• [^] # Re: Oui, droit à l'oubli, droit à changer d'avis : démocrate et lté d'exp.

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Droit à l'oubli ?. Évalué à -3.

    Il me semble que le commentaire réagisse au fait que :

    1. l’auteur du journal parle comme s’il était chez lui et suppose que son public adhère à ses points de vue par principe, sur un sujet qui n’est pourtant pas celui du site.
    2. cette confusion et parti-pris est assez commun chez certains libristes séduits par certaines thèses politiques, qui semblent supposer à tord que ces deux adhésions font une seule.

    Il est possible de supposer ici une forme de consensus sur certains sujets liés à Linux et au logiciel libre par exemple, et probablement sur des sujets connexes comme les brevets logiciels ou peut-être encore les machines à voter, mais pour certains sujets comme la politique elle-même ou bien la meilleure façon de cuisiner les tripes, ce n’est pas vraiment possible de supposer un consensus.

    Si je parle ici comme si tout le monde avait déjà utilisé LibreOffice et était convaincu de la pertinence de cet outil, il y a peu de chance que je rencontre autre chose que de l’adhésion sur le sujet que je développerai. Mais l’auteur du journal semble penser qu’il peut faire la même supposition entre ses convictions politiques et le lectorat du site, et plus généralement les utilisateurs de Linux et de logiciels libres, et ça c’est plutôt maladroit.

    Prenons quelques exemples : l’auteur parle d’ « extrême droite ». Son erreur serait la même s’il avait parlé de gauche, de droite ou d’extrême gauche et que son journal n’était pas un exposé sur les mécanismes d’allégeances en politique.

    Les notions de gauche, droite, extrême-gauche, extrême-droite n’expriment rien en terme de doctrine politique, ce ne sont que des expressions pour exprimer des allégeances de manière la plus floue possible, afin de réduire les interactions politiques à des disputes claniques dont les appartenances seraient elle-mêmes réduites au plus simple conformisme dans chacun des « bords ».

    Les contours de ces « bords » sont extrêmement fluides, ils se déplacent autant que la fenêtre d’Overton, au gré de ce que ce qui est considéré comme acceptable ou non par les populations et les clans. Par exemple il y a quelque siècle l’extrême-droite désignait les royalistes, alors qu’aujourd’hui certains désignent par ces mots les patriotes ou les nationalistes. Mais en même temps, certains désignent certains mouvements passé comme le nazisme comme étant d’extrême droite, alors que pourtant la conviction patriote ou nationaliste de ceux qui ont résisté contre le nazisme serait aujourd’hui considéré d’extrême droite. C’est vraiment très fluide tout ça.

    Plongeons plus profondément dans cette confusion, pour rire un peu. Prenons l’exemple de l’abbé Paillon, curé de Maillé, village rasé par les nazis en 1944, il introduit son ouvrage de 1945 « Maillé martyr » qui témoigne du drame par son analyse personnelle et comment il trouve dans Mein Kampf les causes doctrinales du crime qui a décimé son village : la théorie nazie de l’ « Allemagne au dessus de tout » et celle de l’ « explication définitive avec la France ». Si les nazis sont d’extrême droite, alors l’abbé Paillon qui dénonce le nazisme dénoncerait donc l’extrême droite. Pourtant il était lui-même catholique et ses avis sur l’IVG étaient probablement en contradiction avec l’auteur du journal qui semble considérer que l’extrême-droite sont ceux qui ne pensent pas comme lui sur ces sujets. Ce curé était-il alors d’extrême droite lui-aussi ? Et quelques années plus tôt lorsque le parti-communiste Français est entré officiellement en résistance en 1941, le nom de ce mouvement de résistance s’appelait « Front National » et avait comme logo officiel un drapeau bleu-blanc-rouge en forme de France portant les deux lettres « FN ». Ces symboles étant très marqués à l’extrême droite selon certains commentateurs, le parti-communiste était-il d’extrême droite en 1941 lorsqu’il résistait contre les nazis ? Certains pourront dire que oui puisqu’ils luttaient contre le nazisme et que le nazisme est d’extrême gauche puisque le national-socialisme est littéralement l’idée socialiste d’une nation produite par un contrat social, ce qui est précisément la pensée contractualiste de la révolution française qui est forcément d’extrême gauche puisque l’extrême droite est royaliste ! De toute façon on a bien la preuve que les communistes sont d’extrême droite puisque le secrétaire général du Parti Communiste Français Georges Marchais dans les années 1980 disait « Il faut stopper l’immigration », discours que tient le Rassemblement National aujourd’hui, parti qui est d’extrême droite parce que nationaliste et patriote comme l’étaient les communistes de l’autre FN de 1941 ! Mais en même temps le PCF est placé à l’opposé de l’hémicycle comparé au RN donc si le parti communiste est d’extrême droite, alors le rassemblement national est d’extrême gauche ! CQFD !

    Revenons à ce brave candidat M. Bernier. Il serait nommé premier ministre par Emmanuel macron, qui ne cache pas son projet d’Europe par dessus tout et d’explication définitive avec la France. Michel Bernier serait donc le parfait candidat européiste, félicité par Ursula von der Leyen, la présidente non-élue de la Commission Européenne. Michel Bernier est forcément très Macron-compatible, et tout le monde a vu comment les députés LREM se sont alliés avec le Nouveau Front Populaire et La France Insoumise au second tour des législatives 2024 pour battre le Rassemblement National, vous en déduirez-donc facilement que non-seulement Michel Bernier ne représente personne, mais qu’en plus il appartient à la majorité ! Et surtout, surtout, qu’il est d’extrême-gauche comme les nazis ! Ou peut-être qu’il est d’extrême-droite comme les nazis, en fait je ne sais plus !

    En tout cas c’est forcément un gros méchant, donc il faut résister. Mais alors se pose un dilemme, de taille.

    En effet « résistance » et « réaction » veulent dire la même chose, ces termes portent simplement une connotation morale différente. La réaction c’est la résistance à la domination quand celle-ci est à la fois majoritaire et majoritairement considérée comme bonne (parfois rétroactivement), la résistance c’est la réaction à la domination quand celle-ci est à la fois majoritaire et majoritairement considérée comme mauvaise (parfois rétroactivement). Pour savoir si la résistance est de la réaction ou la réaction de la résistance, il suffit de se conformer au conformisme, majoritaire lui-même, qui est nécessairement le produit de cette domination, et à son jugement moral également, qui est expression cette domination.

    La résistance c’est donc les gentils dominés contre les méchants dominateurs, et la réaction c’est donc les méchants dominés contre les gentils dominateurs. C’est très facile en fait, et pour savoir qui sont les gentils et les les méchants, c’est encore plus facile : les gentils sont de gauche. Ou de droite. Enfin je ne sais plus...

    Et donc, l’auteur du journal tient pour acquis (pour reprendre les termes du commentaires de mersak) que les lecteurs sont de son bord politique, ce qui est à la fois l’expression d’un conformisme, et le moyen d’une domination.

    Après cet exercice de style, si plutôt que droite et gauche on parle de souveraineté, de centralisation, de décentralisation, de contractualisme, de socialisme, de réalisme, de nationalisme, de patriotisme, de mondialisme, etc. qui sont des principes et des doctrines, il deviendrait beaucoup plus facile de démêler la pelote...

    Et vous, vous les aimez comment, vos tripes ?

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