Le BIOS est une invention un peu spéciale de l'IBM PC. Lors de la conception du PC, IBM voulait utiliser du matériel disponible «sur l'étagère» : les premiers PCs étaient un assemblage de composants existants. Problème pour IBM : comment empêcher la création de clones du PC ?
La solution : le BIOS. Un composant logiciel intégré sur la carte mère, dont dépendra l'ensemble de la pile logicielle du PC (MS-DOS et ses applications, pour simplifier), et qu'IBM ne diffusera pas aux concurrents. Simple et efficace, non ? Et puis tant qu'à faire, autant y embarquer un interpréteur BASIC pour que la machine serve à quelque chose même sans disquette de système...
Euh, ça me semble, comment dire... assez loin de la réalité.
Lors de la conception du PC, IBM n'avait pas envie de vendre beaucoup de machines. Ils préféraient de loin vendre des gros ordinateurs très chers, mais ils avait identifié tout de même une demande, et surtout, leurs concurrents commençaient à dire que peut-être IBM n'était tout simplement pas capable de concevoir un micro-ordinateur simple et peu cher.
Leur choix s'est donc dirigé vers des composants standards, non seulement pour le matériel, mais aussi pour le logiciel: au départ, c'est le système CP/M de Digital Research qui est envisagé. Ce système repose sur... un BIOS, un bout de code qui doit être fourni par le fabricant de la machine, et qui permet à tout le reste du système d'être indépendant du matériel. Ainsi, Digital Research livre le binaire de CP/M, et la spécification pour écrire le BIOS.
Cependant, la visite d'IBM chez Digital Research s'est mal passée (le patron n'était pas là, et la personne qui les a reçu a refusé de signer un NDA sans l'accord de son supérieur et n'a donc jamais pu savoir ce qu'ils voulaient). IBM s'est ensuite rendu chez Microsoft, et Bill Gates a bien joué son coup en vendant non seulement son BASIC (pour lequel Microsoft était connu à l'époque), mais en sous-entendant qu'il pourrait aussi très bien fournir CP/M ou un équivalent à un prix tout à fait acceptable. Microsoft s'est ensuite procuré QDOS (Quick and Dirty Operating System), un clone de CP/M en moins bien, et l'a modifié pour en faire MS-DOS. L'idée d'avoir un BIOS ne vient donc pas d'IBM, et ce n'était certainement pas dans le but de fermer la machine, c'était la pratique habituelle pour ce type de matériel.
Suite au choix de travailler avec Microsoft, le BIOS a pu intégrer plus de fonctions et se moderniser un peu par rapport à ce que proposait CP/M (oui oui, on partait de loin...). Cela dit, il était tout de même possible d'obtenir un PC avec CP/M, le BIOS restant compatible avec ce dernier au moins pour les premières générations de machines.
Ce n'est que plus tard que IBM a réalisé son "erreur" avec l'utilisation de composants standard et a essayé de reprendre la main sur l'architecture du PC. Ça a échoué, d'une part à cause des choix matériels complexes et coûteux, mais aussi suite au choix d'utiliser le processeur 286, qui était imparfait, ils se sont fait devancer par Compaq et lâcher par Microsoft sur le projet OS/2 (IBM a continué de s'enfoncer dans l'idée de le faire marcher sur 286 pendant que Microsoft est passé sur 386).
Bref, le but du BIOS n'était pas de fermer l'architecture du PC, au contraire, c'était la bonne chose à faire pour lancer un système standard: CP/M. Ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu, et ça a probablement changé beaucoup de chose pour la suite de l'histoire de la micro informatique, dont la montée en puissance de Microsoft et de Windows qui a un peu écrasé toute la concurrence.
# Apprximation
Posté par pulkomandy (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Petitboot sur ARM, le bon, le bad et le ugly. Évalué à 10.
Euh, ça me semble, comment dire... assez loin de la réalité.
Lors de la conception du PC, IBM n'avait pas envie de vendre beaucoup de machines. Ils préféraient de loin vendre des gros ordinateurs très chers, mais ils avait identifié tout de même une demande, et surtout, leurs concurrents commençaient à dire que peut-être IBM n'était tout simplement pas capable de concevoir un micro-ordinateur simple et peu cher.
Leur choix s'est donc dirigé vers des composants standards, non seulement pour le matériel, mais aussi pour le logiciel: au départ, c'est le système CP/M de Digital Research qui est envisagé. Ce système repose sur... un BIOS, un bout de code qui doit être fourni par le fabricant de la machine, et qui permet à tout le reste du système d'être indépendant du matériel. Ainsi, Digital Research livre le binaire de CP/M, et la spécification pour écrire le BIOS.
Cependant, la visite d'IBM chez Digital Research s'est mal passée (le patron n'était pas là, et la personne qui les a reçu a refusé de signer un NDA sans l'accord de son supérieur et n'a donc jamais pu savoir ce qu'ils voulaient). IBM s'est ensuite rendu chez Microsoft, et Bill Gates a bien joué son coup en vendant non seulement son BASIC (pour lequel Microsoft était connu à l'époque), mais en sous-entendant qu'il pourrait aussi très bien fournir CP/M ou un équivalent à un prix tout à fait acceptable. Microsoft s'est ensuite procuré QDOS (Quick and Dirty Operating System), un clone de CP/M en moins bien, et l'a modifié pour en faire MS-DOS. L'idée d'avoir un BIOS ne vient donc pas d'IBM, et ce n'était certainement pas dans le but de fermer la machine, c'était la pratique habituelle pour ce type de matériel.
Suite au choix de travailler avec Microsoft, le BIOS a pu intégrer plus de fonctions et se moderniser un peu par rapport à ce que proposait CP/M (oui oui, on partait de loin...). Cela dit, il était tout de même possible d'obtenir un PC avec CP/M, le BIOS restant compatible avec ce dernier au moins pour les premières générations de machines.
Ce n'est que plus tard que IBM a réalisé son "erreur" avec l'utilisation de composants standard et a essayé de reprendre la main sur l'architecture du PC. Ça a échoué, d'une part à cause des choix matériels complexes et coûteux, mais aussi suite au choix d'utiliser le processeur 286, qui était imparfait, ils se sont fait devancer par Compaq et lâcher par Microsoft sur le projet OS/2 (IBM a continué de s'enfoncer dans l'idée de le faire marcher sur 286 pendant que Microsoft est passé sur 386).
Bref, le but du BIOS n'était pas de fermer l'architecture du PC, au contraire, c'était la bonne chose à faire pour lancer un système standard: CP/M. Ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu, et ça a probablement changé beaucoup de chose pour la suite de l'histoire de la micro informatique, dont la montée en puissance de Microsoft et de Windows qui a un peu écrasé toute la concurrence.