• [^] # Re: Une information mise en scène

    Posté par . En réponse au journal Accès des enfants à l'information.. Évalué à 5.

    Pour être franc, je commence à douter que les réseaux sociaux soient les seuls à blâmer.

    Par exemple, certaines personnes que je connais sont à fond dans les théories du complot. C'est devenu à mon sens un vrai problème après la Covid. Je parle de personnes venant de divers horizons de la vie, certaines avec des diplômes universitaires.

    Ne cherchons pas plus loin, moi-même j'ai longtemps cru à certaines théories du complot. Il m'a fallu un méga-choc émotionnel il y a quelques années pour réaliser que j'avais peut-être tort sur certaines de mes croyances. Et même aujourd'hui, je n'exclue pas que certaines théories puissent être vraies, à condition qu'elles soient plausibles bien sûr. Par exemple, je n'exclus pas que les services français aient pu provoquer ou précipiter la chute de Kaddafi, mais pour l'instant je n'ai pas eu connaissance de preuves allant dans ce sens, donc je juge pas. Par contre la Covid+5G, la terre plate et le climato-scepticisme, non merci très peu pour moi.

    Cependant, même avant l'ère internet, lors de conversations classiques en face-à-face, beaucoup de gens de mon entourage personnel et professionnel avaient tendance à croire aux complots. Je ne parle pas des Ides de Mars ou de la Conspiration des poudres, du Rainbow Warrior ou encore des différentes blackops des services de renseignements des grandes puissances pour affaiblir des États ou changer leurs régimes. Là je parle de complots non attestés - mais qui peuvent s'avérer réels - et souvent difficiles à prouver, voire à croire tout court. Ces complots circulaient de bouche-à-oreille et avaient beaucoup de succès.

    Pourquoi ? J'ai une hypothèse (non vérifiée) là dessus : la complexité de la réalité est difficile à accepter pour l'être humain en général, nous avons besoins de certitudes, même si elles sont négatives, et nous avons besoin de classer les choses en bien et en mal. Or si on prend la géopolitique par exemple, on se retrouve très vite devant un phénomène intéressant, c'est jamais simple, il y a toujours un contexte historique remontant parfois à très loin dans le temps, des histoires de ressources à partager, des tensions entre dirigeants, des intérêts économiques et des doctrines politiques divergentes, etc. Le petit peuple se trouve souvent entraîné, parce que lui aussi est influencé par des paramètres sociaux, psychologiques et historiques complexes qui transcendent la raison et la moralité. C'est sûr que les guerres c'est pas beau à voir, surtout quand on les vit de l'intérieur, mais ça reste des phénomènes si j'ose dire naturels et surtout complexes. C'est quand-même plus simple de dire que les autres, tous les autres, c'est eux les méchants et que les gentils c'est nous (donc quelque part on a le droit de les tuer, violer, brûler et spolier comme on veut si on a le pouvoir de le faire), Idem pour le reste des interactions entre les peuples et leurs dirigeants ou les peuples entre eux, c'est plus simple de croire que nous ne sommes que des marionnettes aux mains de puissances de l'ombre. En plus ça justifie notre pessimisme et notre refus d'essayer de changer les choses : les Illuminati sont trop puissants, on n'arrivera jamais à les vaincre.

    Par ailleurs, nous avons également besoin de croire en quelque chose et les théories du complot ont un petit quelque-chose de mystique d'ordre quasi-religieux. C'est le combat du bien contre le mal, un Armageddon universel et perpétuel en quelque sorte ; et nous, nous sommes les héros malgré nous de cette épique bataille spirituelle.

    A mon sens, les réseaux sociaux exploitent cette faille dans l'esprit humain et ne font qu'amplifier une tendance déjà établie. C'est vrai que cette amplification pose un réel danger aujourd'hui, mais je ne jetterais pas la pierre à Facebook et TikTok en premier. L'affaire semble plus compliquée que ça. J'ai l'impression que c'est plus une question que la sociologie et la psychologie doivent résoudre, le plus vite possible SVP parce que ça urge.

    Nec spe, nec metu