En me relisant, je me demande si ça ne donne pas l'impression que je pense que tout va bien et qu'on peut dormir sur ses deux oreilles, ce qui n'est pas le cas. Je pense au contraire que non, ça n'est pas OK de "prolonger l'expérience", parce que c'est très obscur et qu'il n'y a aucun contrôle démocratique. Mais contrairement à certains, je suis prêt à admettre que la police et la justice ont des contraintes d'efficacité : 1) elles ont comme tous les services de l'État un devoir de productivité (rentre le service le plus efficace possible pour les moyens financiers qu'on leur donne), et 2) elles ont un devoir d'efficacité, et pour cela elles ont le devoir d'exploiter du mieux possibles les avancées technologiques (du genre, quand il y a une alerte du style "une fille de 12 ans vient de se faire embarquer devant son collège dans une camionnette immatriculée XXYYXX", bah ça me semble tout à fait envisageable que toutes les forces de police et de gendarmerie puisse avoir en temps réel la position GPS de la dernière caméra qui vient de voir passer ladite camionnette, parce que là on s'en balec de la vie privée du conducteur).
Une tecnhologie, c'est juste un outil. On peut tout à fait la concevoir avec tous les garde-fous et la transparence qu'on veut. Il faut juste que le cahier des charges soit clair et établi en accord avec tout un tas de partenaires étatiques et citoyens. Par exemple,
On peut avoir des logs infalsifiables des demandes d'accès à n'importe quel type de données : qui, quand, quelle justification. Des logs anonymisés pour n'importe qui, et un accès non-anonymisé pour les données nous concernant. En tant que citoyen, tu pourrais donc savoir que le 12 janvier 2023 un flic de matricule 12345 a demandé à chercher l'apparition de ta tronche sur les caméras de surveillance du département des Côtes d'Armor entre le 22 décembre 2024 et le 24 décembre 2024, requête validée par le juge d'instruction Jean Dupoil. Et en tant que citoyen, tu pourrais savoir que Jean Dupoil autorise en moyenne 12.3 requêtes par jour. Tu crées un organisme que tu peux saisir en cas d'abus, et qui a pouvoir de sanction. Et éventuellement, tu crées un dédommagement forfaitaire (l'État s'en fout des sanctions tant qu'elles ne sont pas financières).
Tu gères par la loi quelles requêtes sont possibles ou non. Est-ce que tu veux pouvoir rechercher la tronche de quelqu'un à partir de son nom? Sur quel périmètre? Sur quelle période de temps? Avec quelle rétroactivité? Est-ce que tu autorises les recherches négatives (par exemple, les tronches qui ne sont pas dans la base de données)? Tu peux très bien avoir un bon respect de l'anonymat, il suffit de protéger les serveurs indépendants qui gèrent la reconnaissance sur les vidéos, l'association entre les noms et les visages, l'association entre les noms et les bases de données (passeport, carte d'identité, police aux frontières, permis de séjour...). Le serveur qui traite les vidéos peut très bien déterminer que le visage 123XY45 est apparu sur les vidéos XVCFG et LDH34, sans avoir aucun moyen de relier 123XY45 avec une identité, ni XVCFG et LDH34 avec des lieux et des dates. Ton protocole peut être très propre et très respectueux de la vie privée, tu peux même confier ces tâches à des entreprises différentes qui communiquent par des tokens anonymisés. Tu peux avoir des logs infalsifiables ou une blockchain qui te certifient qu'aucune requête pirate ne s'intercale entre les requêtes officielles.
Bref, contrairement à ce qui est couramment argumenté, c'est tout à fait possible d'être extrêmement propre et transparent. Il faut une volonté politique, et il faut surtout mettre la technologie au service de l'État, avec des contraintes et des règles édictées par l'État. Le ministère de l'intérieur avance ses besoins, qui sont légitimes (rechercher quelqu'un à partir de son nom ou de son visage, etc), et c'est un autre service indépendant qui met en place un cahier des charges qui est compatible avec la constitution et avec le respect de la vie privée. Charge ensuite à des entreprises indépendantes de fournir les différents services contre rétribution, tout en étant pénalement responsable des fuites de données dont elles ont la charge (ce qui de toutes manières n'est pas très grave si le cahier des charges assure suffisamment l'anonymat). Et un organisme chargé de contrôler l'application du cahier des charges est mis en place, avec une possibilité de saisie directe par les citoyens et un pouvoir de sanction administrative et financière.
Donc OK, ça n'est pas du tout comme ça que c'est fait, vu qu'actuellement le ministère de l'intérieur décide de tout et confie les clés du camion à une boite obscure qui jure que "t'inqt frère c'est bon". Mais c'est justement parce que ça c'est inadmissible qu'il faut fournir aux forces de police un moyen sécurisé et respectueux de la vie privée d'obtenir les données qu'ils sont légitimement en droit de demander. Et c'est pas à coup de "surveillance généralisée! ligne rouge! autoritarisme!" qu'on va avancer dans cette direction.
[^] # Re: Et ça t’étonne ?
Posté par arnaudus . En réponse au lien Ha tiens le préfet de police est « très favorable » à garder la vidéosurveillance par IA en France . Évalué à 3. Dernière modification le 01 octobre 2024 à 17:49.
En me relisant, je me demande si ça ne donne pas l'impression que je pense que tout va bien et qu'on peut dormir sur ses deux oreilles, ce qui n'est pas le cas. Je pense au contraire que non, ça n'est pas OK de "prolonger l'expérience", parce que c'est très obscur et qu'il n'y a aucun contrôle démocratique. Mais contrairement à certains, je suis prêt à admettre que la police et la justice ont des contraintes d'efficacité : 1) elles ont comme tous les services de l'État un devoir de productivité (rentre le service le plus efficace possible pour les moyens financiers qu'on leur donne), et 2) elles ont un devoir d'efficacité, et pour cela elles ont le devoir d'exploiter du mieux possibles les avancées technologiques (du genre, quand il y a une alerte du style "une fille de 12 ans vient de se faire embarquer devant son collège dans une camionnette immatriculée XXYYXX", bah ça me semble tout à fait envisageable que toutes les forces de police et de gendarmerie puisse avoir en temps réel la position GPS de la dernière caméra qui vient de voir passer ladite camionnette, parce que là on s'en balec de la vie privée du conducteur).
Une tecnhologie, c'est juste un outil. On peut tout à fait la concevoir avec tous les garde-fous et la transparence qu'on veut. Il faut juste que le cahier des charges soit clair et établi en accord avec tout un tas de partenaires étatiques et citoyens. Par exemple,
On peut avoir des logs infalsifiables des demandes d'accès à n'importe quel type de données : qui, quand, quelle justification. Des logs anonymisés pour n'importe qui, et un accès non-anonymisé pour les données nous concernant. En tant que citoyen, tu pourrais donc savoir que le 12 janvier 2023 un flic de matricule 12345 a demandé à chercher l'apparition de ta tronche sur les caméras de surveillance du département des Côtes d'Armor entre le 22 décembre 2024 et le 24 décembre 2024, requête validée par le juge d'instruction Jean Dupoil. Et en tant que citoyen, tu pourrais savoir que Jean Dupoil autorise en moyenne 12.3 requêtes par jour. Tu crées un organisme que tu peux saisir en cas d'abus, et qui a pouvoir de sanction. Et éventuellement, tu crées un dédommagement forfaitaire (l'État s'en fout des sanctions tant qu'elles ne sont pas financières).
Tu gères par la loi quelles requêtes sont possibles ou non. Est-ce que tu veux pouvoir rechercher la tronche de quelqu'un à partir de son nom? Sur quel périmètre? Sur quelle période de temps? Avec quelle rétroactivité? Est-ce que tu autorises les recherches négatives (par exemple, les tronches qui ne sont pas dans la base de données)? Tu peux très bien avoir un bon respect de l'anonymat, il suffit de protéger les serveurs indépendants qui gèrent la reconnaissance sur les vidéos, l'association entre les noms et les visages, l'association entre les noms et les bases de données (passeport, carte d'identité, police aux frontières, permis de séjour...). Le serveur qui traite les vidéos peut très bien déterminer que le visage 123XY45 est apparu sur les vidéos XVCFG et LDH34, sans avoir aucun moyen de relier 123XY45 avec une identité, ni XVCFG et LDH34 avec des lieux et des dates. Ton protocole peut être très propre et très respectueux de la vie privée, tu peux même confier ces tâches à des entreprises différentes qui communiquent par des tokens anonymisés. Tu peux avoir des logs infalsifiables ou une blockchain qui te certifient qu'aucune requête pirate ne s'intercale entre les requêtes officielles.
Bref, contrairement à ce qui est couramment argumenté, c'est tout à fait possible d'être extrêmement propre et transparent. Il faut une volonté politique, et il faut surtout mettre la technologie au service de l'État, avec des contraintes et des règles édictées par l'État. Le ministère de l'intérieur avance ses besoins, qui sont légitimes (rechercher quelqu'un à partir de son nom ou de son visage, etc), et c'est un autre service indépendant qui met en place un cahier des charges qui est compatible avec la constitution et avec le respect de la vie privée. Charge ensuite à des entreprises indépendantes de fournir les différents services contre rétribution, tout en étant pénalement responsable des fuites de données dont elles ont la charge (ce qui de toutes manières n'est pas très grave si le cahier des charges assure suffisamment l'anonymat). Et un organisme chargé de contrôler l'application du cahier des charges est mis en place, avec une possibilité de saisie directe par les citoyens et un pouvoir de sanction administrative et financière.
Donc OK, ça n'est pas du tout comme ça que c'est fait, vu qu'actuellement le ministère de l'intérieur décide de tout et confie les clés du camion à une boite obscure qui jure que "t'inqt frère c'est bon". Mais c'est justement parce que ça c'est inadmissible qu'il faut fournir aux forces de police un moyen sécurisé et respectueux de la vie privée d'obtenir les données qu'ils sont légitimement en droit de demander. Et c'est pas à coup de "surveillance généralisée! ligne rouge! autoritarisme!" qu'on va avancer dans cette direction.