• [^] # Re: Quel est l'intérêt réel des actualités ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Accès des enfants à l'information.. Évalué à 7.

    D'autant que la presse ce n'est pas que les dépêches AFP (bien que cela représente pas mal de contenus, en particulier pour les JT). Il y a aussi des dossiers plus ou moins complets sur une thématique, c'est important et intéressant.

    Oui mais attention, je ne pose pas la question du journalisme dans son ensemble mais bien du phénomène des actualités. Donc justement ce qui ressort des dépêches de l'AFP.

    Je ne remet pas en cause le travail de terrain de personnes cherchant à comprendre un phénomène, documentant leurs observations puis partageant le résultat de ces recherches au reste du monde, recherches pouvant être reprises par des vulgarisateurs (et parfois déformées mais restant tout de même hors du champs de ce qu'on appelle "actualités"). J'aime bien lire les papiers de certaines revues, des articles de fond justement. Un exemple presque sans actualités (ils ont un petit encart sur le sujet quand même) mais entièrement dans le travail de fond, et traitant pour autant de problématiques contemporaines : le Journal du Mauss. Je ne sais pas s'il plairait aux enfants, ça doit dépendre des enfants ! Je n'ai pas de souci avec ce genre de journalisme, mais ce n'est pas "les actualités".

    Dans tes exemples, je trouve intéressant de voir que justement c'est moins de l'actualité que du phénomène au long cours. Le réchauffement climatique, on en parle depuis un bail de temps. J'avais trouvé une coupure de journal de la fin du 19e siècle qui en parlait, c'est dire (même si ce n'était clairement pas mainstream à l'époque... mais l'article était drôle à lire). Il y a toute une littérature scientifique sur le sujet, des données, et sur tout ça un tas de vulgarisations en tout genre, bref une masse d'informations colossales, incluant les théories climato-sceptiques et tout ce qu'il faut pour les contredire. Cependant, est-ce que les actualités aident sur le sujet ? Il va y avoir un article sur la neige qui se fait attendre dans telle station, un reportage sur la canicule, un communiqué sur les cyclones dans telle partie du globe, le marronier du dernier rapport du GIEC (et on ne rentrera pas trop dans les détails de ce qu'il raconte ; en 5 minutes on a surtout le temps de sortir de quoi alimenter les memes) ; bref on attire notre attention sur des épiphénomènes propres à générer des émotions immédiates et rarement plaisantes. Est-ce que ce sont les actualités qui me permettent de comprendre et de m'intéresser au réchauffement climatique, ou ce qui n'est plus de l'actualité mais de la réflexion de fond ?

    Là, si je fais l'exercice d'ouvrir la page d'accueil d'un grand journal présentant ce qu'on met dans les actualités, je peux relier la plupart des articles à des phénomènes plus vastes... phénomènes que je peux découvrir et explorer sans avoir besoin de ces actualités (qui rentreront dans l'histoire, ou seront oubliées, d'ici quelques mois).

    C'est le point sur lequel je veux appuyer : faire face à l'aspect purement anxiogène de ce qui ressort des "actualités" me semble avoir peu de bénéfice par rapport à des démarches qui prennent le temps d'analyser, de faire des liens, de replacer un contexte, de définir, etc.

    Gamine, je m'étais abonnée à Science et Avenir (depuis la ligne éditoriale a changé, j'ai résilié quand la connaissance s'est faite rongée par l'approximation et justement trop d'actualités plus tape à l'œil que donnant de vraies informations). Un ami m'a tardivement fait découvrir La Hulotte (revue naturaliste, abordant l'air de rien diverses considération écologistes), j'aurais adoré ça aussi. Des revues de ce genre, adaptées aux enfants et à leurs appétits, leur donnant un regard sur le monde, il en existe, sans pour autant de nécessité à se prendre le bombardement des "actus".

    Si je reprends sur la guerre en Ukraine, actualité qui semble s'être refroidie (mes proches en parlent moins, il n'y a plus de drapeaux ukrainiens à tous les coins de rue) mais phénomène toujours actif, son traitement pour ce que j'en ai vu à distance est assez symptomatique. La guerre en question couvait depuis des années (ça, je le savais non pas en suivant les actus mais d'autres fils d'informations), elle se concrétise. Je vois plein de gens autour de moi s'affoler, des évènements de soutien au peuple ukrainien, bref même sans avoir les infos difficile de ne pas être informée, mais il me fallait quand même éviter de dire aux gens "pourquoi cette guerre plutôt que toutes les autres qui se déroulent dans le monde vous met soudain en panique ? Pourquoi mobiliser tant de moyens pour les ukrainiens quand on raccompagne à la frontière les syriens ? Pourquoi tant de haine envers les russes quand le problème vient de la classe politique (certes russes, mais pas que, parce qu'il a fallu que tout le monde y mette du sien, du moins tous les "grands" de ce monde) ?" Questions à ne surtout pas poser dans l'émotion du moment nourrie aux images de la guerre, aux anecdotes sur tel et tel épisode, poussant à une empathie survoltée ne tolérant pas grand chose. Mais toute guerre lasse, il y a un autre puissant qui a trouvé un peuple à martyriser, les caméras se tournent vers cet autre point du globe. L'Ukraine ? remisé au fond de la page d'accueil des actualités, il y a encore matières à quelques reportages, mais bon, il ne faut pas lasser, donc ce n'est plus à la une. Ce n'est pas dans les actualités qu'on va détailler les relations entre les divers dirigeants, l'historique des pays concernés, la montée des tensions. Ça, ce sera dans d'autres medias, d'autres sources.

    Et c'est bien ça que je reproche aux actualités. Focus sur l'émotion, sur "maintenant, là". On ne peux pas savoir tous les détails mais ce n'est pas grave, il faut partager de suite. Peut-être que plus tard on se rendra compte qu'on a relayé des fausses infos, servie une propagande ou une autre, que tout cela était plus complexe qu'il n'apparaissait au premier abord ; enfin, ou pas, les mea culpa ne passent pas souvent dans les actualités. Et puis on détourne le regard pour vite consommer une autre actualité, et en général un désastre, un truc moche.

    Et comment je pourrais m'intéresser à ce qui se passe dans un pays comme la Chine si je ne sais pas lire le chinois, que je ne connais aucun média local en parlant (sans parler de la problématique de la censure) ? Comment je peux savoir des choses sur ce qui se passe là bas si je n'y connais rien et que personne n'y relate rien ? Spontanément c'est difficile.

    Je suis d'accord avec toi que l'actualité peut être une source d'entrée pour s'intéresser à autre chose, mais c'est loin d'être la seule (et clairement pas celle que j'aime).

    J'ai des amis dans divers pays, ou expatriés de ces pays ; cela me pousse à me renseigner sur comment c'est chez eux. La Chine, pour reprendre ton exemple, a plus de sens depuis que je fréquente des gens ayant quitté la Chine et d'autres y allant de temps en temps. Discuter avec eux me donne des points d'entrées pour découvrir des morceaux de ce pays. Ma belle-fille s'est liée d'amitié avec une réfugiée afghane, ce qui m'a motivée à en apprendre un peu plus sur sa langue, ses traditions culinaires (je suis gourmande) et au passage un peu d'histoire de ce pays. En fait il y a plein de gens autour de moi qui connaissent "des choses" et qui sont ravis de pouvoir en parler ; et à partir de ce qu'ils m'ont raconté, je peux aller creuser plus loin si j'en ai envie. Qu'il s'agisse du cycle de reproduction des hyménoptères ou des statistiques des accidents routiers.

    J'aime lire aussi. Dernièrement je me suis fait le cycle d'Arthur Upfield sur son enquêteur dans le bush australien (le tout conseillé par un ami ; je me rends compte que j'ai une vie sociale :p ). Ce qui m'a motivé à creuser un peu plus l'Australie et la culture arborigène, et en plus j'ai réussi à trouver un excellent film de Rolf de Heer (le Traqueur, que je déconseille sans avoir creusé avant côté culturel parce que sinon on passe à côté de beaucoup d'éléments). De fil en aiguille, la lecture d'un simple roman policier s'est donc transformée en une exploration à distance d'un pays, et de membres de ce pays, qui ne font pas souvent la une de l'actualité.

    J'aime bien papoter avec mes amis belges des différences entre nos administrations et politiques ; il y a des choses où je suis contente d'être en France et d'autres où je les envie.

    Bref, oui, l'actualité permet de découvrir des trucs si on veut creuser, mais il y a aussi d'autres façons de découvrir ; recourir forcément aux actualités ne me semble pas obligatoire. En fait, travailler le lien humain (en direct ou à distance) me semble plus riche pour élargir mes horizons et aussi plus agréable, parce que même face aux trucs horribles, le fait d'être dans un échange rend moins impuissant. Prendre soin du deuil des gens que je connais, et qui eux ont perdu des gens dans la Bande de Gaza, ce n'est plus de l'actualité mais du concret. Même si ça reste triste.

    Par rapport au journal, je préfère me poser ce genre de question :
    - Comment éveiller la curiosité ?
    - Comment intéresser aux problématiques contemporaines afin de former des citoyens du monde, conscients des relations entre des actes semblants décorrélé ? "Ton nouveau jouet vient de l'esclavage des Ouïgours et participe au réchauffement climatique" c'est un peu violent, même si à terme ça arrivera à ce genre de prise de conscience...
    - Comment ne pas créer des déprimés et des névrosés mais favoriser une approche permettant de prendre soin de soi et du monde ?

    Et je ne demande pas de réponses, hein. Je pointe juste que "les actualités", pour moi, ne répondent pas à ça, ou mal et que je leur préfère d'autres approches.