Je pensais pas qu'on arriverais à me faire réagir plus qu'en postant n'importe quoi sur le RGPD, mais visiblement, je ne peux pas toujours avoir raison.
Venir séparer les causes concernant l'orientation sexuelle et le genre est pour commencer une stratégie de conservateur réactionnaire. Diviser pour mieux régner, c'est vieux comme le monde.
Mais c'est pas parce que c'est une idée réac que c'est un problème, mais c'est surtout parce que c'est faux.
Pour prendre l'exemple des violences homophobes, c'est bien parce que des personnes ne respectent pas les rôles genrés que la société leur attribuent qu'elles font face à des violences.
Une lesbienne/bie qui se fait tabasser, c'est parce qu'elle ne rentre pas dans l'idée qu'on se fait d'une femme, à savoir être au foyer à s'occuper des enfants et avoir un mari. C'est parce qu'elle ose faire sa vie autrement qu'on estime qu'elle a moins de valeur. De même, un mec gay/bi subit l'homophobie par son refus de rentrer dans un schéma hétéronormatif (à savoir, famille avec femme, break, gamins et labrador), voir pire, se comporter comme une femme en se faisant pénétrer, en ayant de relations bucco-génitales, voir en ayant des émotions, etc, etc. L'exemple que tu donnes de l'Iran est exactement ça, le pouvoir accepte la déviation via le possibilité de faire rentrer les gens contre leur gré dans une case. Mais le point important, c'est "contre leur gré".
Donc une fois qu'on voit que les comportements sexuelles (dont l'orientation sexuelle) sont une sous partie des comportements genrés, la distinction entre les personnes trans et les personnes homo/bies n'a plus de lieu d'être. Historiquement, c'est même comme ça que les premiers sexologues ont théorisé la chose (la théorie du 3eme sexe de Karl Ulrichs, aka "une âme de femme dans un corps d'homme" pour parler des hommes homosexuelles) avant de formuler d'autres conceptualisations pour rendre compte du vivant, et pour des raisons politiques (par exemple, Magnus Hirchfeld et le paragraphe 175).
Que des gens fixent leur attirance sur l'appareil génital de leur partenaires, ça existe comme tout le reste, mais ça ne reste qu'une variation parmi tant d'autres, et en vérité, il y a plein de gens qui s’accommodent assez largement de tout (et sans doute plus qu'on croit). Jane Ward a écrit un ouvrage "Not Gay" ou elle examine la question des hommes qui se revendiquent hétéro, mais vont quand même coucher avec des hommes.
Et venir parler du lesbianisme alors que le mot lui même a plusieurs définitions suivant l'époque est quand même un souci majeur du raisonnement.
Il y a des gens qui vont dire que c'est les femmes qui n'aiment que les femmes, des gens qui vont dire que les femmes qui aiment les femmes (donc mettre les femmes bies dans le lot), des gens qui vont dire que c'est les non-hommes qui aiment les non-hommes (histoire d'inclure les personnes non binaires, et les femmes trans, et parfois les hommes trans). Il y a tout une controverse dans les années 70 sur la question du lesbianisme politique (eg des femmes à priori hétéros qui se revendiquent lesbienne d'un point de vue politique, mais sans pratiquer de façon plus charnel), il y a tout les discours de "goldstar lesbian" (aka, une femme cis lesbienne n'ayant jamais couché avec un homme cis).
Mais si c'était qu'une question de vocabulaire, ça pourrait presque passer. Mais c'est aussi une méconnaissance totale de la culture lesbienne, qui a quand même un mot spécifique, butch, pour désigner des femmes avec un style très masculin (et donc qui vont presque flirter avec la transidentité masculine et les rôles de genre).
Et c'est pas juste dans la culture occidentale, vu qu'on retrouve ça aussi dans le monde asiatique (toms et dee en Thailande, TBG et Po en Chine/Taiwan). Des femmes qui se travestissent en homme dans les cercles qu'on qualifierait de nos jours de lesbiens, ça existe depuis qu'on a commencé à regarder ça (exemple, Magnus Hirschfeld en parle dans "Les homosexuels de Berlin", page 78 de l'édition en français sur wikisource).
Il faut aussi bien voir qu'il y a une part non négligeable de personnes non binaires qui sont d'abord passé par une identification en tant que lesbienne avant de faire une transition (de ce que j'ai retenu de Transfuges de Sexes, d'Emmanuel Beaubatie, ou il explique ça vers la fin quand il parle des 3 grand groupes qui se détachent dans son enquête).
Enfin, Monique Wittig, penseuse lesbienne par excellence (même si controversé en son temps au point de décider de s'exiler en Amérique) est quand même connu pour avoir dit "les lesbiennes ne sont pas des femmes", un aphorisme qui va résumer en partie sa pensée sur le fait que les lesbiennes refusent les normes de genre des femmes et la détermination biologique, ce qui est quand même une pensée qu'on qualifierait de nos jours de trans-féministe.
Donc venir séparer les lesbiennes des questions de genre, c'est une affirmation qui n'est pas vraiment appuyer la pratique et l'histoire, loin de la. Et je cite que la question des lesbiennes parce que j'ai les refs en tête, mais je peux sans aucun doute faire au moins 3 fois plus sur les autres lettres.
Et historiquement, les combats ont quand même assez souvent été liés.
Par exemple, une des premières victoires pour les personnes trans devant la cour européenne des droits de l'homme (EctHR) a été l'affaire B c. France en 1992. La raison avancé par la requérante (une femme trans post op) était pour pouvoir se marier avec son compagnon, chose interdite à l'époque vu son état civil. Bien sur, la raison du refus du gouvernement, c'était que le monde s'écroulerait si on permettait ça, une rengaine qu'on a eu ensuite pour le PACS en 1999, pour l'ouverture du mariage en 2013, pour la PMA en 2022. Même si empiriquement, le monde s'écroule, j'ai quand même du mal à faire le lien entre les deux.
Le mouvement moderne des droits LGBT a été lancé suite aux émeutes de Stonewall à NYC en 1969. C'est pas les premières émeutes sur le sujet, juste les premières au moment ou un journaliste est venu faire un tour, et même si on ne sait pas exactement qui a fait monter la sauce, c'est assez indisputable qu'il y a avait des personnes trans/travestis pour participer (exemple, Sylvia Rivera, Marsha P. Johnson).
Donc bon, si des lesbiennes veulent sortir (car c'est bien la revendication de résistance lesbienne) du mouvement, elles peuvent. Je peux même leur dire ou aller, il y a des villages entiers aux USA ou elles seront les bienvenues comme l'indique au moins un bouquin sur le sujet. Je n'ai pas lu le livre encore, mais je ne doute pas qu'il y a des adresses (et ça tombe bien vu que les dits villages ont besoin de sang neuf de ce que je sait, il y a une population hélas vieillissante).
Par contre, si elles veulent revendiquer une définition spécifique et unique du mot lesbienne, c'est sans doute pas en étant transphobes qu'elles vont avoir des gens de leur avis la ou personne n'a réussi depuis 50 ans.
# Et moi qui voulait dormir
Posté par Misc (site web personnel) . En réponse au journal LGB ≠ T. Évalué à 10.
Je pensais pas qu'on arriverais à me faire réagir plus qu'en postant n'importe quoi sur le RGPD, mais visiblement, je ne peux pas toujours avoir raison.
Venir séparer les causes concernant l'orientation sexuelle et le genre est pour commencer une stratégie de conservateur réactionnaire. Diviser pour mieux régner, c'est vieux comme le monde.
Mais c'est pas parce que c'est une idée réac que c'est un problème, mais c'est surtout parce que c'est faux.
Pour prendre l'exemple des violences homophobes, c'est bien parce que des personnes ne respectent pas les rôles genrés que la société leur attribuent qu'elles font face à des violences.
Une lesbienne/bie qui se fait tabasser, c'est parce qu'elle ne rentre pas dans l'idée qu'on se fait d'une femme, à savoir être au foyer à s'occuper des enfants et avoir un mari. C'est parce qu'elle ose faire sa vie autrement qu'on estime qu'elle a moins de valeur. De même, un mec gay/bi subit l'homophobie par son refus de rentrer dans un schéma hétéronormatif (à savoir, famille avec femme, break, gamins et labrador), voir pire, se comporter comme une femme en se faisant pénétrer, en ayant de relations bucco-génitales, voir en ayant des émotions, etc, etc. L'exemple que tu donnes de l'Iran est exactement ça, le pouvoir accepte la déviation via le possibilité de faire rentrer les gens contre leur gré dans une case. Mais le point important, c'est "contre leur gré".
Donc une fois qu'on voit que les comportements sexuelles (dont l'orientation sexuelle) sont une sous partie des comportements genrés, la distinction entre les personnes trans et les personnes homo/bies n'a plus de lieu d'être. Historiquement, c'est même comme ça que les premiers sexologues ont théorisé la chose (la théorie du 3eme sexe de Karl Ulrichs, aka "une âme de femme dans un corps d'homme" pour parler des hommes homosexuelles) avant de formuler d'autres conceptualisations pour rendre compte du vivant, et pour des raisons politiques (par exemple, Magnus Hirchfeld et le paragraphe 175).
Que des gens fixent leur attirance sur l'appareil génital de leur partenaires, ça existe comme tout le reste, mais ça ne reste qu'une variation parmi tant d'autres, et en vérité, il y a plein de gens qui s’accommodent assez largement de tout (et sans doute plus qu'on croit). Jane Ward a écrit un ouvrage "Not Gay" ou elle examine la question des hommes qui se revendiquent hétéro, mais vont quand même coucher avec des hommes.
Et venir parler du lesbianisme alors que le mot lui même a plusieurs définitions suivant l'époque est quand même un souci majeur du raisonnement.
Il y a des gens qui vont dire que c'est les femmes qui n'aiment que les femmes, des gens qui vont dire que les femmes qui aiment les femmes (donc mettre les femmes bies dans le lot), des gens qui vont dire que c'est les non-hommes qui aiment les non-hommes (histoire d'inclure les personnes non binaires, et les femmes trans, et parfois les hommes trans). Il y a tout une controverse dans les années 70 sur la question du lesbianisme politique (eg des femmes à priori hétéros qui se revendiquent lesbienne d'un point de vue politique, mais sans pratiquer de façon plus charnel), il y a tout les discours de "goldstar lesbian" (aka, une femme cis lesbienne n'ayant jamais couché avec un homme cis).
Mais si c'était qu'une question de vocabulaire, ça pourrait presque passer. Mais c'est aussi une méconnaissance totale de la culture lesbienne, qui a quand même un mot spécifique, butch, pour désigner des femmes avec un style très masculin (et donc qui vont presque flirter avec la transidentité masculine et les rôles de genre).
Et c'est pas juste dans la culture occidentale, vu qu'on retrouve ça aussi dans le monde asiatique (toms et dee en Thailande, TBG et Po en Chine/Taiwan). Des femmes qui se travestissent en homme dans les cercles qu'on qualifierait de nos jours de lesbiens, ça existe depuis qu'on a commencé à regarder ça (exemple, Magnus Hirschfeld en parle dans "Les homosexuels de Berlin", page 78 de l'édition en français sur wikisource).
Il faut aussi bien voir qu'il y a une part non négligeable de personnes non binaires qui sont d'abord passé par une identification en tant que lesbienne avant de faire une transition (de ce que j'ai retenu de Transfuges de Sexes, d'Emmanuel Beaubatie, ou il explique ça vers la fin quand il parle des 3 grand groupes qui se détachent dans son enquête).
Enfin, Monique Wittig, penseuse lesbienne par excellence (même si controversé en son temps au point de décider de s'exiler en Amérique) est quand même connu pour avoir dit "les lesbiennes ne sont pas des femmes", un aphorisme qui va résumer en partie sa pensée sur le fait que les lesbiennes refusent les normes de genre des femmes et la détermination biologique, ce qui est quand même une pensée qu'on qualifierait de nos jours de trans-féministe.
Donc venir séparer les lesbiennes des questions de genre, c'est une affirmation qui n'est pas vraiment appuyer la pratique et l'histoire, loin de la. Et je cite que la question des lesbiennes parce que j'ai les refs en tête, mais je peux sans aucun doute faire au moins 3 fois plus sur les autres lettres.
Et historiquement, les combats ont quand même assez souvent été liés.
Par exemple, une des premières victoires pour les personnes trans devant la cour européenne des droits de l'homme (EctHR) a été l'affaire B c. France en 1992. La raison avancé par la requérante (une femme trans post op) était pour pouvoir se marier avec son compagnon, chose interdite à l'époque vu son état civil. Bien sur, la raison du refus du gouvernement, c'était que le monde s'écroulerait si on permettait ça, une rengaine qu'on a eu ensuite pour le PACS en 1999, pour l'ouverture du mariage en 2013, pour la PMA en 2022. Même si empiriquement, le monde s'écroule, j'ai quand même du mal à faire le lien entre les deux.
Le mouvement moderne des droits LGBT a été lancé suite aux émeutes de Stonewall à NYC en 1969. C'est pas les premières émeutes sur le sujet, juste les premières au moment ou un journaliste est venu faire un tour, et même si on ne sait pas exactement qui a fait monter la sauce, c'est assez indisputable qu'il y a avait des personnes trans/travestis pour participer (exemple, Sylvia Rivera, Marsha P. Johnson).
Donc bon, si des lesbiennes veulent sortir (car c'est bien la revendication de résistance lesbienne) du mouvement, elles peuvent. Je peux même leur dire ou aller, il y a des villages entiers aux USA ou elles seront les bienvenues comme l'indique au moins un bouquin sur le sujet. Je n'ai pas lu le livre encore, mais je ne doute pas qu'il y a des adresses (et ça tombe bien vu que les dits villages ont besoin de sang neuf de ce que je sait, il y a une population hélas vieillissante).
Par contre, si elles veulent revendiquer une définition spécifique et unique du mot lesbienne, c'est sans doute pas en étant transphobes qu'elles vont avoir des gens de leur avis la ou personne n'a réussi depuis 50 ans.