Je ne comprends absolument pas que ce projet avance dans l'indifférence médiatique la plus totale
C'est le truc le plus récurrent qu'on peut lire sur les blogs, sur les communiqués des organisations de défense de la vie privée, ou ici même. On blâme les politiques, les journalistes, les entreprises et leur lobbying... en fait, toutes ces explications reviennent à nier la réalité : la très grande majorité des gens n'en n'ont rien à faire. Soit ils n'utilisent pas ces services, soit ils ne sont pas intéressés par les enjeux techniques ou sociétaux, soit ils sont d'accord avec l'intrusion de l'État et/ou des entreprises qui leurs fournissent le service dans leur correspondance.
Il faut quand même parfois revenir sur terre et repartir de la base : 1. Ce qui vous intéresse vous n'intéresse pas forcément les gens (et donc, pas les journalistes, qui ne sont pas des militants et qui ne vont pas faire d'enquêtes que personne n'a envie de voir ou de lire), 2. les gens qui ne sont pas d'accord avec vous ne sont pas tous corrompus, stupides, ou mal informés. Il est normal que les différences de culture, d'origine, d'âge, ou d'idées politiques puissent faire qu'on n'a pas tous les mêmes valeurs et les mêmes principes.
Je n'arrête pas de l'écrire (et de me faire envoyer bouler), mais ça ne sert absolument à rien de demander le retrait de ce genre d'initiatives, car elles se fondent sur un processus démocratique tout à fait sain. La question n'est pas complexe : il est illégal de diffuser certains fichiers même dans une correspondance privée (images pédoporno, incitation au terrorisme, fichiers protégés par le droit d'auteur, etc.). Ces le rôle des instances de normalisation de mettre en place les moyens pour que la loi puisse être appliquée, tout en garantissant les libertés individuelles. Par conséquent, toute opinion tournant autour de "il n'est pas possible de faire respecter la loi tout en garantissant les libertés individuelles" est hors-sujet, elle n'entre pas dans les attributions de ces commissions et groupes de reflexions, qui ne sont pas censées porter de jugement sur la pertinence des lois—c'est même le principe de la séparation des pouvoirs. Éventuellement, les commissions peuvent prévenir les instances concernées qu'il est difficilement possible de faire respecter les lois, et qu'il faut les revoir pour les rendre applicables, mais ça n'empêche qu'elles doivent quand même proposer des solutions techniques.
Ce que les militants de la vie privée font très rarement, c'est de proposer des moyens techniques alternatifs qui permettraient de faire respecter les lois tout en garantissant mieux la vie privée. Partir du principe que "la loi est mauvaise" et qu'il n'y a aucune solution satisfaisante permet de rester "propre" : on ne propose rien, donc il n'y a rien à critiquer, proposer, ou argumenter. Et on peut faire les faux énonnés "Quoi? Comment ça se fait que ce sujet revienne encore? On en a parlé déja l'année dernière!" Bah oui, et il reviendra encore et encore, tant que les lois exigeront que la police puisse avoir accès sous contrôle du juge à la correspondance privée.
Par exemple, j'ai du mal à comprendre pourquoi la solution des hash serait inadmissible. L'État met en place un serveur qui liste les hashs de fichiers "problématiques" identifiés par la police; les applications installées sur le matériel des clients hashent les pièces jointes et les transmettent au serveur de l'application (en métadonnées du message chiffré par exemple), le serveur de l'application compare alors les hashs avec la base de données, et signalent les comptes à la police au-delà d'un certain seuil de partage de fichiers problématiques. La police peut alors chercher à saisir le matériel et vérifier le contexte dans lequel les fichiers ont été partagés. Le fournisseur de service n'a jamais accès au contenu des messages, il ne sait pas que le fichier qu'il a identifié est un pédonazi tout nu, il a juste signalé que le compte xxx a partagé cette liste de fichiers répertoriés sur un serveur de l'État. Il semble même que ce mécanisme puisse être implémenté dans un logiciel libre.
Bien entendu, c'est techniquement contournable, puisqu'il suffirait par exemple de modifier le client pour qu'il fournisse des hashs aléatoires; de manière plus pragmatique encore il suffit de recadrer les images avec un pixel de moins pour que le hash ne détecte plus rien. Mais ça n'est pas de ça dont on parle, puisqu'il est complètement fallacieux d'imaginer qu'une procédure informatique quelle qu'elle soit ne puisse être contournée avec suffisamment d'habileté.
En tout cas, le texte initial contient un raisonnement fallacieux assez pathétique : détecter des images connues n'empêcherait pas la commission de crimes. Bah... oui. Mais vous ne croyez pas que le type qui partage des images pédopornographiques ou d'incitation au terrorisme ne mérite pas de faire l'objet d'une enquête pour vérifier, par exemple, que parmi les 99% des fichiers qui n'ont pas matché la base de données, il n'y aurait pas d'autres trucs rédhibitoires? Je pense que c'est ça l'argument de la police, il faut leur fournir les moyens techniques pour qu'ils puissent enquêter et remonter les filières. Et une remontée de données en masse permet de trouver le petit fil qu'ils vont pouvoir tirer.
# Déni de réalité
Posté par arnaudus . En réponse au lien [Mon blog] Pourquoi est-ce que personne ne parle du chat control ?. Évalué à 3.
C'est le truc le plus récurrent qu'on peut lire sur les blogs, sur les communiqués des organisations de défense de la vie privée, ou ici même. On blâme les politiques, les journalistes, les entreprises et leur lobbying... en fait, toutes ces explications reviennent à nier la réalité : la très grande majorité des gens n'en n'ont rien à faire. Soit ils n'utilisent pas ces services, soit ils ne sont pas intéressés par les enjeux techniques ou sociétaux, soit ils sont d'accord avec l'intrusion de l'État et/ou des entreprises qui leurs fournissent le service dans leur correspondance.
Il faut quand même parfois revenir sur terre et repartir de la base : 1. Ce qui vous intéresse vous n'intéresse pas forcément les gens (et donc, pas les journalistes, qui ne sont pas des militants et qui ne vont pas faire d'enquêtes que personne n'a envie de voir ou de lire), 2. les gens qui ne sont pas d'accord avec vous ne sont pas tous corrompus, stupides, ou mal informés. Il est normal que les différences de culture, d'origine, d'âge, ou d'idées politiques puissent faire qu'on n'a pas tous les mêmes valeurs et les mêmes principes.
Je n'arrête pas de l'écrire (et de me faire envoyer bouler), mais ça ne sert absolument à rien de demander le retrait de ce genre d'initiatives, car elles se fondent sur un processus démocratique tout à fait sain. La question n'est pas complexe : il est illégal de diffuser certains fichiers même dans une correspondance privée (images pédoporno, incitation au terrorisme, fichiers protégés par le droit d'auteur, etc.). Ces le rôle des instances de normalisation de mettre en place les moyens pour que la loi puisse être appliquée, tout en garantissant les libertés individuelles. Par conséquent, toute opinion tournant autour de "il n'est pas possible de faire respecter la loi tout en garantissant les libertés individuelles" est hors-sujet, elle n'entre pas dans les attributions de ces commissions et groupes de reflexions, qui ne sont pas censées porter de jugement sur la pertinence des lois—c'est même le principe de la séparation des pouvoirs. Éventuellement, les commissions peuvent prévenir les instances concernées qu'il est difficilement possible de faire respecter les lois, et qu'il faut les revoir pour les rendre applicables, mais ça n'empêche qu'elles doivent quand même proposer des solutions techniques.
Ce que les militants de la vie privée font très rarement, c'est de proposer des moyens techniques alternatifs qui permettraient de faire respecter les lois tout en garantissant mieux la vie privée. Partir du principe que "la loi est mauvaise" et qu'il n'y a aucune solution satisfaisante permet de rester "propre" : on ne propose rien, donc il n'y a rien à critiquer, proposer, ou argumenter. Et on peut faire les faux énonnés "Quoi? Comment ça se fait que ce sujet revienne encore? On en a parlé déja l'année dernière!" Bah oui, et il reviendra encore et encore, tant que les lois exigeront que la police puisse avoir accès sous contrôle du juge à la correspondance privée.
Par exemple, j'ai du mal à comprendre pourquoi la solution des hash serait inadmissible. L'État met en place un serveur qui liste les hashs de fichiers "problématiques" identifiés par la police; les applications installées sur le matériel des clients hashent les pièces jointes et les transmettent au serveur de l'application (en métadonnées du message chiffré par exemple), le serveur de l'application compare alors les hashs avec la base de données, et signalent les comptes à la police au-delà d'un certain seuil de partage de fichiers problématiques. La police peut alors chercher à saisir le matériel et vérifier le contexte dans lequel les fichiers ont été partagés. Le fournisseur de service n'a jamais accès au contenu des messages, il ne sait pas que le fichier qu'il a identifié est un pédonazi tout nu, il a juste signalé que le compte xxx a partagé cette liste de fichiers répertoriés sur un serveur de l'État. Il semble même que ce mécanisme puisse être implémenté dans un logiciel libre.
Bien entendu, c'est techniquement contournable, puisqu'il suffirait par exemple de modifier le client pour qu'il fournisse des hashs aléatoires; de manière plus pragmatique encore il suffit de recadrer les images avec un pixel de moins pour que le hash ne détecte plus rien. Mais ça n'est pas de ça dont on parle, puisqu'il est complètement fallacieux d'imaginer qu'une procédure informatique quelle qu'elle soit ne puisse être contournée avec suffisamment d'habileté.
En tout cas, le texte initial contient un raisonnement fallacieux assez pathétique : détecter des images connues n'empêcherait pas la commission de crimes. Bah... oui. Mais vous ne croyez pas que le type qui partage des images pédopornographiques ou d'incitation au terrorisme ne mérite pas de faire l'objet d'une enquête pour vérifier, par exemple, que parmi les 99% des fichiers qui n'ont pas matché la base de données, il n'y aurait pas d'autres trucs rédhibitoires? Je pense que c'est ça l'argument de la police, il faut leur fournir les moyens techniques pour qu'ils puissent enquêter et remonter les filières. Et une remontée de données en masse permet de trouver le petit fil qu'ils vont pouvoir tirer.