C’est parce qu’un prêtre diocésain n’est pas un religieux. Ici il n’y a pas de différence de traitement entre l’homme et la femme, mais entre le sacerdoce et la vie religieuse. OK, dis comme ça c’est confus, je vais utiliser d’autres mots moins polysémiques.
Le prêtre diocésain (clergé séculier, j’explique ci-après) n’est pas un religieux et ne fait pas de vœux.
Un religieux ou une religieuse est une personne qui fait les trois vœux de chasteté, pauvreté et d’obéissance. Parce que cette définition de « religieux » est une définition d’initié, je vais parler de moine et de moniale à la place. Les moines et moniales sont quasiment tous religieux, et les religieux ont généralement tous une vie monastique ou comparable, le monastère étant l’environnement du religieux qui détermine son lieux de vie, son travail, sa communauté sociale, etc. Je ne m’étendrais pas sur la notion d’ermite qui est une personne isolée et donc sans communauté, mais tout ce que je vais dire d’autre est conservé, et un moine peut devenir ermite. Historiquement le cénobitisme (monastères) s’est développé à partir de l’érémitisme (ermites) tout simplement quand des hommes ont rejoint des ermites. Je ne m’attarderais pas sur le moine gyrovague qui est un moine errant
Ainsi le moine (homme) et la moniale (femme) sont des religieux qui font trois vœux, de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ils vivent donc ordinairement en communauté, en monastère, et sont soumis à une règle qui déterminent une bonne partie de leur vie. Cette règle est très importante puisque cela signifie qu’ont dit d’eux qui sont réguliers.
L’expression des vœux est parfois différente, les bénédictins faisant par exemple vœux de stabilité, d’obéissance et de conversion des mœurs, associé à la stabilité dans un monastère et à la vie monastique la « conversion des mœurs » implique la chasteté et l’obéissance. Certaines communautés ajoutent d’autre vœux (stabilité, hospitalité, humilité, charité...). Certaines communautés qui ont une vie quasiment équivalentes à la vie religieuse peuvent ne pas être canoniquement considérés comme religieux au sens propre du terme, mais là encore ça ne va rien changer pour la question de la chasteté, je pense par exemple à une congrégation de femmes qui font je crois un unique vœu de virginité, elles ne sont donc pas littéralement des religieuses (pas de vœu d’obéissance et de pauvreté), mais étant donné qu’elles ne sont pas mariées et que leur vie est incompatible avec le mariage le vœu de virginité est une mise en œuvre spécifique de la chasteté.
Bref, tout ça pour dire qu’un moine et une moniale sont entièrement logées à la même enseigne. Ils sont 100% égaux. Ils font tous les deux vœu de chasteté, en cas d’actes contraire au vœu, le vœu est rompu dans les deux cas, la rupture du vœu est aussi grave dans les deux cas. Il n’y a aucune distinction de sexe. Aucune. Si un moine a des relations sexuelles avec une moniale, le vœu est rompu pour les deux, c’est exactement pareil et aussi grave. Le vœu est un engagement solennel, longuement discerné, le vœu perpétuel est prononcé après plusieurs années de vie en communauté et de mise en œuvre de l’état de vie associé, et le vœu perpétuel est prononcé après un vœu temporaire, parfois renouvelé plusieurs fois avant le vœu perpétuel. Il n’est pas rare qu’une dizaine d’année se passe entre l’entrée en monastère et la profession des vœux perpétuels. La rupture du vœu est donc considérée comme une infidélité grave, et une infidélité à soi-même et à ses engagements.
Il est maintenant temps de remarquer que je n’ai pas parlé de prêtres et donc de sacerdoce. C’est parce qu’il n’y a pas d’identité entre le sacerdoce (le fait d’être prêtre) et la vie religieuse et monastique. Le sacerdoce est un ministère. Il y a des prêtres moines et des prêtres non-moines, des moines prêtres, et moines non-prêtres.
Le prêtre devient prêtre par son ordination, qui est un rite et un sacrement (comme le baptême, la confirmation, le mariage, l’eucharistie (communion), la confession, le sacrement des malades). Il reçoit une charge qu’on appelle ministère. Être moine n’est pas un sacrement. Si la vie conjugale (et donc le mariage) est incompatible avec la vie monastique, le sacerdoce n’est pas incompatible avec la vie monastique, il est donc possible d’ordonner prêtre des moines.
Les prêtres diocésains, qui ne sont pas moines, constitue ce qu’on appelle le clergé séculier (du mot « siècle », qui vive dans le siècle et donc dans le monde), et les prêtres moines, qui sont donc soumis à une règle, constitue ce qu’on appelle le clergé régulier.
Les prêtres diocésains ne sont donc pas des moines, ne sont pas soumis à une règle religieuse, et ne font pas de vœux de chasteté. La chasteté est demandée à tout chrétien, mais ce n’est pas un vœu. Un prêtre qui a une relation sexuelle avec une religieuse ne rompt pas un vœu, tout comme un mari qui trompe sa femme avec une religieuse ne rompt pas un vœu, tout comme un homme célibataire qui a une relation sexuelle avec une religieuse ne rompt pas un vœu. Toutes ces personnes commettent un adultère, mais une seule personne rompt un vœu : la religieuse.
Si un moine a une relation sexuelle avec une femme mariée qui trompe son mari ou une personne célibataire, il rompt son vœu tout comme la religieuse et c’est aussi grave.
Socialement le péché d’adultère du prêtre est considéré comme plus scandaleux que l’adultère d’un homme célibataire, parce que le prêtre est sensé être un modèle, c’est lui qui enseigne. De plus, en science morale, la responsabilité d’un acte est dépendante de la conscience de l’acte et donc de la connaissance de l’acte. On parle par exemple d’ignorance vincible (que l’on peut vaincre), et d’ignorance invincible (que l’on ne peut pas vaincre). Nul ne peut être tenu responsable d’un acte posé en ignorance invincible. Par contre on peut être tenu responsable non pas de l’acte mais de ne pas avoir vaincu son ignorance si celle-ci pouvait être vaincue (l’ignorance volontaire et entretenue ne peut excuser un acte permis par cette ignorance). L’acte posé en pleine connaissance est pleinement responsable. Le prêtre est formé, la formation d’un prêtre diocésain c’est ordinairement entre 7 à 8 ans. C’est comparable à un doctorat, les prêtres ont d’ailleurs l’occasion de passer des examens et de valider leur formation universitaire, parfois avec des diplômes reconnus par l’état (exemple : philosophie). Pour devenir prêtre le candidat au sacerdoce est aussi sélectionné, la réussite du parcours de formation n’est pas suffisante. Être prêtre n’est pas un diplôme, si un candidat au sacerdoce qui a complété sa formation est le meilleur élève de sa promotion il ne sera ordonné que si le clergé existant le veut. Si par exemple il y a un doute sérieux quant à sa capacité à conserver son célibat, s’il y est tenu, il ne sera pas ordonné. L’absence totale d’ignorance, le rôle d’enseignement, etc. font que l’adultère du prêtre est socialement considéré comme grave, et avec raison (notoriété publique de la pleine responsabilité de l’acte, accusation légitime d’hypocrisie...).
On peut aussi comparer avec l’adultère d’une personne mariée qui peut être socialement perçu comme plus scandaleux que celui de la personne célibataire, car s’ajoute l’infidélité à l’époux(se), l’éventuelle mise en danger de la stabilité du foyer familial et donc la mise en danger d’enfants et donc de personnes mineures, etc.
Mais dans les deux cas il n’y a pas de vœu et donc pas de rupture du vœu.
La personne mariée a un devoir de fidélité avec son époux(se), le prêtre fait promesse de chasteté, mais il n’y a pas de vœu.
Comme Tanguy l’a évoqué dans son commentaire, le chasteté n’est pas l’absence de relation sexuelle, mais la conformité de sa vie sexuelle avec son état de vie. Une personne célibataire qui a des relations extra-conjugales n’est donc pas chaste, mais une personne mariée qui est fondamentalement opposée à toute relation sexuelle avec son conjoint n’est pas chaste. La relation sexuelle n’est pas contrainte, elle est libre, mais il le mariage est incompatible avec la ferme volonté de ne jamais avoir de relation sexuelle avec le personne que l’on épouse. Ni la relation sexuelle ni l’abstinence ne doit être contrainte par une des deux parties. Le sacrement du mariage étant un échange de consentement. En fait si une des deux parties a la ferme volonté de ne jamais avoir de relation sexuelle avec l’autre partie, si l’enquête le détermine, le mariage est considéré comme nul. Il n’est pas rendu nul, pas « annulé » (abus de langage très utilisé mais inapproprié), il est considéré comme n’ayant jamais eu lieu, et si les deux parties se marient séparément avec chacun une autre personne ensuite, ils ne se remarient pas mais se marient pour la première fois. Dans un mariage, le sacrement est l’échange du consentement des époux, le prêtre n’est qu’un témoin du mariage, on dit qu’il « assiste au mariage », sa présence est requise parce la validité du mariage est soumise à une juridiction, tout comme dans le mariage civil (lui-même copié du mariage catholique) les époux échangent leur consentement devant le maire.
Si le prêtre est célibataire, une relation sexuelle va contre la chasteté, pas parce qu’il est prêtre, mais parce qu’il est célibataire.
Si le prêtre est marié, le refus de toute relation sexuelle va contre la chasteté, parce qu’il est prêtre.
Je viens d’écrire « si le prêtre es marié », parce qu’il n’y a pas d’identité entre le célibat et le sacerdoce. Il y a plusieurs degrés dans le sacerdoce : le diaconat (devenir diacre), le presbytérat (devenir prêtre), et l’épiscopat (devenir évêque), on parle de sacerdoce ministériel. On devient nécessairement diacre avant d’éventuellement devenir prêtre et d’éventuellement devenir évêque. Le Christ étant célibataire, le niveau le plus supérieur du sacerdoce a toujours et sera très probablement toujours célibataire, le célibat est une forme d’imitation et l’imitation dans le célibat a toujours été considéré comme non-négociable pour l’épiscopat (le fait d’être évêque). Le laïc ne prêche pas (il n’est ni diacre, ni prêtre, ni évêque, laïc ne veut pas dire athée, mais non-clerc) mais peut baptiser (sacrement du baptême), on parle de sacerdoce commun. Le diacre peut évidemment baptiser mais aussi prêcher et assister au sacrement du mariage (célébrer le mariage), le prêtre peut faire autant et célébrer les autres sacrements (célébrer la messe (eucharistie), sacrement des malades, réconciliation (confession)...), le prêtre peut éventuellement confirmer (sacrement de confirmation) s’il a mission explicite de l’évêque pour cela. En plus de tout cela l’évêque peut confirmer et peut seul ordonner (faire d’autres d’hommes des diacres, des prêtres ou des évêques).
Le diaconat est donc un sacerdoce. De très nombreux diacres sont mariés, y compris dans l’Église latine (en France, l’Église est ordinairement latine). Dans tous les cas, le mariage doit avoir lieux avant l’ordination : on peut ordonner des hommes mariés, mais des hommes ordonnés ne peuvent pas se marier. Il n’est fondamentalement pas impossible d’ordonner prêtre des hommes mariés. Le célibat des prêtres n’est qu’une mesure disciplinaire. De très nombreux prêtres sont mariés. Ils font généralement partie de traditions qui n’ont jamais mis en œuvre la discipline du célibat pour les prêtres, tout simplement. Ils peuvent être catholique.
Il existe par exemple des églises (généralement orientales) mais pourtant pleinement catholiques où l’ordination d’hommes mariés est toute à fait ordinaire, ce qui peut amener à des situations assez cocasses (visibles dans des pays comme le Liban et autre pays moyen-orientaux) où les candidats au sacerdoce peuvent se montrer plus entreprenant à l’approche de leur ordination car ils savent que s’ils veulent se marier ils doivent se marier avant d’être ordonnés... 🤭️ Le clergé membre de ces églises, bien que pleinement catholiques, peuvent très bien être marié dans des pays où la discipline du célibat de l’Église latine est majoritaire. J’ai par exemple moi-même assisté à une messe dans un séminaire diocésain (et donc latin) et donc où tous les candidats étaient soumis à la discipline du célibat le prêtre qui célébrait la messe avait sa femme dans l’assemblée, elle même portant leur enfant dans ses bras. C’est peu commun, mais tout à fait normal. C’était un prêtre d’une tradition particulière qui a toujours conservé la tradition d’ordonner prêtre des hommes mariés, mais dont l’église spécifique est officiellement rattachée à l’Église catholique. En février dernier la presse s’est fait l’écho d’une ordination d’un hommes marié et père de famille à Bruxelles1234, ce qui est à la fois rare en Europe mais tout à fait catholique (l’Église chaldéenne est rattachée à l’Église catholique). Aussi, lorsque les prêtres mariés anglicans se convertissent au catholicisme, ils restent mariés et prêtre.
Bon, tout ça est un long commentaire pour bien établir la distinction entre le sacerdoce (être prêtre), faire un vœu (être religieux), et le célibat. Seul le clergé régulier (homme, moine et prêtre) est à la fois homme, célibataire, prêtre et soumis à un vœu. On peut être soumis à un vœu et femme (moniale), on peut être soumis à un vœu et ne pas être prêtre, on peut être prêtre et être marié.
Donc oui si deux deux personnes commettent un adultère et une seule des deux personne a fait un vœu de chasteté, une seule des deux personnes rompt le vœu.
Si un prêtre marié commet un adultère avec une religieuse, le prêtre trompe sa femme alors que la religieuse ne trompe aucun mari, la femme rompt son vœu alors que l’homme ne rompt aucun vœu. Le religieux qui commet un adultère avec une femme mariée rompt son vœu alors que la femme non, et la femme trompe son mari alors que le religieux ne trompe aucun mari. Toutes ces distinctions n’ont rien à voir avec le fait d’être homme ou femme. La chasteté est due à tout le monde, conformément à son état de vie, seuls ceux qui en font le vœu ajoutent en plus le fait de rompre le vœu s’ils agissent contrairement, le vœu est accessible égalitairement à toute personne, homme ou femme, et donc la capacité à rompre le vœu est accessible égalitairement à toute personne, homme ou femme. Il n’y a aucune différence.
Le sacerdoce est considéré comme sacrement un caractère, et donc indélébile (comme le baptême), aucun acte ne peut l’enlever, fut-il profondément scandaleux (et pas nécessairement sexuel). Si Adolf Hitler avait été prêtre, rien n’aurait annulé son sacerdoce, ce qui n‘empêcherait rien du scandale et au contraire ne ferait qu’ajouter au scandale. C’est rare mais il est possible de renoncer à son ministère de prêtre (ce qu’on appelle « réduction à l’état laïc » et vulgairement « défroquer »), ça n’annule pas le sacerdoce, mais le prêtre qui renonce au ministère renonce à toute exécution de ce ministère (il n’a plus le droit de prêcher, célébrer la messe, confesser, etc.), et il lui est permis de se marier. C’est en fait la seule possibilité pour un prêtre de se marier après avoir été ordonné. Si vous en croisez vous ne saurez jamais qu’ils ont été ordonné sauf si vous le disent : ils n’exercent aucun ministère et le faire serait une désobéissance grave. Ils restent prêtre cependant. En cas d’extrême nécessité les sacrements célébrés seront valides. Par exemple si un prêtre réduit à l’état laïque, marié ou non, se retrouve le seul prêtre survivant d’une guerre nucléaire, et qu’il célèbre la messe pour les autres, le sacrement sera valide, ce sera une vraie messe. Un scénario proche est développé dans le film (fiction) de 1954 « Le défroqué », où l’aumônier mourant d’un camp de prisonnier en 1945 sait qu’un autre prisonnier est en fait un prêtre réduit à l’état laïc et devenu profondément anticlérical, et l’aumônier mourant invite celui-lui donner le sacrement des malades. Le « défroqué » est alors alors partagé entre ses convictions désormais profondément contraires à celles de l’aumônier, et le fait qu’il sait qu’il est non seulement le seul en capacité de poser ce geste mais qu’il est aussi le seul à pouvoir lui refuser cet acte de charité.
Pour être quasiment exhaustifs, il existe d’autres conditions de vie, comme la virginité consacrée ou le veuvage consacré, ce qui suppose un vœu donc la questions de la rupture du vœu se pose, même si on dit pas que ce sont « des religieux » à leurs sujets mais « des consacrés ». Certaines de ces réalités se partagent entre instituts séculiers (majorité des vierges consacrées) et réguliers (comme l’exemple que je l’ai évoqué au début de cet exposé).
Célibat, sacerdoce et vœu (« être religieux ») sont des réalités différentes qui se cumulent souvent, mais tout aussi souvent de manières différentes.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
[^] # Re: Vatican II
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal [HS] 3 Gigas par semaine .... Évalué à 9.
C’est parce qu’un prêtre diocésain n’est pas un religieux. Ici il n’y a pas de différence de traitement entre l’homme et la femme, mais entre le sacerdoce et la vie religieuse. OK, dis comme ça c’est confus, je vais utiliser d’autres mots moins polysémiques.
Le prêtre diocésain (clergé séculier, j’explique ci-après) n’est pas un religieux et ne fait pas de vœux.
Un religieux ou une religieuse est une personne qui fait les trois vœux de chasteté, pauvreté et d’obéissance. Parce que cette définition de « religieux » est une définition d’initié, je vais parler de moine et de moniale à la place. Les moines et moniales sont quasiment tous religieux, et les religieux ont généralement tous une vie monastique ou comparable, le monastère étant l’environnement du religieux qui détermine son lieux de vie, son travail, sa communauté sociale, etc. Je ne m’étendrais pas sur la notion d’ermite qui est une personne isolée et donc sans communauté, mais tout ce que je vais dire d’autre est conservé, et un moine peut devenir ermite. Historiquement le cénobitisme (monastères) s’est développé à partir de l’érémitisme (ermites) tout simplement quand des hommes ont rejoint des ermites. Je ne m’attarderais pas sur le moine gyrovague qui est un moine errant
Ainsi le moine (homme) et la moniale (femme) sont des religieux qui font trois vœux, de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ils vivent donc ordinairement en communauté, en monastère, et sont soumis à une règle qui déterminent une bonne partie de leur vie. Cette règle est très importante puisque cela signifie qu’ont dit d’eux qui sont réguliers.
L’expression des vœux est parfois différente, les bénédictins faisant par exemple vœux de stabilité, d’obéissance et de conversion des mœurs, associé à la stabilité dans un monastère et à la vie monastique la « conversion des mœurs » implique la chasteté et l’obéissance. Certaines communautés ajoutent d’autre vœux (stabilité, hospitalité, humilité, charité...). Certaines communautés qui ont une vie quasiment équivalentes à la vie religieuse peuvent ne pas être canoniquement considérés comme religieux au sens propre du terme, mais là encore ça ne va rien changer pour la question de la chasteté, je pense par exemple à une congrégation de femmes qui font je crois un unique vœu de virginité, elles ne sont donc pas littéralement des religieuses (pas de vœu d’obéissance et de pauvreté), mais étant donné qu’elles ne sont pas mariées et que leur vie est incompatible avec le mariage le vœu de virginité est une mise en œuvre spécifique de la chasteté.
Bref, tout ça pour dire qu’un moine et une moniale sont entièrement logées à la même enseigne. Ils sont 100% égaux. Ils font tous les deux vœu de chasteté, en cas d’actes contraire au vœu, le vœu est rompu dans les deux cas, la rupture du vœu est aussi grave dans les deux cas. Il n’y a aucune distinction de sexe. Aucune. Si un moine a des relations sexuelles avec une moniale, le vœu est rompu pour les deux, c’est exactement pareil et aussi grave. Le vœu est un engagement solennel, longuement discerné, le vœu perpétuel est prononcé après plusieurs années de vie en communauté et de mise en œuvre de l’état de vie associé, et le vœu perpétuel est prononcé après un vœu temporaire, parfois renouvelé plusieurs fois avant le vœu perpétuel. Il n’est pas rare qu’une dizaine d’année se passe entre l’entrée en monastère et la profession des vœux perpétuels. La rupture du vœu est donc considérée comme une infidélité grave, et une infidélité à soi-même et à ses engagements.
Il est maintenant temps de remarquer que je n’ai pas parlé de prêtres et donc de sacerdoce. C’est parce qu’il n’y a pas d’identité entre le sacerdoce (le fait d’être prêtre) et la vie religieuse et monastique. Le sacerdoce est un ministère. Il y a des prêtres moines et des prêtres non-moines, des moines prêtres, et moines non-prêtres.
Le prêtre devient prêtre par son ordination, qui est un rite et un sacrement (comme le baptême, la confirmation, le mariage, l’eucharistie (communion), la confession, le sacrement des malades). Il reçoit une charge qu’on appelle ministère. Être moine n’est pas un sacrement. Si la vie conjugale (et donc le mariage) est incompatible avec la vie monastique, le sacerdoce n’est pas incompatible avec la vie monastique, il est donc possible d’ordonner prêtre des moines.
Les prêtres diocésains, qui ne sont pas moines, constitue ce qu’on appelle le clergé séculier (du mot « siècle », qui vive dans le siècle et donc dans le monde), et les prêtres moines, qui sont donc soumis à une règle, constitue ce qu’on appelle le clergé régulier.
Les prêtres diocésains ne sont donc pas des moines, ne sont pas soumis à une règle religieuse, et ne font pas de vœux de chasteté. La chasteté est demandée à tout chrétien, mais ce n’est pas un vœu. Un prêtre qui a une relation sexuelle avec une religieuse ne rompt pas un vœu, tout comme un mari qui trompe sa femme avec une religieuse ne rompt pas un vœu, tout comme un homme célibataire qui a une relation sexuelle avec une religieuse ne rompt pas un vœu. Toutes ces personnes commettent un adultère, mais une seule personne rompt un vœu : la religieuse.
Si un moine a une relation sexuelle avec une femme mariée qui trompe son mari ou une personne célibataire, il rompt son vœu tout comme la religieuse et c’est aussi grave.
Socialement le péché d’adultère du prêtre est considéré comme plus scandaleux que l’adultère d’un homme célibataire, parce que le prêtre est sensé être un modèle, c’est lui qui enseigne. De plus, en science morale, la responsabilité d’un acte est dépendante de la conscience de l’acte et donc de la connaissance de l’acte. On parle par exemple d’ignorance vincible (que l’on peut vaincre), et d’ignorance invincible (que l’on ne peut pas vaincre). Nul ne peut être tenu responsable d’un acte posé en ignorance invincible. Par contre on peut être tenu responsable non pas de l’acte mais de ne pas avoir vaincu son ignorance si celle-ci pouvait être vaincue (l’ignorance volontaire et entretenue ne peut excuser un acte permis par cette ignorance). L’acte posé en pleine connaissance est pleinement responsable. Le prêtre est formé, la formation d’un prêtre diocésain c’est ordinairement entre 7 à 8 ans. C’est comparable à un doctorat, les prêtres ont d’ailleurs l’occasion de passer des examens et de valider leur formation universitaire, parfois avec des diplômes reconnus par l’état (exemple : philosophie). Pour devenir prêtre le candidat au sacerdoce est aussi sélectionné, la réussite du parcours de formation n’est pas suffisante. Être prêtre n’est pas un diplôme, si un candidat au sacerdoce qui a complété sa formation est le meilleur élève de sa promotion il ne sera ordonné que si le clergé existant le veut. Si par exemple il y a un doute sérieux quant à sa capacité à conserver son célibat, s’il y est tenu, il ne sera pas ordonné. L’absence totale d’ignorance, le rôle d’enseignement, etc. font que l’adultère du prêtre est socialement considéré comme grave, et avec raison (notoriété publique de la pleine responsabilité de l’acte, accusation légitime d’hypocrisie...).
On peut aussi comparer avec l’adultère d’une personne mariée qui peut être socialement perçu comme plus scandaleux que celui de la personne célibataire, car s’ajoute l’infidélité à l’époux(se), l’éventuelle mise en danger de la stabilité du foyer familial et donc la mise en danger d’enfants et donc de personnes mineures, etc.
Mais dans les deux cas il n’y a pas de vœu et donc pas de rupture du vœu.
La personne mariée a un devoir de fidélité avec son époux(se), le prêtre fait promesse de chasteté, mais il n’y a pas de vœu.
Comme Tanguy l’a évoqué dans son commentaire, le chasteté n’est pas l’absence de relation sexuelle, mais la conformité de sa vie sexuelle avec son état de vie. Une personne célibataire qui a des relations extra-conjugales n’est donc pas chaste, mais une personne mariée qui est fondamentalement opposée à toute relation sexuelle avec son conjoint n’est pas chaste. La relation sexuelle n’est pas contrainte, elle est libre, mais il le mariage est incompatible avec la ferme volonté de ne jamais avoir de relation sexuelle avec le personne que l’on épouse. Ni la relation sexuelle ni l’abstinence ne doit être contrainte par une des deux parties. Le sacrement du mariage étant un échange de consentement. En fait si une des deux parties a la ferme volonté de ne jamais avoir de relation sexuelle avec l’autre partie, si l’enquête le détermine, le mariage est considéré comme nul. Il n’est pas rendu nul, pas « annulé » (abus de langage très utilisé mais inapproprié), il est considéré comme n’ayant jamais eu lieu, et si les deux parties se marient séparément avec chacun une autre personne ensuite, ils ne se remarient pas mais se marient pour la première fois. Dans un mariage, le sacrement est l’échange du consentement des époux, le prêtre n’est qu’un témoin du mariage, on dit qu’il « assiste au mariage », sa présence est requise parce la validité du mariage est soumise à une juridiction, tout comme dans le mariage civil (lui-même copié du mariage catholique) les époux échangent leur consentement devant le maire.
Si le prêtre est célibataire, une relation sexuelle va contre la chasteté, pas parce qu’il est prêtre, mais parce qu’il est célibataire.
Si le prêtre est marié, le refus de toute relation sexuelle va contre la chasteté, parce qu’il est prêtre.
Je viens d’écrire « si le prêtre es marié », parce qu’il n’y a pas d’identité entre le célibat et le sacerdoce. Il y a plusieurs degrés dans le sacerdoce : le diaconat (devenir diacre), le presbytérat (devenir prêtre), et l’épiscopat (devenir évêque), on parle de sacerdoce ministériel. On devient nécessairement diacre avant d’éventuellement devenir prêtre et d’éventuellement devenir évêque. Le Christ étant célibataire, le niveau le plus supérieur du sacerdoce a toujours et sera très probablement toujours célibataire, le célibat est une forme d’imitation et l’imitation dans le célibat a toujours été considéré comme non-négociable pour l’épiscopat (le fait d’être évêque). Le laïc ne prêche pas (il n’est ni diacre, ni prêtre, ni évêque, laïc ne veut pas dire athée, mais non-clerc) mais peut baptiser (sacrement du baptême), on parle de sacerdoce commun. Le diacre peut évidemment baptiser mais aussi prêcher et assister au sacrement du mariage (célébrer le mariage), le prêtre peut faire autant et célébrer les autres sacrements (célébrer la messe (eucharistie), sacrement des malades, réconciliation (confession)...), le prêtre peut éventuellement confirmer (sacrement de confirmation) s’il a mission explicite de l’évêque pour cela. En plus de tout cela l’évêque peut confirmer et peut seul ordonner (faire d’autres d’hommes des diacres, des prêtres ou des évêques).
Le diaconat est donc un sacerdoce. De très nombreux diacres sont mariés, y compris dans l’Église latine (en France, l’Église est ordinairement latine). Dans tous les cas, le mariage doit avoir lieux avant l’ordination : on peut ordonner des hommes mariés, mais des hommes ordonnés ne peuvent pas se marier. Il n’est fondamentalement pas impossible d’ordonner prêtre des hommes mariés. Le célibat des prêtres n’est qu’une mesure disciplinaire. De très nombreux prêtres sont mariés. Ils font généralement partie de traditions qui n’ont jamais mis en œuvre la discipline du célibat pour les prêtres, tout simplement. Ils peuvent être catholique.
Il existe par exemple des églises (généralement orientales) mais pourtant pleinement catholiques où l’ordination d’hommes mariés est toute à fait ordinaire, ce qui peut amener à des situations assez cocasses (visibles dans des pays comme le Liban et autre pays moyen-orientaux) où les candidats au sacerdoce peuvent se montrer plus entreprenant à l’approche de leur ordination car ils savent que s’ils veulent se marier ils doivent se marier avant d’être ordonnés... 🤭️ Le clergé membre de ces églises, bien que pleinement catholiques, peuvent très bien être marié dans des pays où la discipline du célibat de l’Église latine est majoritaire. J’ai par exemple moi-même assisté à une messe dans un séminaire diocésain (et donc latin) et donc où tous les candidats étaient soumis à la discipline du célibat le prêtre qui célébrait la messe avait sa femme dans l’assemblée, elle même portant leur enfant dans ses bras. C’est peu commun, mais tout à fait normal. C’était un prêtre d’une tradition particulière qui a toujours conservé la tradition d’ordonner prêtre des hommes mariés, mais dont l’église spécifique est officiellement rattachée à l’Église catholique. En février dernier la presse s’est fait l’écho d’une ordination d’un hommes marié et père de famille à Bruxelles1 2 3 4, ce qui est à la fois rare en Europe mais tout à fait catholique (l’Église chaldéenne est rattachée à l’Église catholique). Aussi, lorsque les prêtres mariés anglicans se convertissent au catholicisme, ils restent mariés et prêtre.
Bon, tout ça est un long commentaire pour bien établir la distinction entre le sacerdoce (être prêtre), faire un vœu (être religieux), et le célibat. Seul le clergé régulier (homme, moine et prêtre) est à la fois homme, célibataire, prêtre et soumis à un vœu. On peut être soumis à un vœu et femme (moniale), on peut être soumis à un vœu et ne pas être prêtre, on peut être prêtre et être marié.
Donc oui si deux deux personnes commettent un adultère et une seule des deux personne a fait un vœu de chasteté, une seule des deux personnes rompt le vœu.
Si un prêtre marié commet un adultère avec une religieuse, le prêtre trompe sa femme alors que la religieuse ne trompe aucun mari, la femme rompt son vœu alors que l’homme ne rompt aucun vœu. Le religieux qui commet un adultère avec une femme mariée rompt son vœu alors que la femme non, et la femme trompe son mari alors que le religieux ne trompe aucun mari. Toutes ces distinctions n’ont rien à voir avec le fait d’être homme ou femme. La chasteté est due à tout le monde, conformément à son état de vie, seuls ceux qui en font le vœu ajoutent en plus le fait de rompre le vœu s’ils agissent contrairement, le vœu est accessible égalitairement à toute personne, homme ou femme, et donc la capacité à rompre le vœu est accessible égalitairement à toute personne, homme ou femme. Il n’y a aucune différence.
Le sacerdoce est considéré comme sacrement un caractère, et donc indélébile (comme le baptême), aucun acte ne peut l’enlever, fut-il profondément scandaleux (et pas nécessairement sexuel). Si Adolf Hitler avait été prêtre, rien n’aurait annulé son sacerdoce, ce qui n‘empêcherait rien du scandale et au contraire ne ferait qu’ajouter au scandale. C’est rare mais il est possible de renoncer à son ministère de prêtre (ce qu’on appelle « réduction à l’état laïc » et vulgairement « défroquer »), ça n’annule pas le sacerdoce, mais le prêtre qui renonce au ministère renonce à toute exécution de ce ministère (il n’a plus le droit de prêcher, célébrer la messe, confesser, etc.), et il lui est permis de se marier. C’est en fait la seule possibilité pour un prêtre de se marier après avoir été ordonné. Si vous en croisez vous ne saurez jamais qu’ils ont été ordonné sauf si vous le disent : ils n’exercent aucun ministère et le faire serait une désobéissance grave. Ils restent prêtre cependant. En cas d’extrême nécessité les sacrements célébrés seront valides. Par exemple si un prêtre réduit à l’état laïque, marié ou non, se retrouve le seul prêtre survivant d’une guerre nucléaire, et qu’il célèbre la messe pour les autres, le sacrement sera valide, ce sera une vraie messe. Un scénario proche est développé dans le film (fiction) de 1954 « Le défroqué », où l’aumônier mourant d’un camp de prisonnier en 1945 sait qu’un autre prisonnier est en fait un prêtre réduit à l’état laïc et devenu profondément anticlérical, et l’aumônier mourant invite celui-lui donner le sacrement des malades. Le « défroqué » est alors alors partagé entre ses convictions désormais profondément contraires à celles de l’aumônier, et le fait qu’il sait qu’il est non seulement le seul en capacité de poser ce geste mais qu’il est aussi le seul à pouvoir lui refuser cet acte de charité.
Pour être quasiment exhaustifs, il existe d’autres conditions de vie, comme la virginité consacrée ou le veuvage consacré, ce qui suppose un vœu donc la questions de la rupture du vœu se pose, même si on dit pas que ce sont « des religieux » à leurs sujets mais « des consacrés ». Certaines de ces réalités se partagent entre instituts séculiers (majorité des vierges consacrées) et réguliers (comme l’exemple que je l’ai évoqué au début de cet exposé).
Célibat, sacerdoce et vœu (« être religieux ») sont des réalités différentes qui se cumulent souvent, mais tout aussi souvent de manières différentes.
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