• [^] # Re: Ben si

    Posté par . En réponse au lien Licences « Fair Source » : ni libres, ni open-source, ni privatrices. Évalué à 3.

    Il faut vraiment être aveugle pour croire que la propriété intellectuelle n'est pas corrompue jusqu'à l'os.

    Je ne vois pas vraiment d'argument là-dedans. Il existe encore de la création artistique, et la PI contribue à faire vivre les artistes de leur travail. Certains domaines de la création artistique ne peuvent que reposer sur des grosses machines (cinéma), d'autres ont un fonctionnement mixte, avec des entreprises internationales qui "partagent" le marché avec des amateurs (musique). Le livre a un fonctionnement qui n'est pas très "moderne" (le fonctionnement des éditeurs reste traditionnel, même si ce sont de grosses entreprises; il y a un équilibre entre les écrivains et les éditeurs), et d'autres domaines (peinture, sculpture...) sont peu soumis à l'économie moderne.

    On pourrait au contraire argumenter que sans la protection de la PI, il n'y aurait plus d'auteurs indépendants.

    Pourquoi les artistes seraient-ils exceptionnels? Ils ont pas besoin de la tech, peut-être? Ils sont si peu importants pour la société que c'est pas grave, s'ils ont des passe-droits, un traitement de faveur? Un ingénieur ou technicien se tue peut-être jamais au boulot?

    Ce que protège la propriété intellectuelle, ce n'est pas la qualité, c'est la démarche. D'ailleurs, il n'existe pas des artistes et des non-artistes, tout le monde est susceptible d'être protégé par défaut, sans rien faire, par la propriété intellectuelle. Il suffit de produire quelque chose de suffisamment personnel et unique pour pouvoir prétendre à une paternité artistique dessus. Ça n'a pas grand chose à voir avec le mérite, et je pense que partir sur les gens qui se tuent au boulot est complètement hors-sujet.

    Ces durées pour les trucs artistiques sont vachement trop longues.

    C'est probablement le cas. Rappelle-toi juste que l'idée de la propriété intellectuelle n'est pas d'empêcher au public d'accéder aux oeuvres, mais d'empêcher les industriels de piller la production des auteurs. Le droit d'auteur est apparu parce que les éditeurs pouvaient republier ce qu'ils voulaient sans rétribuer les auteurs, et qu'il a fallu protéger les auteurs par rapport à ça. Quand on dit que la propriété intellectuelle permet l'enrichissement de l'industrie de la culture, c'est vrai bien sûr, mais il y a deux sortes d'industriels quand on prend une oeuvre en particulier : tu as l'entreprise avec qui l'auteur ou ses ayant-droits a signé un contrat et qui peut "exploiter" l'oeuvre (et reverser une partie des bénéfices à l'ayant-droit), et tu as les entreprises qui n'ont pas de relation contractuelle avec les auteurs. Si tu réduis la durée des droits, tu risques de ne pas vraiment changer la quantité d'argent qui circule, mais tu vas transférer cet argent de l'entreprise qui a signé un contrat qui rémunère l'auteur ou sa famille, vers les entreprises qui n'ont aucune relation contractuelle avec l'auteur. Est-ce que c'est ça que tu souhaites réellement?

    Typiquement, pour l'extension progressive du copyright de Mickey, on blâme Disney pour sa cupidité et sa capacité à corrompre les élus américains pour préserver ses rentes financières. C'est un point de vue qui se défend. Mais en pratique, ça veut aussi dire que si le copyright de Mickey tombe, toutes les entreprises du monde pourront utiliser les images dans le domaine public pour tous leurs produits, et donc partager la manne financière en ayant encore moins de liens avec la création artistique de départ que l'entreprise Disney. Bon, en fait, avec le droit des marques, c'est plus compliqué que ça, mais je trouve quand même que le dilemme moral ne doit pas être aussi facilement écarté.