• [^] # Re: Verbiage...

    Posté par . En réponse au journal Le Rationalisme. Évalué à 1.

    Je comprend parfaitement le point de vue. Ceci dit... c’est plus symétrique qu’il n’y paraît.

    Parlons en termes de VoI (Value of Information). C’est essentiellement ce que tu sous-entend, en somme "la vie est trop courte pour écouter tous les charlatans". C’est un excellent angle d’analyse je trouve. Le monde universitaire considère tout ce qui est extérieur comme a priori bas en VoI, et n’a aucune intention de dépenser énormément d’énergie pour ça. C’est une stratégie compréhensible.

    Mais dans l’autre sens, pour un individu à peu près convaincu par le framework rationaliste, tu proposes qu’il dédie une partie significative de sa vie à suivre les rites d’initiation occultes pour entrer dans le cercle sacré des Philosophes Universitaires et pouvoir débattre avec eux pour soit les convaincre ou trouver quelques erreurs. Le prix est élevé.

    Il y a un effet de sélection ici : si tu penses tellement plausible qu’une partie significative du framework rationaliste est faux que la VoI gagnée vaut un tel sacrifice... tu n’est en fait pas rationaliste, et tu ne fais pas ces efforts ?

    Plus clairement, si je prend 10 ans de ma vie, que je tente ce plan, et que j’y arrive (impossible pour moi, il faut savoir écrire :)), qu’est-ce que je gagne au final ? Le droit de gagner instantanément un débat sur DLFP ? Votre honneur, je préfère garder mes dix ans de ma vie.

    Prenons l’exemple de Yudkowsky. Il aurait pu après avoir écrit ses Séquences décider de suivre ce chemin. Pourquoi est-ce qu’il ne l’a pas fait ? Parce qu’il a considéré beaucoup plus important et utile de travailler sur d’autres sujets, principalement sur ce que je pensais être sa marotte bizarre du moment, l’IA. Rétrospectivement, difficile de lui donner tort sur le sens des priorités (même si les résultats ne sont pas là).

    Ton point de vue est "les universitaires ne doivent rien aux rationalistes". Je suis d’accord.

    Je dirai également que "les rationalistes ne doivent rien aux universitaires" est tout aussi correct. Tu vas dire "ne vous plaignez pas de ne pas être pris au sérieux par les universitaires". Je répondrai: "c’est fâcheux, mais je dois bien l’accepter".

    Pour moi la question plus intéressante est : est-ce qu’un de ces deux groupes doit quelque chose au public ?

    Et pour moi oui, ici, il y a une certaine asymétrie dans les devoirs. C’est le rôle des universitaires de faire ce travail d’analyse des idées importantes, non pas pour le bien et le profit des rationalistes, mais pour le public et la société. Le devoir des rationalistes envers la société est largement moindre.

    J’ai glissé un mot simple qui influe fortement la conclusion dans mon dernier paragraphe : "importantes". C’est quelque chose que je n’ai pas abordé dans le journal. Ce n’est pas juste un type bizarre (Yudkowsky) sur un blog sur internet. C’est un mouvement de plus en plus important qui a une influence certaine sur des sujets importants (IA, Effective Altruism). Du côté obscur: voir SBF (l’affiliation n’est pas directe, mais l’honnêteté oblige à reconnaître une affiliation indirect). Rien que Astral Codex Ten (aka Yvain aka Scott Alexander), c'est 78000 abonnés payants (pour un blog gratuit), des rencontres communautaires dans plus de 50 pays et 170 villes (https://www.astralcodexten.com/p/spring-meetups-everywhere-2024). Sur, rappelons-le, ce qui est essentiellement un sujet essentiellement philosophique, totalement hors du centre d’intérêt de la vaste majorité des individus.

    Ça fait un peu broche publicitaire, mais ce n’est pas l’objectif, l’objectif est de remarquer qu’on est au-delà du charlatan isolé, et de demander si on ne commencerait pas à entrer dans le domaine de "devoir moral des universitaires d’informer le public et la société" ? Si ce sont des charlatans, ce n’est pas le genre de charlatans à ignorer, mais le genre de charlatans à réfuter, pour le bien du public, non ?