• [^] # Re: ce qui est le pus désolant ...

    Posté par . En réponse au journal Quand votre voiture vous espionne... et vous le fait payer. Évalué à 6. Dernière modification le 26 avril 2024 à 15:05.

    Une assurance assure un risque, c'est à dire un évènement incertain. Tu ne peux pas t'assurer pour un évènement certain, ça n'a aucun sens.

    La prime est calculée sur la base du risque : valeur du sinistre x probabilité de sinistre. Si l'objet assuré coûte plus cher (grande maison, grosse voiture...), la prime augmente. Si la probabilité du sinistre augmente (zone à risque, historique peu flatteur), la prime augmente.

    Ce que tu mutualises avec une assurance, c'est le côté aléatoire : tu prends 10 personnes qui ont chacun 10% de chances d'avoir un accident, chacun va payer 1000,ドル et quand quelqu'un aura réellement un accident tu lui rembourses 10000€ (moins les frais de gestion et la marge). Mais ça ne fonctionne que si tout le monde a 10% de chances d'avoir un accident. Si une des personnes a 20% de chances d'avoir un accident, alors il doit cotiser deux fois plus que les autres pour que le système soit juste.

    Les assureurs ne sont pas devins, ils ne peuvent pas savoir qui va avoir un accident ou pas. Ce qu'ils font, c'est qu'ils estiment les risques par rapport à leur historique de sinistres, et en considérant les variables auxquelles ils ont accès et qui sont autorisées par la loi : l'âge, l'adresse, le modèle de voiture, l'historique des sinistres, etc. Ils se moquent de qui tu es, ce qu'ils calculent, c'est qu'étant donné ton âge, ton adresse, ton véhicule, et ton historique, tu as plus ou moins de chances de déclarer un sinistre. Ils n'ont bien sûr aucune certitude si tu vas déclarer un sinistre ou non, ils évaluent juste la probabilité à partir des variables auxquelles ils ont accès.

    Ils évaluent également combien tu es susceptible de leur rapporter dans l'avenir. Une conception assez courante, mais fausse, est de dire "Ils refusent de m'assurer parce que j'ai eu par malchance beaucoup de sinistres les deux dernières années et ça leur a coûté trop cher". En fait, c'est pas comme ça que ça fonctionne. Ce qui les intéresse, ça n'est pas combien tu leur as coûté (ça, c'est des coûts irrécupérables), c'est combien tu vas cotiser sur la durée moyenne d'adhésion des gens qui sont dans cette situation, par rapport à leur estimation des sinistres sur la même période. Si le rapport est en leur défaveur, tu n'es plus assurable (ils estiment qu'en moyenne, tu vas coûter plus cher que ce que tu vas cotiser), et ils te demandent d'aller voir ailleurs.

    Je ne me fais pas l'avocat du diable, je n'ai aucune raison d'être bienveillant avec les assureurs, mais je trouve simplement la démarche des assureurs rationnelle et parfaitement juste, et je ne comprends pas vraiment pourquoi ça a l'air de mettre certains d'entre nous en rogne. Je vois bien à quel point l'idée que les assureurs ne sont pas malveillants déchaine les passions des gens qui ont eu leur assurance résiliée, mais ces gens ne sont simplement plus assurables d'après les calculs de leur assureur. Peut-être que l'assureur a fait une erreur dans son calcul, ou peut-être que les indicateurs qu'il utilise sont trop grossiers (mais ça, c'est contradictoire avec l'idée de leur interdire l'accès à plus de données). J'ai l'impression que la notion d'évaluation du risque (et plus généralement de probabilité) n'est pas aussi intuitive que je pensais.

    En résumé, je pense qu'il faut complètement se débarrasser de l'idée que les assureurs couvrent l'hétérogénéité des probabilités de sinistre. Les assureurs couvrent l'aléa des sinistres (le fait qu'on ne sait pas si la foudre va tomber sur la maison de Gugusse ou de Tartempion), mais pas les différences de risques entre les assurés (quand ta voiture couche dehors, la prime est plus élevée que quand ta voiture rentre au garage). C'est pour ça que le montant des primes est ajusté en fonction des situations individuelles (conditions générales vs conditions particulières des contrats).

    La théorie veut que le raisonnement soit un peu différent pour les mutuelles, mais en pratique c'est du flan: les mutuelles appliquent aussi des surprimes selon le même principe. Et pour cause: pour la même raison que les voitures se ressemblent parce que les lois de l'aérodynamique sont les mêmes pour tous les constructeurs, les contrats d'assurance se ressemblent car les lois des probabilités sont les mêmes pour tous. Demander une prime identique pour des risques différents, ça revient à renoncer à sa compétitivité, ou à risquer la faillite. Ça serait comme de vendre les cerises et les pastèques au même prix à la pièce, et de faire faillite parce que les gens sont venus acheter plus de pastèques que de cerises.

    Après, si vous préférez penser que les assureurs sont en fait des méchants, et qu'ils sont débiles parce que selon votre doigt mouillé les sinistres passés ne préjugent pas des sinistres futurs, bah personne ne vous force à me croire. Moi je dis juste que les assureurs ont tout intérêt à garder leurs clients, et que s'ils se débarrassent de vous, c'est que leur expertise dans la gestion du risque leur indique que vous n'êtes plus assurables. Demander à être quand même assuré, ça revient à leur demander de vous donner de l'argent (ou plus exactement, de mettre en place un flux financier qui va en moyenne des autres clients vers vous). Ça n'est pas impossible que ça soit juste de la malchance, mais c'est tellement peu probable qu'ils ne veulent pas prendre ce risque.