Ça me semble très conceptuel ton truc. J'ai l'impression que toute confrontation avec le monde réel va simplement le faire exploser.
D'abord, les lois ne sont pas conçues pour être complexes. Elles le deviennent au fil de l'accumulation d'amendements et de lois rectificatives.
Ensuite, les lois sont issues d'un compromis entre des centaines de personnes (gouvernement, députés, sénateurs, syndicats, lobbys et groupes citoyens...). Tu n'as pas Linus tout seul dans son garage qui va te créer un nouvel OS selon sa logique. Chaque commit doit être discuté et modifié jusqu'à atteindre un consensus majoritaire parmi une population très hétérogène et très divergente idéologiquement.
Enfin, les exceptions font partie intégrante de la loi. Prends par exemple le code de la propriété intellectuelle. Une grande partie de ce qui permet une sorte d'équilibre entre la population et les ayant-droit vient justement d'une liste d'exceptions (qui sont réellement appelées "exceptions" dans la loi) : citation, caricature, copie privée... C'est ça que tu voudrais éviter, par exemple? Un code de la propriété intellectuelle qui dit "Les auteurs ont tous les droits, il n'y a pas d'exception"? Idem pour la légitime défense, c'est un exemple idéal de branchement conditionnel.
Pour les lois fiscales, bien sûr que tu veux des exceptions, tu en veux plein, et tu veux pouvoir en ajouter en fonction de l'évolution de la société. Tu peux vouloir des exonérations pour les handicapés, pour les DOM/TOM, pour les dons, pour le mécénat, pour les veuf/ves de guerre, pour les étrangers qui payent déja leurs impôts chez eux, pour les énergies renouvelables... Bref, tu veux utiliser la loi pour inciter les comportements vertueux ou pour diminuer les inégalités. C'est l'essence des lois de proposer des exceptions.
Pour le revenu universel que tu prenais en exemple, son fonctionnement entre en contradiction avec les régimes assurantiels de l'État : assurance maladie (arrêts de travail), assurance vieillesse, assurance chômage. Ce sont des régimes qui prévoient une indemnisation qui dépend de la cotisation, ce qui n'est pas compatible avec un revenu universel. Tu peux donc 1) supprimer les régimes assurantiels de l'État (et donc privatiser la sécurité sociale, les retraites, et l'assurance chômage, puisque les gens voudront nécessairement s'assurer en fonction de leurs revenus afin de conserver une partie de leur train de vie), 2) les superposer au revenu universel (tu n'as donc rien simplifié du tout, au contraire), 3) déroger au revenu universel pour les chômeurs, les retraités, et les malades (et donc, faire en sorte que le revenu universel n'est pas tellement universel, sans compter que du coup tu n'as rien simplifié).
Bienvenu dans le monde réel! Le monde réel est complexe, et ce n'est pas une vague analogie avec une base de code qui peut te permettre de comprendre pourquoi.
[^] # Re: Désinformation
Posté par arnaudus . En réponse au journal Touche pas à ma retraite. Évalué à 3.
Ça me semble très conceptuel ton truc. J'ai l'impression que toute confrontation avec le monde réel va simplement le faire exploser.
D'abord, les lois ne sont pas conçues pour être complexes. Elles le deviennent au fil de l'accumulation d'amendements et de lois rectificatives.
Ensuite, les lois sont issues d'un compromis entre des centaines de personnes (gouvernement, députés, sénateurs, syndicats, lobbys et groupes citoyens...). Tu n'as pas Linus tout seul dans son garage qui va te créer un nouvel OS selon sa logique. Chaque commit doit être discuté et modifié jusqu'à atteindre un consensus majoritaire parmi une population très hétérogène et très divergente idéologiquement.
Enfin, les exceptions font partie intégrante de la loi. Prends par exemple le code de la propriété intellectuelle. Une grande partie de ce qui permet une sorte d'équilibre entre la population et les ayant-droit vient justement d'une liste d'exceptions (qui sont réellement appelées "exceptions" dans la loi) : citation, caricature, copie privée... C'est ça que tu voudrais éviter, par exemple? Un code de la propriété intellectuelle qui dit "Les auteurs ont tous les droits, il n'y a pas d'exception"? Idem pour la légitime défense, c'est un exemple idéal de branchement conditionnel.
Pour les lois fiscales, bien sûr que tu veux des exceptions, tu en veux plein, et tu veux pouvoir en ajouter en fonction de l'évolution de la société. Tu peux vouloir des exonérations pour les handicapés, pour les DOM/TOM, pour les dons, pour le mécénat, pour les veuf/ves de guerre, pour les étrangers qui payent déja leurs impôts chez eux, pour les énergies renouvelables... Bref, tu veux utiliser la loi pour inciter les comportements vertueux ou pour diminuer les inégalités. C'est l'essence des lois de proposer des exceptions.
Pour le revenu universel que tu prenais en exemple, son fonctionnement entre en contradiction avec les régimes assurantiels de l'État : assurance maladie (arrêts de travail), assurance vieillesse, assurance chômage. Ce sont des régimes qui prévoient une indemnisation qui dépend de la cotisation, ce qui n'est pas compatible avec un revenu universel. Tu peux donc 1) supprimer les régimes assurantiels de l'État (et donc privatiser la sécurité sociale, les retraites, et l'assurance chômage, puisque les gens voudront nécessairement s'assurer en fonction de leurs revenus afin de conserver une partie de leur train de vie), 2) les superposer au revenu universel (tu n'as donc rien simplifié du tout, au contraire), 3) déroger au revenu universel pour les chômeurs, les retraités, et les malades (et donc, faire en sorte que le revenu universel n'est pas tellement universel, sans compter que du coup tu n'as rien simplifié).
Bienvenu dans le monde réel! Le monde réel est complexe, et ce n'est pas une vague analogie avec une base de code qui peut te permettre de comprendre pourquoi.