Quelques petites précisions de la part d'un habitant de Melbourne qui travaille dans un institut de recherche médicale et qui a entendu parler de ce brevet bien trop souvent (un de mes anciens collègues a travaillé pour GeneType, la compagnie qui détenait le brevet, mais a démissioné il y a peu car il n'était pas trop content de leurs méthodes)... Et pour couronner le tout, GeneType a le culot d'avoir son siège financier dans mon pays natal (Suisse) pour des raisons financières (attirer les investisseurs).
Sauf erreur, le brevel dont ils parlent principalement est le n° 5'612'179. Vous pouvez le retrouver sur le site http://www.uspto.gov(...) mais bien entendu, il n'est pas écrit en anglais mais en langage d'avocat mêlé à du pseudo langage de biologiste. Je dis "pseudo" car ils ne se gènent pas de redéfinir certains mots, tels que "introns", pour augmenter l'emprise du brevet (intron a normalement un sens bien précis pour définir certaines parties à l'intérieur d'un gène qui ne sont pas transcrites; en gros, le mot est redéfini pour signifier "tout le junk DNA (ADN non-codant)").
Comme le dit la dépêche (mais pas assez clairement, à voir les commentaires), ce brevet ne couvre pas tout l'ADN non-codant en tant que tel, mais plutôt l'idée d'utiliser l'ADN non-codant pour faire des diagnostics, par exemple de prédisposition au cancer, etc. Ca n'en reste pas moins un brevet scandaleux, car basé sur une idée très vague et pas sur une invention précise, et englobant beaucoup beaucoup de choses, en particulier des futures méthodes de diagnostic que les "inventeurs" de GTG n'imaginent même pas.
J'ai toute la documentation sur mon bureau (y.c. coupure de presse, etc), si quelqu'un veut plus d'informations je peux détailler demain (il est 23h30 ici...)
Quelques remarques supplémentaires: d'après ce que j'ai compris, Malcolm Simons, le scientifique, n'est pas le plus méchant de l'histoire (il était à un séminaire dans mon institut il y a quelques semaines et il est en phase terminale de cancer, mais ça n'a rien à voir avec l'histoire). Mervyn Jacobson, le fondateur de la l'entreprise qui détient les patentes, par contre, semble être quelqu'un de moyennement recommandable. Voir les interviews sur les liens suivants, en particulier celle d'ABC (le premier).
Les brevets dans le monde bio-technologique ne sont, en moyenne, pas bien meilleurs que ceux sur les logiciels. Ce que je n'aime spécialement pas, c'est l'effet "défensif" qu'ils ont sur les chercheurs, qui se mettent à essayer de breveter des choses qui n'ont pas vraiment d'intérêt parce que tout le monde le fait et qu'il faut avoir des brevets sur son CV (même si ils sont nuls, on ne voit pas la différence, ce n'est pas comme pour un article qui est accepté dans tel ou tel journal suivant sa qualité) et pour avoir une chance de créer une startup dans le futur... Mais ce sont les mêmes chercheurs qui pesteront contre des brevets comme celui-ci ("on est obligé de faire comme les autres").
# Re: Une compagnie de biotechnologie brevète 98% du génome humain
Posté par Zorglub . En réponse à la dépêche Une compagnie de biotechnologie brevète 98% du génome humain. Évalué à 10.
Sauf erreur, le brevel dont ils parlent principalement est le n° 5'612'179. Vous pouvez le retrouver sur le site http://www.uspto.gov(...) mais bien entendu, il n'est pas écrit en anglais mais en langage d'avocat mêlé à du pseudo langage de biologiste. Je dis "pseudo" car ils ne se gènent pas de redéfinir certains mots, tels que "introns", pour augmenter l'emprise du brevet (intron a normalement un sens bien précis pour définir certaines parties à l'intérieur d'un gène qui ne sont pas transcrites; en gros, le mot est redéfini pour signifier "tout le junk DNA (ADN non-codant)").
Comme le dit la dépêche (mais pas assez clairement, à voir les commentaires), ce brevet ne couvre pas tout l'ADN non-codant en tant que tel, mais plutôt l'idée d'utiliser l'ADN non-codant pour faire des diagnostics, par exemple de prédisposition au cancer, etc. Ca n'en reste pas moins un brevet scandaleux, car basé sur une idée très vague et pas sur une invention précise, et englobant beaucoup beaucoup de choses, en particulier des futures méthodes de diagnostic que les "inventeurs" de GTG n'imaginent même pas.
J'ai toute la documentation sur mon bureau (y.c. coupure de presse, etc), si quelqu'un veut plus d'informations je peux détailler demain (il est 23h30 ici...)
Quelques remarques supplémentaires: d'après ce que j'ai compris, Malcolm Simons, le scientifique, n'est pas le plus méchant de l'histoire (il était à un séminaire dans mon institut il y a quelques semaines et il est en phase terminale de cancer, mais ça n'a rien à voir avec l'histoire). Mervyn Jacobson, le fondateur de la l'entreprise qui détient les patentes, par contre, semble être quelqu'un de moyennement recommandable. Voir les interviews sur les liens suivants, en particulier celle d'ABC (le premier).
http://www.abc.net.au/4corners/content/2003/20030811_patent/int_jac(...)
http://www.bio-itworld.com/archive/081303/horizons_aussie.html(...)
Les brevets dans le monde bio-technologique ne sont, en moyenne, pas bien meilleurs que ceux sur les logiciels. Ce que je n'aime spécialement pas, c'est l'effet "défensif" qu'ils ont sur les chercheurs, qui se mettent à essayer de breveter des choses qui n'ont pas vraiment d'intérêt parce que tout le monde le fait et qu'il faut avoir des brevets sur son CV (même si ils sont nuls, on ne voit pas la différence, ce n'est pas comme pour un article qui est accepté dans tel ou tel journal suivant sa qualité) et pour avoir une chance de créer une startup dans le futur... Mais ce sont les mêmes chercheurs qui pesteront contre des brevets comme celui-ci ("on est obligé de faire comme les autres").
Zorglub