« Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y a que du beau monde sur la photo. »
En voyant une image comme celle-là, ne peut-on se demander s'il s'agit là d'humains presque tous exceptionnels, ou de gens certes très intelligents, s'étant intéressés à des sujets importants pour l'avenir à une époque charnière du domaine en question ? Pour être bien clair la question peut se décliner sur d'autres thématiques : les vedettes sportives actuelles sont-elles dramatiquement meilleures que leurs prédécesseurs qui rassemblaient beaucoup moins les foules ? Ne sont-ils pas plutôt d'excellents spécialistes opportunément arrivés à une bonne conjonction de circonstances ?
Pourquoi cette question, quelle importance ? Parce qu'en fonction de la réponse que l'on y donnera, on développera une vision plus ou moins héroïque de l'humanité et du progrès. D'un côté les scientifiques anachorètes dans leur tour d'ivoire et les chefs providentiels guidant les destinés des peuples ; de l'autre une interprétation plus collective lisant les progrès comme plus continus et largement inscrits dans les péripéties sociales.
À force de côtoyer des enseignants désespérés de leur métier, l'impression s'impose qu'en France la balance penche du côté de la première interprétation et que la société, au moins dans ses structures de pouvoirs, incline indubitablement du côté jupitérien. Ce n'est pas le rapport Gillet qui me démentira ; lui qui, sous couvert d'étudier les institutions de recherche française, se fait l'apologète d'une vision manichéenne de la recherche, et l'apôtre d'une organisation monarchique de la recherche. D'où cette petite réaction quasi épidermique : certes ce sont des génies dont les idées ont marqué l'histoire des sciences. Mais l'un ou l'autre aurait-il fait défaut, d'autres auraient résolu les mêmes problèmes. Croire collectivement le contraire conduit à une société aristocratique qui minimise le pouvoir d'action de l'essentiel des individus au profit d'une minorité, et partant utilise au minimum les capacités intellectuelles de l'essentiel de la population. Je n'apprécie guère les narratifs épiques de l'histoire des sciences pour cette raison.
[^] # Re: Number 4
Posté par ǝpɐןƃu∀ nǝıɥʇʇɐW-ǝɹɹǝıԀ (site web personnel) . En réponse au journal Les Piccard. Évalué à 3.
En voyant une image comme celle-là, ne peut-on se demander s'il s'agit là d'humains presque tous exceptionnels, ou de gens certes très intelligents, s'étant intéressés à des sujets importants pour l'avenir à une époque charnière du domaine en question ? Pour être bien clair la question peut se décliner sur d'autres thématiques : les vedettes sportives actuelles sont-elles dramatiquement meilleures que leurs prédécesseurs qui rassemblaient beaucoup moins les foules ? Ne sont-ils pas plutôt d'excellents spécialistes opportunément arrivés à une bonne conjonction de circonstances ?
Pourquoi cette question, quelle importance ? Parce qu'en fonction de la réponse que l'on y donnera, on développera une vision plus ou moins héroïque de l'humanité et du progrès. D'un côté les scientifiques anachorètes dans leur tour d'ivoire et les chefs providentiels guidant les destinés des peuples ; de l'autre une interprétation plus collective lisant les progrès comme plus continus et largement inscrits dans les péripéties sociales.
À force de côtoyer des enseignants désespérés de leur métier, l'impression s'impose qu'en France la balance penche du côté de la première interprétation et que la société, au moins dans ses structures de pouvoirs, incline indubitablement du côté jupitérien. Ce n'est pas le rapport Gillet qui me démentira ; lui qui, sous couvert d'étudier les institutions de recherche française, se fait l'apologète d'une vision manichéenne de la recherche, et l'apôtre d'une organisation monarchique de la recherche. D'où cette petite réaction quasi épidermique : certes ce sont des génies dont les idées ont marqué l'histoire des sciences. Mais l'un ou l'autre aurait-il fait défaut, d'autres auraient résolu les mêmes problèmes. Croire collectivement le contraire conduit à une société aristocratique qui minimise le pouvoir d'action de l'essentiel des individus au profit d'une minorité, et partant utilise au minimum les capacités intellectuelles de l'essentiel de la population. Je n'apprécie guère les narratifs épiques de l'histoire des sciences pour cette raison.
« IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace