La dépêche manque grandement de sources, et en général, je trouve ça toujours louche . Donc j'ai voulu aller voir les exemples moi même, car depuis l'affaire Jessica Burgess (ou l'histoire de Target avec une jeune fille enceinte), je sais que c'est pas la précision qui étouffe les gens qui s'affolent sur le sujet.
Sauf que sur 5 exemples, il y a 2 exemples qu'on peut examiner, et 3 qui sont des hypothèses, hypothèses basé sur les labels fournis par les agence de pub elles mêmes (genre, même pas les descriptions, juste le nom des labels, c'est digne du niveau de trouver une constante "NSA_KEY" dans un binaire et se dire que ça veut dire que le monde entier est piraté). Et on ne sait pas en fait d’où viennent les descriptions ou comment c'est rempli en premier lieu.
Sur les 2, on a un exemple qui n'a rien à voir avec la choucroute, celui de Cambridge Analytica, qui n'a rien à voir avec le RTB vu que CA a récolté les infos par eux même, et que blamer Facebook pour la victoire de Donald Trump, c'est une forme de techno-absolutisme qui chie sur toutes les analyses politiques du monde. Techno-absolutiste, parce que finalement, ça positionne la tech comme toute puissante, et ça ignore tout le reste (à savoir la politique, les conditions économiques). En fait, ça positionne l'humain comme facilement manipulable face à notre pouvoir (et ce n'est pas un "nous" de modestie, c'est "nous" en tant que membre des gens qui maîtrisons plus ou moins la technique), c'est quand même assez égocentrique.
Donc plutôt que de parler de l'idéologie problématique de ce premier exemple, parlons du second, qui a le bon goût lui d'avoir un minimum d'info pour trouver des choses (je ne vais pas questionner le pourquoi il n'y a qu'un exemple vérifiable, mais j'y pense fort).
En cherchant 30 secondes, je tombe sur un article, qui indique pour commencer, un prix, 4 millions de dollars US, soit 3.7 millions d'euros. L'article dit aussi que l'info a été envoyé à "des douzaines d’évêchés" (sans doute 38 évêchés, vu qu'il y en a 38 aux USAs).
Mais là oû l'exemple me dérange, c'est que Jeffrey Burrill, le prêtre qui a démissionné n'a pas été ciblé par ce groupe, mais par un autre un ou deux ans plus tôt. Et si on cherche un petit peu plus, on peut voir par exemple qu'il y a un tendance de fond de la part des croyants de ne plus faire confiance aux évêques et aux prêtres suite à divers scandales notamment de pédophilie). C'est ce qu'explique le journaliste qui a couvert ça quand il dit:
So this is kind of reflecting this trend in the Catholic Church where laypeople are really saying, look; we can't trust the bishops to take control of things, to clean things up, whether that's the clergy sex abuse issue - which this group does connect to gay priests in particular - or just celibacy and traditional values.
Je traduit:
Ça reflète plus ou moins la tendance dans l'église Catholique ou les laïcs (NdT: au sens "hors du clergé") disent "écoutez, on peut pas faire confiance à la hiérarchie pour reprendre les choses en main, que ça soit les scandales d'abus sexuel - que ce groupe impute aux les prêtres gays en particulier - ou le célibat et les valeurs traditionnels"
Mais surtout, on voit que l'impact a été assez limité, car d’après le journaliste, les évêques ne savaient pas trop quoi faire. L'église fait face à une crise des vocations depuis quelques années, et a du mal à recruter. Et il faut bien voir que pendant longtemps (comprendre, plusieurs siècles), l'église était une voie royale pour les homosexuels masculins, en offrant une profession respectable, dans un milieu homosocial (au sens sociologique du terme) et en évitant l'obligation de se marier à une femme et de fonder une famille.
C'est tellement courant que même sans avoir à sortir des ouvrages académiques, je peux trouver un exemple dans mon entourage. Il y a quelques mois, une collègue nouvellement arrivé raconte à la pause du midi qu'elle recoit parfois des messages bizarres pour des rencontres gays sur son tel pro. Après recherche, on a vu que son numéro appartenait avant à un prêtre en France, puis que le prêtre venait de partir à la retraite. Moi, j'ai mon numéro depuis 10 ans, et j'ai pas exactement ce genre de chose, donc je suppose que l'ancien proprio s'est inscrit quelque part. Et sans doute pas pour juste voir comment ça marche.
Pour en revenir sur le sujet, les applis qui permettent de trouver ce genre d'info, c'est des applis de rencontre comme Grindr, Jack'd ou Scruff. Grindr, pour les gens qui ne connaissent pas, c'est une appli de rencontre qui vise principalement les hommes qui veulent voir d'autres hommes, avec une fonction de géolocalisation. Je schématise, mais tu veux tirer un coup, tu lances l'appli, tu vois qui est à coté, et paf, tu discutes. Alors bien sur, il n'y a pas que ça, des gens tentent aussi des choses plus longue durée, mais ça reste quand même connu pour ça. L'appli affiche des publicités vu que comme pour les films en streaming, les jeux et le logiciel libre, tout le monde veut le service pour une satisfaction immédiate, mais personne ne veut payer pour.
Le fonctionnement même de l'appli fait que tu peux géolocaliser les gens, et que tu sais qui tu géolocalises, indépendamment des pubs. Donc sauf à verrouiller complètement les téléphones des gens pour interdire de changer sa position, quelqu'un peut simplement se mettre à coté de l'église et voir qui a l'application en attendant.
Donc si on considère qu'il y a un risque d'outer les gens, alors un correctif serait d'interdire de donner une fausse position, et je suis sur que tout le monde ici est d'accord pour verrouiller plus les téléphones, bien sur, et on sait bien que les DRMs sont efficaces.
Mais ça n'est pas une des propositions concrètes qui a été listé, donc regardons ce qui s'applique, comme par exemple la proposition 1. En dehors de l'inanité de modifier RTB en tant que norme quand la norme ne dit rien sur ça et que le probléme vient du label donné aux données (comme on peut le voir dans la note 102 du pdf du rapport) donc un champ libre hors de la norme, il y a surtout la question de ce que ça voudrait dire en pratique pour Grindr.
L'orientation sexuelle est clairement une donnée personnelle (art 9 du RGPD), mais pour le cas qui nous intéressent, ça n'a rien à voir avec le traitement de données personnelles tel que c'est fait actuellement. Si tu affiches des pubs sur Grindr, tu sais quel public tu cibles, pas besoin de données. Le seul moyen d'éviter d'afficher des pubs à un public gay dans tout les cas, ça serait une interdiction totale de montrer des pubs dans Grindr. Mais dans ce cas, ça serait pas que dans Grindr, mais aussi dans Têtu (en redressement judiciaire jusqu’à il y a pas si longtemps), dans Jeanne Magazine (qui va fermer d’après les rumeurs), au festival Chéries-chéris, etc.
Je suis sur que ça porte un nom, le fait de cibler spécifiquement une communauté pour lui interdire quelque chose, mais ça m'échappe. Ça commence par un dis, discrétion, distinction ? Ça va sans doute me revenir.
Et surtout, c'est quoi le rapport entre ça et la sécurité européenne ?
On est plus pendant la Guerre froide, la lavender scare n'est plus vraiment à l'ordre du jour (comme on le voit avec le groupe au Colorado qui a claqué 4 millions d'US$ pour finalement avoir aucun impact visible, autre que celui qu'on lui donne).
Je comprends bien que les questions d'orientation sexuelle soit un peu une force multiplicatrice pour le RGPD via son article 9, mais franchement, ça me laisse le même arrière goût d’instrumentalisation que quand la Quadrature fait le même genre de choses.
En conclusion, je me permet de pointer le jugement C-446/21 de la CJUE qui est exactement sur ce sujet. Je suis sur que quelqu'un ici a quelques millions d'euros à filer à NOYB après avoir revendu sa boite.
# Les exemples (ou plutôt, leur manque)
Posté par Misc (site web personnel) . En réponse à la dépêche Les enchères en temps réel, un danger pour la vie privée mais aussi pour la sécurité européenne. Évalué à 6.
La dépêche manque grandement de sources, et en général, je trouve ça toujours louche . Donc j'ai voulu aller voir les exemples moi même, car depuis l'affaire Jessica Burgess (ou l'histoire de Target avec une jeune fille enceinte), je sais que c'est pas la précision qui étouffe les gens qui s'affolent sur le sujet.
Sauf que sur 5 exemples, il y a 2 exemples qu'on peut examiner, et 3 qui sont des hypothèses, hypothèses basé sur les labels fournis par les agence de pub elles mêmes (genre, même pas les descriptions, juste le nom des labels, c'est digne du niveau de trouver une constante "NSA_KEY" dans un binaire et se dire que ça veut dire que le monde entier est piraté). Et on ne sait pas en fait d’où viennent les descriptions ou comment c'est rempli en premier lieu.
Sur les 2, on a un exemple qui n'a rien à voir avec la choucroute, celui de Cambridge Analytica, qui n'a rien à voir avec le RTB vu que CA a récolté les infos par eux même, et que blamer Facebook pour la victoire de Donald Trump, c'est une forme de techno-absolutisme qui chie sur toutes les analyses politiques du monde. Techno-absolutiste, parce que finalement, ça positionne la tech comme toute puissante, et ça ignore tout le reste (à savoir la politique, les conditions économiques). En fait, ça positionne l'humain comme facilement manipulable face à notre pouvoir (et ce n'est pas un "nous" de modestie, c'est "nous" en tant que membre des gens qui maîtrisons plus ou moins la technique), c'est quand même assez égocentrique.
Donc plutôt que de parler de l'idéologie problématique de ce premier exemple, parlons du second, qui a le bon goût lui d'avoir un minimum d'info pour trouver des choses (je ne vais pas questionner le pourquoi il n'y a qu'un exemple vérifiable, mais j'y pense fort).
En cherchant 30 secondes, je tombe sur un article, qui indique pour commencer, un prix, 4 millions de dollars US, soit 3.7 millions d'euros. L'article dit aussi que l'info a été envoyé à "des douzaines d’évêchés" (sans doute 38 évêchés, vu qu'il y en a 38 aux USAs).
Mais là oû l'exemple me dérange, c'est que Jeffrey Burrill, le prêtre qui a démissionné n'a pas été ciblé par ce groupe, mais par un autre un ou deux ans plus tôt. Et si on cherche un petit peu plus, on peut voir par exemple qu'il y a un tendance de fond de la part des croyants de ne plus faire confiance aux évêques et aux prêtres suite à divers scandales notamment de pédophilie). C'est ce qu'explique le journaliste qui a couvert ça quand il dit:
Je traduit:
Mais surtout, on voit que l'impact a été assez limité, car d’après le journaliste, les évêques ne savaient pas trop quoi faire. L'église fait face à une crise des vocations depuis quelques années, et a du mal à recruter. Et il faut bien voir que pendant longtemps (comprendre, plusieurs siècles), l'église était une voie royale pour les homosexuels masculins, en offrant une profession respectable, dans un milieu homosocial (au sens sociologique du terme) et en évitant l'obligation de se marier à une femme et de fonder une famille.
C'est le point à la base d'au moins 2 ouvrages sur le sujet en français, Des soutanes et des hommes: Enquête sur la masculinité des prêtres catholiques de Jocelyn Tricou, et Sodoma de Frédéric Martel.
C'est tellement courant que même sans avoir à sortir des ouvrages académiques, je peux trouver un exemple dans mon entourage. Il y a quelques mois, une collègue nouvellement arrivé raconte à la pause du midi qu'elle recoit parfois des messages bizarres pour des rencontres gays sur son tel pro. Après recherche, on a vu que son numéro appartenait avant à un prêtre en France, puis que le prêtre venait de partir à la retraite. Moi, j'ai mon numéro depuis 10 ans, et j'ai pas exactement ce genre de chose, donc je suppose que l'ancien proprio s'est inscrit quelque part. Et sans doute pas pour juste voir comment ça marche.
Pour en revenir sur le sujet, les applis qui permettent de trouver ce genre d'info, c'est des applis de rencontre comme Grindr, Jack'd ou Scruff. Grindr, pour les gens qui ne connaissent pas, c'est une appli de rencontre qui vise principalement les hommes qui veulent voir d'autres hommes, avec une fonction de géolocalisation. Je schématise, mais tu veux tirer un coup, tu lances l'appli, tu vois qui est à coté, et paf, tu discutes. Alors bien sur, il n'y a pas que ça, des gens tentent aussi des choses plus longue durée, mais ça reste quand même connu pour ça. L'appli affiche des publicités vu que comme pour les films en streaming, les jeux et le logiciel libre, tout le monde veut le service pour une satisfaction immédiate, mais personne ne veut payer pour.
Le fonctionnement même de l'appli fait que tu peux géolocaliser les gens, et que tu sais qui tu géolocalises, indépendamment des pubs. Donc sauf à verrouiller complètement les téléphones des gens pour interdire de changer sa position, quelqu'un peut simplement se mettre à coté de l'église et voir qui a l'application en attendant.
Donc si on considère qu'il y a un risque d'outer les gens, alors un correctif serait d'interdire de donner une fausse position, et je suis sur que tout le monde ici est d'accord pour verrouiller plus les téléphones, bien sur, et on sait bien que les DRMs sont efficaces.
Mais ça n'est pas une des propositions concrètes qui a été listé, donc regardons ce qui s'applique, comme par exemple la proposition 1. En dehors de l'inanité de modifier RTB en tant que norme quand la norme ne dit rien sur ça et que le probléme vient du label donné aux données (comme on peut le voir dans la note 102 du pdf du rapport) donc un champ libre hors de la norme, il y a surtout la question de ce que ça voudrait dire en pratique pour Grindr.
L'orientation sexuelle est clairement une donnée personnelle (art 9 du RGPD), mais pour le cas qui nous intéressent, ça n'a rien à voir avec le traitement de données personnelles tel que c'est fait actuellement. Si tu affiches des pubs sur Grindr, tu sais quel public tu cibles, pas besoin de données. Le seul moyen d'éviter d'afficher des pubs à un public gay dans tout les cas, ça serait une interdiction totale de montrer des pubs dans Grindr. Mais dans ce cas, ça serait pas que dans Grindr, mais aussi dans Têtu (en redressement judiciaire jusqu’à il y a pas si longtemps), dans Jeanne Magazine (qui va fermer d’après les rumeurs), au festival Chéries-chéris, etc.
Je suis sur que ça porte un nom, le fait de cibler spécifiquement une communauté pour lui interdire quelque chose, mais ça m'échappe. Ça commence par un dis, discrétion, distinction ? Ça va sans doute me revenir.
Et surtout, c'est quoi le rapport entre ça et la sécurité européenne ?
On est plus pendant la Guerre froide, la lavender scare n'est plus vraiment à l'ordre du jour (comme on le voit avec le groupe au Colorado qui a claqué 4 millions d'US$ pour finalement avoir aucun impact visible, autre que celui qu'on lui donne).
Je comprends bien que les questions d'orientation sexuelle soit un peu une force multiplicatrice pour le RGPD via son article 9, mais franchement, ça me laisse le même arrière goût d’instrumentalisation que quand la Quadrature fait le même genre de choses.
En conclusion, je me permet de pointer le jugement C-446/21 de la CJUE qui est exactement sur ce sujet. Je suis sur que quelqu'un ici a quelques millions d'euros à filer à NOYB après avoir revendu sa boite.