• [^] # Re: Biais

    Posté par . En réponse au lien Why investing in new nuclear plants is bad for the climate. Évalué à 7.

    Je ne me prononce pas encore sur l'article en lui-même, mais je trouve tes arguments pour prétendre que l'article est biaisé assez faibles.

    Les adjectifs que tu cites sont courant dans les articles scientifiques (et présents dans les rapports du GIEC). Même si on reprend le contexte, non, le fait d'utiliser des adjectifs "vagues" n'est pas du tout interdit en science, et là où ils apparaissent ces adjectifs sont plutôt corrects et justifiés (par exemple, les deux "relatively" du texte ne signifient pas "plus ou moins", mais "relativement au groupe dont on parle", et ne sont en réalité pas "vagues").

    Je ne suis pas sur de comprendre comment les auteurs ont eu devant eux une série de chiffres et ont choisi celui qui les arrangent. Les exemples que tu donnes ne parlent pas vraiment de cherry-picking, mais plutôt de ne pas mentionner d'autres choses. La question serait plutôt "pourquoi n'est-ce pas mentionné".
    Je pense que la position des auteurs (des économistes) est que vu que le renouvelables est si bon marché, à moins d'établir une dictature, on va de toutes façons avoir du renouvelable, avoir un mix, avoir du demand-response et un réseau flexible qui devra être renouvelé (une position qui est pratiquement considérée comme une évidence à l'heure actuelle, et qui correspond aussi à ce que le GIEC défend). Ce sont des économistes, ils prédisent le marché dans les très très grandes lignes, et à l'heure actuelle, c'est vraiment délirant de penser que la grosse tendance amorcée va magiquement disparaitre du jour au lendemain sans raison (la majorité des acteurs ont déjà investit pour aller dans cette direction). Du coup, certains éléments que tu soulignes n'ont pas vraiment de sens (investir dans le nucléaire n'implique pas qu'on va économiser sur les coûts du réseau: même si on investit dans le nucléaire, il faudra quand même payer pour la flexibilité et le stockage).

    Je pense aussi que les auteurs ont mentionné que le tout renouvelable est plus cher que le tout nucléaire, ce qui ne va pas dans leur sens, et n'ont pas mentionné que d'après RTE, les pathways les moins chers que leurs études proposent ont des investissement minimal dans le nucléaire. Du coup, je ne pense pas qu'ils cherry-pickent vraiment.

    Pour les défaillances des réacteurs français, je ne crois pas que leur argument est "regardez cet ensemble de réacteurs en particuliers, on en conclut que tout les réacteurs sont nuls", mais plutôt "un argument est qu'une dominance du nucléaire est indispensable parce qu'on veut construire un réseau électrique où la baseload est essentielle (et si le nucléaire est à ce point indispensable, alors, il est un bon investissement). Or on a des exemples où le nucléaire ne garantit pas la baseload. Donc, mettre en place un système de réseau qui marche sur le principe d'une baseload essentielle est plus risqué qu'un système qui fonctionne sans avoir besoin d'une baseload garantie. Mais dans le second cas, on perd l'argument qui implique que le nucléaire est indispensable et est donc un bon investissement". Il s'agit plutôt d'un contre-exemple qui réfute le raisonnement qui implique que le nucléaire est forcément un acteur majeur et donc un bon investissement. Un contre-exemple n'est pas du cherry-picking, c'est quelque chose pour donner une impression plus nuancée, moins tout-noir-tout-blanc. Notons que cela ne veut pas dire que le nucléaire n'a pas sa place et ses avantages, mais cela veut dire que les éléments que tu cites toi-même comme désavantage du renouvelable (stockage, rénovation du réseau, ...) ne sont plus vraiment des désavantage du renouvelable à opposé au nucléaire, mais des éléments qu'on a intérêt à mettre en place peu importe les types de génération.

    Pour les déchets nucléaires, je pense que ce qu'ils disent n'est pas "les déchets sont un problème", mais "notre analyse se concentre sur le fait qu'un investisseur en 'bon père de famille' ne choisirait pas le nucléaire, et on a expliqué les grandes raisons basée sur l'économie de marché (les "market costs"). En plus de cela, on n'a même pas ajouté d'autres raisons (les "non-market costs") qui ont aussi un impact sur un investissement dans le nucléaire". La mention des déchets ne parle pas de la problèmatique des déchets en elle-même, mais de son impact sur la prise de risque en cas d'investissement: personne ne veut investir dans un projet qui implique un tel casse-tête. Les minerais également: il ne s'agit pas de dire "le nucléaire est nul parce que les minerais sont polluant et miné dans de mauvaises conditions", mais de nouveau, c'est simplement un élément qui n'est pas ce qu'on attend d'un bon investissement. Que le renouvelables fassent tout aussi mal sur ce sujet n'est pas vraiment leur propos: ils ne disent pas que le renouvelable est super, ils disent que le renouvelable est un investissement raisonnable, ce qui reste vrai même si l'investissement a quelques points noirs. Et même chose sur l'armement: l'argument n'est pas qu'on puisse éventuellement mettre en place un nucléaire civil décorrélé de la question de l'armement, l'argument est qu'un investisseur intelligent ne peut pas simplement ignorer les implications de cette question (même si elle n'est pas en soi à propos des "market costs").

    Cette opposition systématique nucléaire vs renouvelables profite aux énergies fossiles.

    Je ne pense pas qu'il y ait de débat "nucléaire vs renouvelables" entre scientifiques. Par exemple, l'idée qu'il faut plus de sources renouvelables et plus de flexibilité et stockage sur le réseau semble être un point de départ évident pour les scientifiques. Je pense que ces économistes ont vu des politiciens prendre une décision et se sont dit "wow, pourquoi ils ont fait ça, si on fait nos calculs, on comprend pas vraiment pourquoi ils choisissent cette voie". De nouveau, cela ne veut pas dire que ces économistes prétendent qu'il ne faut jamais investir dans le nucléaire. Mais ils réagissent ici à un discours qui dit qu'il faut se concentrer sur le nucléaire. Je ne pense pas que leur but est de taper sur le nucléaire, mais simplement souligner qu'ils ne comprennent pas ce choix.

    Après, la politique tient en compte des éléments que l'économie ne couvre pas. Par exemple, du point de vue de l'opinion, investir massivement dans le nucléaire français semble bien plus impressionnant que promouvoir un changement de modèle de consommation, et plus confortable sur le court-terme.