En fait, ça ressemble tellement à des marmonnements de vieux dans son dentier qu'il est difficile de trouver ça original ou nouveau. Je pense que l'arnaque dans ce genre de choses est de présenter ces choses là comme une pensée nouvelle, alors que je suis persuadé qu'en remplaçant les termes techniques par "machine à vapeur" la plupart des arguments ne paraitraient pas anachroniques au XIXe siècle.
Prends le coup de la puissance des entreprises par exemple. L'influence que peuvent avoir Apple ou Amazon sur les États n'est rien par rapport aux Compagnies des Indes, qui ont directement piloté les politiques impérialistes des pays occidentaux pendant deux siècles. La puissance des milliardaires a toujours également été au devant de la scène, en politique ou dans la fiction, avec parfois aussi ce petit arrière-goût d'antisémitisme. La plupart des points sont comme ça, le 1) par exemple sur la quête de vérité, comme si le XIXe et le XXe siècle n'avait pas produit "industriellement" de la désinformation scientifique (tabac, pesticides, psychanalyse, machins new-age...). Le 2), le spam à une échelle industrielle, comme si les boîtes aux lettres n'étaient pas pleines de prospectus débiles (et environnementalement injustifiables) depuis des décennies, comme si la propagande et la publicité n'étaient pas déja montées en puissance depuis des dizaines d'années... Ce truc décrit juste ce qu'est le monde depuis 200 ou 300 ans, comme si c'était mieux avant et que c'était de pire en pire, ce qui n'est qu'une illusion.
En fait, ce qui me semble beaucoup plus intéressant, c'est de parler de projet de société. Les GAFAM peuvent imposer leurs projets de société simplement parce que nous n'en avons pas. Une des raisons, c'est justement parce que ce genre de discours technophobe et réactionnaire est séduisant, y compris dans les communautés du libre : notre "projet" serait un vague retour à une situation qui n'a jamais existé, où les entreprises seraient gentilles et où les données privées n'auraient pas de valeur.
Dans un projet de société alternatif par exemple, j'aimerais qu'on m'explique comment on assure l'accès à des services numériques (messagerie, téléphonie, réseaux sociaux) à 5 milliards de personnes, par exemple. Parce que oui, bien sûr, nous on pourrait payer 20€/mois pour héberger ses mails ailleurs que chez Google, on pourrait payer pour utiliser un service similaire à Whatsapp, on pourrait payer un abonnement à TikTok ou à Youtube. Mais comment ça marcherait en Afrique, par exemple? Les multinationales "offrent" des services qu'on peut considérer maintenant comme quasiment basiques contre des données privées; et de nombreux être humains peuvent "payer" avec ces données alors qu'ils ne pourraient pas financer les serveurs ou la bande passante avec des vrais sous.
Personnellement, je suis sidéré par la nullité des débats autour de l'AI. "C'est bien", "c'est mal", "c'est dangereux", "ça va prendre des emplois"... Tout ça n'a aucun intérêt, c'est de la branlette de futurologue de plateau TV. Au contraire, il serait urgent de se concentrer non pas sur les applications de l'IA, qu'on ne peut absolument pas anticiper, mais sur la place qu'on lui assigne dans la société. Par exemple, je trouverais indispensable dès maintenant de créer un délit d'"usurpation d'humanité", puni d'une peine d'amende et de prison, pour quiconque mettant en place une interaction avec un programme informatique dont la nature n'est pas explicite. Ça laisserait tout le champ libre pour l'innovation, mais il serait totalement proscrit et considéré comme un délit grave de faire passer des programmes pour des humains; je veux bien discuter avec un chatbot mais je veux savoir à qui je parle.
[^] # Re: Mouais, pas convaincu
Posté par arnaudus . En réponse au lien 10 Reasons Why Technological Progress Is Now Reversing — Or How Silicon Valley Started Breaking Bad. Évalué à 10.
En fait, ça ressemble tellement à des marmonnements de vieux dans son dentier qu'il est difficile de trouver ça original ou nouveau. Je pense que l'arnaque dans ce genre de choses est de présenter ces choses là comme une pensée nouvelle, alors que je suis persuadé qu'en remplaçant les termes techniques par "machine à vapeur" la plupart des arguments ne paraitraient pas anachroniques au XIXe siècle.
Prends le coup de la puissance des entreprises par exemple. L'influence que peuvent avoir Apple ou Amazon sur les États n'est rien par rapport aux Compagnies des Indes, qui ont directement piloté les politiques impérialistes des pays occidentaux pendant deux siècles. La puissance des milliardaires a toujours également été au devant de la scène, en politique ou dans la fiction, avec parfois aussi ce petit arrière-goût d'antisémitisme. La plupart des points sont comme ça, le 1) par exemple sur la quête de vérité, comme si le XIXe et le XXe siècle n'avait pas produit "industriellement" de la désinformation scientifique (tabac, pesticides, psychanalyse, machins new-age...). Le 2), le spam à une échelle industrielle, comme si les boîtes aux lettres n'étaient pas pleines de prospectus débiles (et environnementalement injustifiables) depuis des décennies, comme si la propagande et la publicité n'étaient pas déja montées en puissance depuis des dizaines d'années... Ce truc décrit juste ce qu'est le monde depuis 200 ou 300 ans, comme si c'était mieux avant et que c'était de pire en pire, ce qui n'est qu'une illusion.
En fait, ce qui me semble beaucoup plus intéressant, c'est de parler de projet de société. Les GAFAM peuvent imposer leurs projets de société simplement parce que nous n'en avons pas. Une des raisons, c'est justement parce que ce genre de discours technophobe et réactionnaire est séduisant, y compris dans les communautés du libre : notre "projet" serait un vague retour à une situation qui n'a jamais existé, où les entreprises seraient gentilles et où les données privées n'auraient pas de valeur.
Dans un projet de société alternatif par exemple, j'aimerais qu'on m'explique comment on assure l'accès à des services numériques (messagerie, téléphonie, réseaux sociaux) à 5 milliards de personnes, par exemple. Parce que oui, bien sûr, nous on pourrait payer 20€/mois pour héberger ses mails ailleurs que chez Google, on pourrait payer pour utiliser un service similaire à Whatsapp, on pourrait payer un abonnement à TikTok ou à Youtube. Mais comment ça marcherait en Afrique, par exemple? Les multinationales "offrent" des services qu'on peut considérer maintenant comme quasiment basiques contre des données privées; et de nombreux être humains peuvent "payer" avec ces données alors qu'ils ne pourraient pas financer les serveurs ou la bande passante avec des vrais sous.
Personnellement, je suis sidéré par la nullité des débats autour de l'AI. "C'est bien", "c'est mal", "c'est dangereux", "ça va prendre des emplois"... Tout ça n'a aucun intérêt, c'est de la branlette de futurologue de plateau TV. Au contraire, il serait urgent de se concentrer non pas sur les applications de l'IA, qu'on ne peut absolument pas anticiper, mais sur la place qu'on lui assigne dans la société. Par exemple, je trouverais indispensable dès maintenant de créer un délit d'"usurpation d'humanité", puni d'une peine d'amende et de prison, pour quiconque mettant en place une interaction avec un programme informatique dont la nature n'est pas explicite. Ça laisserait tout le champ libre pour l'innovation, mais il serait totalement proscrit et considéré comme un délit grave de faire passer des programmes pour des humains; je veux bien discuter avec un chatbot mais je veux savoir à qui je parle.