• [^] # Re: Prédictions

    Posté par . En réponse au lien Dérèglement climatique: des scientifiques dénoncent une menace existentielle pour la vie sur Terre. Évalué à 8. Dernière modification le 27 octobre 2023 à 21:26.

    Le système démocratique, il permet Trump, il permet le populisme, il permet que les élus défendent des intérêts privés, il permet l'oppression des minorités, il permet les inégalités. Il permet qu'une majorité de cons décide pour les autres ...

    Je pense que cette idée que la démocratie est simplement "ce qui est décidé par la majorité" est un effet Dunning-Krueger.
    À l'école, on dit ça aux enfants parce que le concept réel est trop compliqué pour eux.
    Mais la démocratie, est un concept différent de, par exemple, l'ochlocratie, qui correspond mieux à ce que tu décris.

    Paul Ricœur définissait la démocratie comme:

    Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêts, et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression, l’analyse, la délibération et l’arbitrage de ces contradictions.

    Dans ce contexte, élire Trump n'est pas une action qui relève de la démocratie: le programme politique de Trump repose sur le fait que ceux qui ne sont pas d'accord avec lui sont ses ennemis et leur point de vue est jeté à la poubelle. Même chose pour le populisme et les intérêts privés: par définition, c'est une action qui considère qu'il n'y a pas de contradictions d'intérêts avec lesquelles il faut débattre, car il n'y a qu'un seul intérêt privé qui compte: le mien. Une politique qui permet l'oppression des minorités, ce n'est pas non plus une démocratie, car elle ne respecte pas une part de la société et ne reconnait pas les besoins et les intérêts de celle-ci.

    Et dans le reste de ton commentaire, tu mets en lumière des éléments qui ont été considérés il y a bien longtemps déjà par les philosophes et politologues. Par exemple, on ne peut pas simplement prendre des décisions qui vont à l'encontre des lois constitutionnelles. Les parlements ont aussi souvent des processus qui permet de protéger les minorités même quand la majorité n'est pas leur avis (par exemple, certaines minorités ont proportionnellement plus de représentants que si c'était une simple proportionnalité par rapport à la population). La démocratie représentative reconnait par construction que l'avis des experts est plus important que l'avis du premier venu. Cela implique une balance délicate entre le populisme et le lobbying, et, surprise, là aussi, il y a des lois fondamentales qui rendent illégales le trafic d'influence, les conflits d'intérêts, ou même qui renforcent les contre-pouvoirs.

    Rien de tout ceci est parfait, mais cela démontre bien que, dès le départ, personne n'a été assez naïf pour prétendre que la démocratie, c'est juste "ce que veut la majorité".

    Dans la définition de Ricœur, une société démocratique est une société qui débat, et où tout le monde a le droit à participer au débat mais où toute parole n'a pas forcément la même valeur. Au final, les décisions politiques sont choisies par un processus d'analyse, de délibération et d'arbitrage. C'est vrai que ça permet théoriquement de voir des avis peu élaborés être adoptés, mais en pratique, c'est très difficile de faire une analyse de la situation et de conclure que la théorie de Robert Machin du café du commerce est celle que l'ont va suivre et pas la théorie des experts qui est soutenue par des chiffres, des démonstrations et un consensus scientifique.

    C'est vrai qu'aujourd'hui, de plus en plus de gens pensent que la démocratie, c'est voter pour la décision qui nous profitera directement à nous sans se soucier si cette décision est juste ou pas. On peut argumenter que le mot "démocratie" a évolué. Mais dans ce cas, le concept "la démocratie c'est bien" doit évoluer également: quand tu as appris à l'école "la démocratie c'est bien", on parlait de quelque chose de différent. Du coup, si le mot "démocratie" ne correspond plus aux concepts qui font que c'est "bien", alors, il n'y a aucune raison de prétendre qu'il faudrait à tout prix maintenir ce concept qui n'a rien pour réellement défendre l'idée que c'est "bien".