• # Très réducteur

    Posté par . En réponse au lien Recherche scientifique : un outil pour éviter les « colosses aux pieds d’argile » (Abonnement). Évalué à 10.

    En fait,je trouve ça extrêmement naïf (et peut-être même malveillant dans certaines circonstances) de penser que la solidité d'un travail scientifique peut être remis en cause par une citation vers un article rétracté. Il est courant que les articles citent plus de 50 références, et une étude ne devient pas en "argile" parce qu'une de ces 50 références est rétractée.

    Déja, le contexte de la citation fait tout. Si c'est dans le style "on sait que le gène X affecte le diabète (Machin 2012, Truc 2015, Bidule 2020)", même si Bidule 2020 est rétracté, il reste les autres refs. Ça peut aussi être "Il est généralement considéré que le gène X n'affecte pas le diabète (Machin 2012, Truc 2015), même si le cotraire a déja été évoqué (Bidule 2020)", auquel cas ça renforce même l'argument; les auteurs ont juste bien travaillé et cité l'ensemble des travaux pertinents, même s'ils ont clairement des doutes sur le dernier.

    Ensuite, même si la citation était centrale pour l'argumentation scientifique (du style "On a découvert récemment que X affectait le diabète dans les populations Européennes (Bidule 2020), et on essaye de prouver si c'est le cas aussi dans les populations Asiatiques"), le retrait de Bidule 2020 ne remet pas en cause les résultats de l'étude. Ça changera le contexte scientifique, mais les données sont les données; et si les auteurs ont bien bossé les résultats ne devraient pas changer, seule l'interprétation de ces résultats change. Du coup, c'est évident que le papier n'aurait pas été écrit de la même manière, mais il ne semble pas y avoir de problème fondamental avec l'établissement de la connaissance scientifique.

    Le seul contexte qui me semble réellement problématique serait celui d'une méta-analyse, qui reprend les résultats de la littérature. Ceci dit, une méta-analyse bien faite agglomère des dizaines ou des centaines de résultats publiés, et il semble peu probable qu'une étude qui fait défaut puisse modifier substantiellement le résultat de l'analyse.

    Attention hein, je ne dis pas que la science actuelle est solide, je pense justement que dans plusieurs disciplines, elle est construite sur du sable. Mais je ne crois pas que ça puisse être dû à l'existence de publications non-fiables. Le principal facteur selon moi est la prime à l'originalité : pour être financée, une étude doit être originale, et son porteur doit être une personnalité scientifique qui sort du lot, ce qui enrichit le corpus scientifique en idées farfelues, enrichit les laboratoires en personnalités plus ou moins toxiques et/ou carriéristes, crée de la compétition dans des contextes où la coopération aurait été plus constructive, et encourage la prolifération de résultats non-fiables parce que non-répliqués. Même si une partie des résultats faux publiés peut provenir d'inconduite scientifique claire (ce qui est sanctionné par la rétractation d'un article quand c'est découvert), je pense que la plupart des résultats faux ne sont pas attribuables à la mauvaise foi : erreurs de bonne foi, mauvaise formation, mauvaises pratiques, pratiques conformes à l'état de l'art mais erronées (on ne peut pas le savoir), biais d'échantillonnage, échantillons trop petits (manque de financement ou problèmes logistiques ou administratifs), cadre théorique faux, erreurs de mesure, manque de temps, ou juste pas de chance.