• # Re: Syntec Informatique : 7 Propositions pour "aider" les SSII en France

    Posté par . En réponse à la dépêche Syntec Informatique : 7 Propositions pour "aider" les SSII en France. Évalué à 6.

    Je n'ai pas RTFA ce coup-ci, mais de ce que je me souviens de cet été, tout cela m'avait inspiré plusieurs réflexions:

    1- AMHA, de telles mesures sont en contravention directe avec les accords récemments passés sur la formation professionnelle. En effet, les périodes d'intercontrat sont avant tout dédiées à la formation, en SSII. Ceci pose un très grave problème structurel, en pénalisant de facto à long terme nos ingénieurs par rapport à la concurrence internationale, et ce sur tous les aspects du métier (et en particulier le conseil et l'audit: comment conseiller ou auditer des technologies -souvent très complexes, comme pour J2EE par exemple- que l'on ne connait pas ? pour la programmation, c'est un petit peu moins grave, car, si les spécifications sont bien faites, on peut "saucissonner" le projet et confier chaque partie à des programmeurs ayant reçu pour l'occasion une formation limitée - non que j'approuve cette méthode, mais c'est ce qui se produit bien souvent en pratique, en général au détriment de la qualité).

    2- En parlant justement de concurrence internationale, on assiste aujourd'hui à des délocalisations massives dans certains pays (principalement en Inde), de la programmation de logiciel. Vu le niveau de vie dans ces pays, il est extrêmement incertain que l'on arrive avec quelque mesure que ce soit à être compétitifs sur ce créneau. Ces mesures d'assouplissement n'auront donc, si elles sont appliqués, qu'un effet au mieux temporaire, mais auront dégradées les conditions de travail de l'ensemble de la profession, y compris des postes d'ingéniérie non liées à la programmation de logiciel proprement dit (conseil, audit, gestion de projet, plus certains types de programmation non lié à des "gros" logiciels - pensez petits scripts d'admin, etc.), pour lesquelles il n'est pas prouvé que ces mesures aient des effets si positifs que ça (cf. le point numéro 1 notamment).

    3- Au sujet de ces délocalisations massives pour la programmation de logiciels, elles vont contre le sens de l'histoire informatique, qui semble être depuis quelques temps tournée dans la direction du logiciel libre. Le modèle économique d'une informatique fondée sur les LL suppose au contraire une diminution de la programmation de logiciel pur (du moins telle qu'elle est effectuée à l'heure actuelle en entreprise), au profit de l'augmentation des services informatiques au plus près du client (pour adapter les logiciels génériques au besoins). Ce mouvement va également dans le sens de l'accroissement de la qualité des solutions déployées, en particulier parce qu'il favorise une méthode partant des besoins du client et non des logiciels du catalogue du vendeur.

    4- Si les grosses SSII ont des problèmes aujourd'hui, c'est à mon avis avant tout à cause de leur incompétence chronique à gérer correctement de gros projets externalisés par les entreprises. On va vraisemblablement assister dans les années à venir à la réintégration d'une partie des services informatiques au sein des grosses entreprises. Ceci n'engage que moi, mais est lié à des constatations répétées. Peut etre que je n'ai pas eu de chance, et que je ne suis tombé que sur des projets qui merdouillaient gentiment. Auquel cas ma généralisation est impropre, et ce point n'est pas valide. En revanche, ce qui est sûr, c'est que ces grosses SSII ont déjà délocalisé une partie de leurs activités de programmation de logiciels, auquel cas ces mesures n'auront qu'un effet limité sur ces activités.

    5- Si les petites SSII ont des problèmes aujourd'hui, c'est avant tout parce qu'elles sont des PME, et que le système économique français à l'heure actuel est globalement peu favorable à ce type d'entreprises (bureaucratie trop lourde, charges difficiles à supporter lors des creux d'activité, etc.). Ces mesures ne résoudraient pas forcément le problème des creux d'activité, car l'augmentation des contraintes de bureaucratie et de recherche d'informaticiens libres lorsqu'un contrat se présente devraient poser de nouveaux problèmes, qui risquent en fait de dégrader leur compétitivité (notamment en termes de capacité/crédibilité de réponse à un appel d'offre - d'autant plus si il est urgent).

    6- Dans l'ensemble, à long terme, si tous les métiers adoptent ces mesures d'assouplissement, soit on supprimera l'assurance chomage (et auquel cas la baisse énorme du pouvoir d'achat provoquera un crash économique), soit elle fera faillite (ce qui n'est guère mieux), soit l'augmentation afférente des charges notamment patronales annulera le bénéfice de ces mesures (voire pire, dégradera la situation, car on aura introduit un intermédiaire supplémentaire - les Assedic - dans le système économique)

    Quoi qu'il en soit, meme si certaines de mes observations sont fausses, je ne vois vraiment pas comment ces mesures ont la moindre chance d'améliorer les choses à moyen et long terme. Meme à court terme, cela me semble incertain.
    Il s'agit une fois de plus de mesures malthusiennes stupides, qui, à moyen ou long terme, ne résoudront surement pas les problèmes structurels de fond qui se posent dans l'ensemble de l'économie. En plus, c'est une hérésie complète dans le monde de l'informatique, où la révolution des LL apporte un certain nombre de solutions à ces problèmes.
    Bref, comme d'habitude, on nous vend des mesures à court terme, dont en plus on va faire les frais. On se moque de nous.