• [^] # Re: Pendant ce temps, au Brésil...

    Posté par . En réponse au lien Au Brésil, un juge ordonne la suspension de Twitter "X" . Évalué à 2.

    Le journalisme, c'est quand même compliqué. Bien sûr que tu as une déontologie et un rapport à la vérité (au moins en théorie), mais en pratique, tu as une ligne éditoriale, tu as éventuellement des actionnaires qui te foutent la pression, tu as des lecteurs ou des télespectateurs qui sont prêts à passer à la concurrence dès que quelque chose ne leur plait pas, et tu as des objectifs qui sont plus ou moins liés à la rentabilité économique de ce que tu fais. Un reportage sur le climat, documenté, avec des interviews de scientifiques etc., ça va coûter chez à faire, tu ne vas en sortir qu'un par mois, ça va être long, un peu chiant, les gens vont zapper, etc. Tu vas pouvoir te permettre un truc comme ça de temps en temps au JT, mais ça va devoir durer moins d'1:30, et ça ne va pas t'arriver tous les jours. Pourquoi? Parce que les gens sont tous différents, mais globalement ils sont en général assez conservateurs et n'aiment pas la contradiction. Ils vont apprécier un reportage qui conforte leur point de vue intuitif, et ne pas aimer un reportage qui le déconstruit. Ils vont apprécier l'immédiateté de l'information ("attention, un assistant vient de faire un essai du micro, ça veut dire que le président devrait arriver dans les minutes qui viennent") plutôt qu'un fil historique complexe, avec plusieurs point de vue, etc. Globalement, je trouve qu'on blâme beaucoup les journalistes pour les reportages "faciles", les marronniers, les trucs populistes, les micro-trottoirs, mais il faut aussi être réaliste : si les micro-trottoirs ou les reportages sur la rentrée des classes n'intéresseraient pas les gens, ils zapperaient, et les rédactions arrêteraient d'en mettre autant. Le jour où l'Humanité titrerait : "on a vérifié, les calculs du ministre du budget sont corrects", les lecteurs hurleraient à la trahison.

    Donc oui, ça me gonfle les reportages sans fond et les ficelles classiques, mais en même temps ces reportages sont financés par la pub... Si tous ceux qui trouvent qu'Arte est un modèle de chaine TV la regardaient au moins une fois par mois, ça triplerait son audimat!