• # Une histoire du courrier postal

    Posté par . En réponse au journal Chiffrement : on est vraiment des petits joueurs. Évalué à 8.

    Il manque un élément central dans ton journal (peut-être est-il dans le livre ?) : l'impact de la généralisation du courrier postal.

    Napoléon impose en 1085 la numérotation des immeubles de Paris, ce qui s'étendra rapidement à toute la France puis à l'Europe. Avec ce système, les adresses postales deviennent standardisées, ce qui réduit drastiquement le coût d'acheminement du dernier kilomètre (identifier la bonne adresse était auparavant un casse-tête). Le dernier kilomètre devenant peu cher, le transport du courrier peut dorénavant réaliser d'importantes économies d'échelle, ce qui permet la réforme postale qui naît en Angleterre cette fois, puis se généralise rapidement au monde entier.

    L'on dispose alors d'un système économique, efficace et capable de transporter de grandes quantités de courrier. Surtout, une nouveauté est que l'on peut distribuer un courrier en ne connaissant que son destinataire et sans avoir besoin de le voir en personne puisque le timbre-poste atteste du paiement des frais d'envoi. Ceci permettra une envolée sans précédent du nombre de courriers et une sécurisation par la masse : au vu des moyens techniques de l'époque, identifier le courrier d'un individu donné est illusoire. De plus, la distribution rapide impose un temps de trajet très court en chaque point du circuit, complexifiant encore la tâche du man in the middle (qui travaille à la main, rappelons-le).

    Ajoutez à cela le fait que, le courrier ne coûtant plus grand chose, les courriers d'agrément, sans intérêt stratégique, se multiplient : on peut écrire à la grand-mère pour lui souhaiter un bon anniversaire.

    Du coup, il devient inutile de chiffrer le courrier, tâche chronophage, propice à l'erreur, et peu efficace face à un adversaire déterminé (les chiffres de César étaient quand même cassés depuis les Arabes et on disposait d'algorithmes pour casser un chiffre de César quelconque en temps constant).

    C'est donc assez logique que Simon Singh fasse remonter l'habitude du chiffrement au XVIIe siècle. Elle est devenue obsolète au XIXe.

    Le mail n'a fait que copier le fonctionnement du courrier postal, sans se poser la question de la pertinence de ce choix (encore que là-dessus, je vais peut-être un peu vite. D'autres problèmes se posent, comme l'échange sécurisé de clefs cryptographiques).

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.