• [^] # Comment offrir le pouvoir à l’extrême‐droite en prétendant lui faire barrage

    Posté par . En réponse au lien Voici comment fonctionne le vote par internet pour les Français de l'étranger. Évalué à 4.

    C'est la loi

    Mince, la loi l’a obligé à dissoudre l’assemblée, là, maintenant ?
    Non ? Donc

    c’est un choix.

    On peut reprocher des choses à E. Macron mais j'ai l'impression que quoi qu'il fasse au sujet de la dissolution il aurrait eu des reproches :

    Quoi ? Il ne dissout pas l'assemblée quelle manque de respect vis à vis des gens

    Ça n’aurait pas dérogé avec son style.

    Il dissout en septembre pourquoi avoir attendu si longtemps

    Pour ne pas avoir une instabilité gouvernementale au moment des jeux olympiques, pour que les gens puissent voter, pour qu’ils passent des vacances tranquilles, pour que les tensions politiques s’apaisent...

    Mais ce que je lui reproche, c’est d’avoir fait à peu près tout pour faire monter le RN.

    Reprendre ses thèmes et appliquer sa politique en espérant récupérer une partie de ses électeurs, façon Sarkozy (ça ne marche sûrement pas pour les électeurs du RN, mais peut-être un peu pour ceux de la droite traditionnelle). Probablement aussi pour faire de l’enfumage pendant qu’il mettait en place des politiques anti‐sociales. En tout cas, le résultat, c’est que ça légitimise les obsessions du RN.

    Faire des cadeaux fiscaux aux riches et aux grandes entreprises, tandis que la plupart des gens font face à l’augmentation des prix de l’énergie et à l’inflation avec des revenus stagnants. Les pauvres attendent toujours que « les premiers de cordée » les tirent, mais c’est juste une reformulation de la théorie du ruissellement. Ça ne la rend pas plus vraie. Sans perspective d’en gagner encore plus, les très riches gardent leur pognon, jusqu’à ce que l’économie s’écroule. Et là, on l’a vu en Grèce, ils s’empressent de l’abriter à l’étranger et c’est le reste de la population qui se fait essorer.

    Faire des contre‐réformes de la retraite et du chômage pour prendre à la population et aux plus pauvres l’argent qu’il laisse aux riches (rappel : le capitalisme libéral marche comme le Monopoly : sans redistribution, les plus riches pompent tout et les autres se retrouvent sans rien).

    La clé de voûte de l’édifice pour offrir le pouvoir à l’extrême-droite, c’était de mettre en scène le RN comme son principal opposant ; ça oriente le vote des victimes des points précédents. Alors, je me demande s’il a fait ça seulement en considérant que c’est l’adversaire contre lequel il ne perdrait jamais au second tour (ce qui ne peut marcher que tant qu’on ne l’a pas banalisé) ou en considérant que c’est l’option pour le futur qui serait la plus compatible avec ses amis riches (le RN n’a surtout pas prévu de leur reprendre de l’argent ; s’ils diminuent quelques taxes pour les pauvres, ce sera en détruisant encore plus les services publics ; et puis avec l’augmentation des inégalités due à la politique antisociale, il y aura probablement une augmentation des émeutes, les riches peuvent souhaiter un régime plus répressif). On verra aux consignes qu’il donnera dans l’entre-deux tours s’il fait passer la démocratie avant l’intérêt des ultra-riches ou pas.

    La cerise sur le gâteau était d’offrir à l’extrême-droite une élection au moment où il y avait une dynamique électorale en sa faveur.
    Maintenant, c’est fait.
    On n’aurait pas pu faire tellement mieux en le faisant exprès.

    Le président le plus méprisant de la Ve République est aussi à mon sens le plus méprisable.
    Mais ça changera sûrement quand Marine Le Pen sera présidente, en 2027.

    Si déclencher une élection maintenant était un calcul sur le fait qu’en trois ans, l’extrême-droite aura déçu et qu’ensuite, ça reviendrait à la normale, c’est extrêmement (!) aléatoire : la première chose que le RN fera sera de bolloriser France Télévision (Marine Le Pen a déjà annoncé sa privatisation), pour que la population ne puisse voir la réalité quasiment qu’avec les œillères de l’extrême-droite. Ils réfléchissent sûrement déjà à la manière de purger l’ARCOM, ce nid d’« islamo-gauchistes ». Quasiment tous ceux qui ne sont pas de leur bord sont « islamo‐gauchistes » à les écouter ; c’est la nouvelle version de « judéo‐bolchéviques », des mots qui en disent bien plus sur ceux qui les emploient que sur ceux qu’ils qualifient.

    « Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone