• [^] # Re: Année de naissance de Jésus-Christ

    Posté par . En réponse à la dépêche Où il est question de conservation. Évalué à 6.

    Quelques remarques :
    - Comme plusieurs commentateurs l'ont rappelé, l'existence réelle d'un individu nommé "Jésus" (et l'existence de sa famille) est attestée par des textes rédigés par des auteurs non-chrétiens (comme Flavius Josèphe), ce qui accrédite l'idée que tout n'est pas inventé ... Certes, l'existence matérielle de quelqu'un est très souvent reliée, pour les périodes lointaines, à des mentions littéraires et parfois lapidaires. Si on prend l'exemple de Socrate, qui n'a rien écrit, on serait en mal d'en prouver l'existence réelle par l'archéologie, s'il n'y avait pas le témoignage écrit de ses contemporains (comme Platon et Xénophon, pour citer les principaux, ou Aristophane, l'auteur des comédies). C'est la même chose pour Jésus. Par exemple, Paul de Tarse (celui qui deviendra "saint Paul", l'auteur de plusieurs lettres aux communautés paléo-chrétiennes), qui a rédigé ses textes autour de 50 après J.C., était un juif de bonne famille venu du sud de la Turquie actuelle, est allé étudier à Jérusalem pour devenir rabbin. Il a même participé (passivement) à la lapidation d’Étienne (le premier martyr chrétien), gardant les manteaux de ceux qui jetaient des pierres sur Étienne. Certes, Paul de Tarse n'a pas connu Jésus, mais il était en relation avec des compagnons de Jésus plus âgés, comme Pierre et Jacques, qui comme Paul, sont allés évangéliser.
    - Les questions historiques relevant de l'Antiquité nécessitent des témoignages croisés : témoignages littéraires, paléographie, archéologie, mais ce n'est pas toujours possible, pour des raisons variées (l'incendie des archives en forme un exemple). Concernant Jésus, la recherche historique et archéologique, et paléographique (cf. les manuscrits attribués aux Esséniens, les [manuscrits de la Mer Morte]) est assez intense depuis longtemps. Comme il a été dit, on ne sait pas exactement qui est Jésus, même si son nom (comme celui de Joseph et de Marie) est un nom courant à son époque (cf. cette page sur le tombeau de Talpiot).
    - Comme la discussion sur l'existence réelle de Jésus vient à propos de la tradition du comput calendaire grégorien (qui a remplacé le calendrier julien), il n'y a pas beaucoup de sens à remettre en question l'existence réelle de Jésus à ce propos, puisque croyants ou pas, la plupart des Occidentaux, du moins institutionnellement, se fondent sur la date supposée de la naissance de Jésus pour établir les dates. Certes, on a le droit de remettre en question l'orientation "occidentalo-centrée" du calendrier commun aux institutions internationales. Les Juifs et les Musulmans utilisent d'autres références, mais personne n'aurait à l'idée de contester le calendrier des Musulmans ou des Juifs (ou des Hindous) avec l'argument selon lequel la date originelle est fondée sur des supputations. On peut prendre l'exemple des Romains : comme vous le savez, les Romains ont développé une histoire très précise de leur république, jusqu'à indiquer quand, comment, où, de quelle manière Rome a été fondée (le 21 avril 753 [av. J.C.] !). Tout le monde sait que la date de fondation de Rome est pure invention imaginaire. Mais ce n'est pas une raison pour se gausser des professeurs de latin, voire de les mépriser pour être des individus "romano-centrés" !
    - Si, pour revenir à la dépêche d'Ysabeau, les Akkadiens ont usé de l'écriture cunéiforme principalement pour compiler des transactions commerciales (la plupart des tablettes relèvent de la comptabilité), le code d'Hammurabi parle d'un personnage dont on ne sait rien si ce n'est qu'il a existé dans une fourchette historique à peu près fiable. Ce qui est remarquable, c'est que les vestiges archéologiques "en dur" (argile et pierre principalement) peuvent donner des sources fiables au travers des écritures qu'elles portent et dans la mesure où elles sont en grand nombre (comme les inscriptions grecques à Athènes, qui permettent de croiser des informations sur la succession des régimes politiques); pour le reste, comme par exemple décrypter les modes de vie de l'homme de Néanderthal ou de Cro-Magnon à partir de la fouille d'un campement, c'est très certainement faire preuve d'une grande imagination. Ce qui nous renvoie, encore, à l'importance de l'écriture et de sa conservation. Que l'écriture soit une invention récente, qu'elle soit passée par des supports assez divers et qu'elle fasse l'objet aujourd'hui d'un sérieux souci de conservation, voilà qui est extraordinaire !
    Merci Ysabeau pour ce travail !