Pas eu le temps de regarder mais j’avais regardé il y a longtemps, au siècle dernier disons le, un documentaire sur l’affaire des ampoules. C’est clairement un cas d’obsolescence programmé dont l’unique but était de conserver une rente, du moins de la maintenir au niveau où elle était, alors que l’avancée technologique menaçait de la réduire drastiquement. Et une limitation arbitraire et concertée sur la durée de vie d’une ampoule est toujours d’actualité me semble-t-il !
Imagine... Ferme les yeux et lis ce qui suit avec attention.
Imagine que tu vends des ampoules depuis dix ans, tu nourries ta famille grâce à cette activité lucrative, et tu participes à faire vivre la famille d’un artisan ébéniste, d’un négociant de gratte-dos en ivoire et plein d’autres commerçants, artistes et autres aventuriers interlopes, toi tout comme la poignée d’autres vendeurs d’ampoules à travers le vaste monde.
Un matin, à la fin du mois de mars, un des binoclards de ton bureau d’études frappe à la porte de ton bureau, c’est celui dont tu n’arrives jamais à retenir le nom, celui qui est déjà chauve malgré son physique de puceau et ses manières d’autiste que tu n’as jamais pu supporter. Il semble excité comme un gamin à Noël qui aurait absorbé trop de sucre.
Étant donné que déjà, faire la différence entre jovialité et anxiété n’est pas toujours chose aisée, la méfiance instinctive te pousse à montrer ton œil le plus noir à cet énergumène de subalterne, qui a l’outrecuidance de venir troubler ta lecture quotidienne de la presse économique. Sûrement pour une futilité inintelligible ou pour demander une augmentation de salaire penses-tu sans le moindre doute. Loin d’imaginer la terrible affliction qui s’apprête à te frapper ce jour là.
Ce petit génie d’ingénieur te parle, le souffle court et presque en trépignant, de température, d’intensité, de collaboration avec le laboratoire Luminex, et de quelques autres concepts savants, qui sont pour toi aussi familiers que vagues.
Mais d’un coup tu décryptes son jargon scientifique, tu réalises, tu blêmis : il a mis au point une ampoule plus fiable, plus solide et surtout, qui fonctionne mille fois plus longtemps, « au minimum patron » ose-t-il ajouter. Son ignorance de la science économique l’empêche de faire preuve du minimum de correction exigé lors d’évènements aussi tragiques. Mais toi, qui porte avec tant d’abnégation le fardeau de ce puissant don de voir le futur, tu es glacé d’effroi, mordu dans ta chair par le spectre de l’ignominieuse perte financière. Les conséquences d’une telle diablerie viennent se bousculer dans ton esprit. Le prestige diminué, l’ébène qui devient cerisier, les gratte-dos en ivoire qui s’évaporent. Le ruisseau qui menace d’être le théâtre des prochains accouchements de ta femme. Un aperçu l’enfer, voire d’une réalité bien pire encore !
Il ne te faut qu’une seconde pour retrouver ta lucidité de rapace menaçant. Tu intimes l’ordre formel et impérieux à l’oiseau de mauvais augure de garder sa découverte secrète sous peine de mort violente pour lui et sa famille. Ainsi que la destruction immédiate de tout le matériel lié à cette calamité. « Tout le matériel du laboratoire » te corriges-tu. Personne n’avait jamais vu ton regard aussi noir que cet ingénieur qui sort de ton bureau ce jour là. Avec ses yeux à lui levés vers le ciel ! Tu lui feras payer son insolence plus tard. Pour l’heure il te faut agir, et agir bien. Tu fais mentalement la liste de ces sacripants de concurrents sur le juteux marché de l’ampoule électrique tandis que tu enfiles ton pardessus et te diriges au pas de course en direction de l’échoppe du télé-graphiste. « Pourvu que René McMoney de chez Luminex ait les bons réflexes ! » penses-tu. Pourvu que tu arrives à t’entendre avec lui, ainsi qu’avec ces deux charognards, les dirigeants de Luximax Corp. et Edison Inc.... Il faut couvrir d’une chape de plomb cette découverte diabolique à tout prix ! Le stress réveille tes brûlures d’estomac au moment où tu hèles le cocher avec le cœur qui bat la chamade.
Et vous connaissez la suite, sinon allez voir le lien du journal sur le sujet !
Pour les bas en nylon ça ne s’est pas du tout passé comme ça, rapport au domaine industriel différent je suppose, mais je crois que le résultat est le même. Il aura fallu une certaine quantité de jus de cerveau pour obtenir un bas qui ne file pas trop vite, mais pas trop lentement non plus.
Il paraît qu’il y a des cas d’obsolescence programmée justifiée par une optimisation utile de la maintenance, mais je ne suis pas loin (deux doigts, pas plus) de penser qu’il s’agit d’une légende urbaine !
# Obsolescence programmée
Posté par Marotte ⛧ . En réponse au journal CPU Ex0215 Café bricole. Évalué à 1.
Pas eu le temps de regarder mais j’avais regardé il y a longtemps, au siècle dernier disons le, un documentaire sur l’affaire des ampoules. C’est clairement un cas d’obsolescence programmé dont l’unique but était de conserver une rente, du moins de la maintenir au niveau où elle était, alors que l’avancée technologique menaçait de la réduire drastiquement. Et une limitation arbitraire et concertée sur la durée de vie d’une ampoule est toujours d’actualité me semble-t-il !
Imagine... Ferme les yeux et lis ce qui suit avec attention.
Imagine que tu vends des ampoules depuis dix ans, tu nourries ta famille grâce à cette activité lucrative, et tu participes à faire vivre la famille d’un artisan ébéniste, d’un négociant de gratte-dos en ivoire et plein d’autres commerçants, artistes et autres aventuriers interlopes, toi tout comme la poignée d’autres vendeurs d’ampoules à travers le vaste monde.
Un matin, à la fin du mois de mars, un des binoclards de ton bureau d’études frappe à la porte de ton bureau, c’est celui dont tu n’arrives jamais à retenir le nom, celui qui est déjà chauve malgré son physique de puceau et ses manières d’autiste que tu n’as jamais pu supporter. Il semble excité comme un gamin à Noël qui aurait absorbé trop de sucre.
Étant donné que déjà, faire la différence entre jovialité et anxiété n’est pas toujours chose aisée, la méfiance instinctive te pousse à montrer ton œil le plus noir à cet énergumène de subalterne, qui a l’outrecuidance de venir troubler ta lecture quotidienne de la presse économique. Sûrement pour une futilité inintelligible ou pour demander une augmentation de salaire penses-tu sans le moindre doute. Loin d’imaginer la terrible affliction qui s’apprête à te frapper ce jour là.
Ce petit génie d’ingénieur te parle, le souffle court et presque en trépignant, de température, d’intensité, de collaboration avec le laboratoire Luminex, et de quelques autres concepts savants, qui sont pour toi aussi familiers que vagues.
Mais d’un coup tu décryptes son jargon scientifique, tu réalises, tu blêmis : il a mis au point une ampoule plus fiable, plus solide et surtout, qui fonctionne mille fois plus longtemps, « au minimum patron » ose-t-il ajouter. Son ignorance de la science économique l’empêche de faire preuve du minimum de correction exigé lors d’évènements aussi tragiques. Mais toi, qui porte avec tant d’abnégation le fardeau de ce puissant don de voir le futur, tu es glacé d’effroi, mordu dans ta chair par le spectre de l’ignominieuse perte financière. Les conséquences d’une telle diablerie viennent se bousculer dans ton esprit. Le prestige diminué, l’ébène qui devient cerisier, les gratte-dos en ivoire qui s’évaporent. Le ruisseau qui menace d’être le théâtre des prochains accouchements de ta femme. Un aperçu l’enfer, voire d’une réalité bien pire encore !
Il ne te faut qu’une seconde pour retrouver ta lucidité de rapace menaçant. Tu intimes l’ordre formel et impérieux à l’oiseau de mauvais augure de garder sa découverte secrète sous peine de mort violente pour lui et sa famille. Ainsi que la destruction immédiate de tout le matériel lié à cette calamité. « Tout le matériel du laboratoire » te corriges-tu. Personne n’avait jamais vu ton regard aussi noir que cet ingénieur qui sort de ton bureau ce jour là. Avec ses yeux à lui levés vers le ciel ! Tu lui feras payer son insolence plus tard. Pour l’heure il te faut agir, et agir bien. Tu fais mentalement la liste de ces sacripants de concurrents sur le juteux marché de l’ampoule électrique tandis que tu enfiles ton pardessus et te diriges au pas de course en direction de l’échoppe du télé-graphiste. « Pourvu que René McMoney de chez Luminex ait les bons réflexes ! » penses-tu. Pourvu que tu arrives à t’entendre avec lui, ainsi qu’avec ces deux charognards, les dirigeants de Luximax Corp. et Edison Inc.... Il faut couvrir d’une chape de plomb cette découverte diabolique à tout prix ! Le stress réveille tes brûlures d’estomac au moment où tu hèles le cocher avec le cœur qui bat la chamade.
Et vous connaissez la suite, sinon allez voir le lien du journal sur le sujet !
Pour les bas en nylon ça ne s’est pas du tout passé comme ça, rapport au domaine industriel différent je suppose, mais je crois que le résultat est le même. Il aura fallu une certaine quantité de jus de cerveau pour obtenir un bas qui ne file pas trop vite, mais pas trop lentement non plus.
Il paraît qu’il y a des cas d’obsolescence programmée justifiée par une optimisation utile de la maintenance, mais je ne suis pas loin (deux doigts, pas plus) de penser qu’il s’agit d’une légende urbaine !