur libre ne garantit pas du tout que les sites que tu visites ne truffent pas ton disque de cookies et de traqueurs).