• [^] # Re: Santé et discrimination : balec ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains recommande de dépénaliser la consommation de drogue. Évalué à 5.

    y a-t-il des raisons sérieuses d'anticiper que les autres substances stupéfiantes seraient moins nocives ?

    Quand on voit les dégâts entre le tabac et l'alcool et le cannabis, je ne trouve pas de sources qui prouvent que le cannabis soient pire que ces substances. Selon pas mal de critères cela semble même mieux. L'alcool et le tabac font des dégâts quand même considérables, sans dire pour autant que le cannabis soit sans effets, mais ça aide à la mise en perspective.

    et conduiraient à des bilans moins désastreux ?

    La question est de voir ce que produit la situation actuelle et ce qui produirait une société où cette consommation serait légale mais contrôlée. Je ne parle personnellement pas du cas où on libéralise leur usage plus ou moins comme l'alcool aujourd'hui.

    Aujourd'hui le bilan sur ces drogues illicites est assez mauvais. Une proportion significative de la population a testé le cannabis, et une portion non négligeable est consommateur régulier. Donc l'interdiction n'empêche pas son usage. La prohibition de l'alcool aux USA en est un autre exemple qui a échoué.

    Lutter contre ces trafics mobilise beaucoup les forces de l'ordre ou les services judiciaires, le caractère illicite rend ces trafics une source d'insécurité car ces réseaux ont des moyens pour corrompre ou mener à des violences diverses afin de collecter leurs gains. Il y a sans doute mieux à faire que de continuer sur cette voie où manifestement l'état ne parvient pas à enrayer le phénomène malgré une lutte intense et renouvelée depuis au moins 20 ans en France.

    Il n'y a de fait aucune prévention majeure possible car c'est illégal. Les médecins sont probablement sous formés sur ces questions, les patients ne révèlent pas qu'ils en consomment pas peur d'être dénoncés (et parce que c'est très mal vu) ce qui nuit à leur prise en charge. Comme leur consommation n'est pas régulée car tant qu'ils ont l'argent le dealer en fourni, aucune possibilité de limiter le risque de surdosage contrairement à ce qui existe par exemple en pharmacie pour les médicaments même si c'est imparfait. Pas facile de promouvoir lors de l'achat d'un produit des recommandations, des numéros d'aides ou un soutien médical pour s'engager vers l'arrêt de consommation comme cela existe pour le tabac par exemple.

    Et l'argent de ce trafic illégal alimente des réseaux alors qu'il pourrait alimenter justement des fonds qui permettraient en partie cette prévention actuellement inexistante. Ce qui diminuerait probablement la taille et la puissance de ces réseaux et l'insécurité qui les accompagnent. Et on aurait des moyens de limiter sans doute de nombreux dégâts qui sont aujourd'hui invisibles car non mesurés et sans mesures larges pour lutter contre le mal à la racine.

    Le tabac et l'alcool génèrent des centaines de milliards d'euros de dégâts à la société dans son ensemble car ils sont largement disponibles, encouragés même socialement (le tabac a mauvaise presse depuis sans doute 20-30 ans seulement et encore, avant c'était vraiment cool de fumer, ce qui a pourri des générations), l'alcool est toujours vu comme cool et sa vente est relativement peu réglementée. L'idée serait de ne pas reproduire ces erreurs avec le cannabis et les autres drogues illicites. La vente serait bien mieux contrôlée d'entrée de jeux pour éviter ces phénomènes, les campagnes de prévention seraient larges dès le début pour éviter aussi d'ancrer cette consommation comme positive. Avec sans doute des mesures pour éviter de fournir de trop grandes doses d'un coup, ou à des mineurs, etc. Mes grands parents ont quand même vécu dans une société où tu avais du vin à table à l'école, la grand mère qui sortait avec de la bière de la maternité pour favoriser l'allaitement, consommer de l'alcool pendant la grossesse ou en dessous de 16 ans étaient bien plus acceptables qu'aujourd'hui, etc. Pour fumer c'est pareil, tu pouvais fumer partout, fumer près d'une femme enceinte ou d'un enfant était également plus acceptable, la publicité du tabac battait son plein notamment dans le milieu sportif, les stars et la plupart des films faisaient promotion du tabac "cool" (quand on voit les vieux films c'est assez flagrant). Les taxes ont également augmenté. Avec le temps les mesures sont heureusement apparues et non seulement l'image change peu à peu mais la consommation des deux baissent en France et en Europe de l'Ouest. Cela semble donc fonctionner même si la baisse est trop lente, la faute sans doute partiellement aux habitudes et messages associés qui mettront du temps à disparaître (pensons au verre de vin bon pour la santé, on l'a probablement tous entendu et c'est une bonne blague) et au fait que globalement leur commerce reste quand même assez ouvert encore. Mais cela montre qu'il est possible de baisser la consommation et changer l'image peu à peu en prenant les bonnes mesures. Et c'est ce qu'il faudrait faire pour ces drogues justement.