• # une Science-Fiction d'ingénieur

    Posté par . En réponse à la dépêche Heinlein : du papier carbone sur la Lune et une IA. Évalué à 2.

    Je ne pense pas que Heinlein était un gros visionnaire tout comme Campbell qui demande, propose, illustre et défend une Science-Fiction d'ingénieur mais ça n'enlève rien à ton texte historique mais perso. j'aurais plutôt pris pour la même période Asimov.

    Extrait d'une partie de la bio de Campbell qui lança Heinlein & Asimov entre autre :
    https://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27227.html

    Un ingénieur est quelqu'un qui sait donner une solution technique, fondée à la fois sur une compréhension théorique profonde des phénomènes et sur une connaissance pratique, à n'importe quel problème. Il y a toujours eu dans la Science-Fiction américaine un style bricolage dans un garage, un côté Mécanique populaire (9) déjà présent dans le premier magazine de Gernsback, créé en 1908, Modern electrics, où il publia en 1911/1912 son fameux et illisible roman, Ralph 124C 41+, côté renforcé par la proportion de lecteurs et même d'auteurs qui furent des pionniers de la T.S.F. et du poste à galène.

    On n'observe rien de tel en Europe où Jules Verne, Conan Doyle, Rosny Aîné, Maurice Renard, et dans un registre plus populaire un Jean de La Hire, sont des intellectuels et non des manuels, des écrivains et même des poètes qui, déçus dans leurs ambitions théâtrale (Verne) ou lyrique (La Hire), se sont tournés vers un genre relativement décrié, le roman, et vers des spécialités d'une gloire encore plus incertaine, la littérature pour la jeunesse ou l'anticipation. Certes Wells a bien dû se livrer à quelques manipulations de biologiste dans sa jeunesse et il a toujours adoré bricoler son vélo mais cela n'en fait pas un bidouilleur.

    Le penchant edisonien de la Science-Fiction américaine archaïque, son exaltation de l'inventeur, de l'homme pratique, ne se borne vite pas aux problèmes purement techniciens, aux nuts and bolts, mais contamine irrésistiblement tous les aspects de la vie psychologique et sociale. Pour un Campbell comme pour un Heinlein, il y a aux interrogations les plus difficiles, y compris métaphysiques, une réponse d'ingénieur, un truc qui doit marcher, une solution à portée de main.

    Ainsi peut-on comprendre certaines dérives des années 40 et 50 qui se traduisent dans des éditoriaux et des articles prétendant transcender la fiction, telles l'annonce dithyrambique puis la publication du texte de L. Ron Hubbard sur la dianétique dans Astounding (10) et l'intérêt militant qu'y prennent non seulement Campbell mais A.E. Van Vogt dont le talent en pâtira.