Ca veut dire quoi "décroissance" ? Comment le fait-on ?
Je vais nombrilistement adopter le point de vue fr_FR, désolé pour les autres francophones qui passent ici, il faudra adapter les chiffres ;)
A. La décroissance sur l'objectif climatique
En France, on émet environ 10 tonnes d'équivalent CO2 par habitant par an. Pour respecter l'objectif des +2°C en 2100 (Accords de Paris), et restant sur la trajectoire d'évolution démographique planétaire actuelle, cela veut dire qu'il faut atteindre un niveau d'émission de 2 tCO2eq/habitant/an dans un temps raisonnablement court. En général on utilise la date un peu symbolique de 2050, il faut donc que dans les 27 ans qui nous restent, le français moyen ait divisé par 5 ses émissions de GES.
En supposant qu'on répartisse l'effort de façon uniforme entre tous les secteurs, ça veut dire :
5x moins d'émissions dans les transports. 5x moins de km parcourus en voiture, car, bus, avion, bateau. 5x moins aussi de bibelots, qui ont besoin de bateaux et de camions pour venir jusque chez nous.
5x moins d'émissions dans le bâtiment. 5x moins de m2 supplémentaires construits. Ça veut dire qu'on va devoir progressivement entasser plus de personnes dans les logements existants, entasser plus d'employés dans les bureaux existants.
5x moins d'émissions dans l'agriculture. Les trucs les plus émetteurs sont la viande, notamment gros animaux (bovins, ovins...) et les produits issus d'animaux (laitages, œufs...). Il faut manger 5x moins de tout ça. Ça veut dire en gros devenir quasi-végétarien.
5x moins d'émissions dans l'industrie. Ça veut dire en gros produire 5x moins de trucs. Et donc en consommer 5x moins. 5x moins de vêtements, 5x moins d'appareils électroménagers, 5x moins de machines pour mouler sur linuxfr.
Rien sur l'électricité, qui en France est essentiellement décarbonnée.
(Notons que dans tout ça je n'ai pas rajouté les contraintes liées à la variation du climat. On peut se dire qu'on va diviser par 5 la production de maïs, par exemple, mais si derrière on se prend une division par 2 des rendements à cause d'un climat plus chaotique, ben c'est par 10 qu'il faut diviser.)
Quoi qu'il en soit l'effort à fournir est énorme. Nécessaire, inévitable, mais énorme.
Notons aussi que ça, c'est si on adopte une approche 100% sobriété. On peut aussi atténuer cet effort en décarbonnant une partie de l'économie avec un mélange d'efficacité énergétique et d'énergies décarbonnées. Théoriquement, on pourrait :
développer un peu plus le train sur les longues distances, et le métro/tram/trolleybus dans les villes dans l'objectif de remplacer une partie des voitures et des camions,
développer les autoroutes électriques et électrifier les poids lourds,
développer les voitures et camions électriques sur batterie (on n'électrifiera pas tout le parc en 27 ans, mais on peut en électrifier une petite partie,
isoler les logements et replacer le chauffage au gaz et au fuel par du chauffage électrique,
produire de l'hydrogène par électrolyse pour décarbonner une partie de l'industrie (notamment la production d'engrais azotés, et la production d'acier)
Ça ne nous empêchera pas de décroître. Mais disons qu'au lieu de se serrer la ceinture de cinq crans, on ne se ne la serrera que de trois ou quatre.
B. la décroissance sur l'objectif nucléaire
En France, le nucléaire c'est 75% de notre électricité. Si on adopte un objectif de zéro nucléaire c'est donc que:
on se prive des mesures d'amortissements que je viens d'évoquer. On ne développe pas plus les transports électriques, on ne développe pas plus le chauffage électrique, on ne développe pas la production d'acier décarbonné et d'engrais azotés décarbonnés. On reste sur la trajectoire de division par 5 de tous les secteurs.
On divise par 4 notre consommation actuelle d'électricité. Ça veut dire:
4x moins de trains qui circulent (la SNCF est le premier consommateur d'électricité en France), 4x moins de trams, de métros, de trolleybus, etc.
4x moins de production industrielle. Cette fois pas juste sur les industries qui tournent au fuel et au gaz, mais également sur celles qui fonctionnent à l'électricité...donc 4x moins de chaines de montage robotisées, 4x moins de datacenters... Tout ça alors qu'on essaye actuellement de relocaliser notre industrie.
4x moins de bibelots électriques. Un frigo 4x plus petit, 4x moins de temps d'utilisation de four, lave-linge, aspirateur, chauffe-eau... Et bien évidemment 4x moins de temps de mouling sur linuxfr.
Personnellement je considère que le nucléaire c'est l'ABS de la transition énergétique. On va devoir freiner d'un coup sec quoi qu'il arrive. Vouloir en plus se passer d'une électricité décarbonnée, abondante et pilotable c'est vouloir rendre le freinage inutilement plus brutal.
[^] # Re: Que propose-t-on à la place ?
Posté par eingousef . En réponse au lien Appel de scientifiques contre un nouveau programme nucléaire (moinssage attendu). Évalué à 8.
Je vais nombrilistement adopter le point de vue fr_FR, désolé pour les autres francophones qui passent ici, il faudra adapter les chiffres ;)
A. La décroissance sur l'objectif climatique
En France, on émet environ 10 tonnes d'équivalent CO2 par habitant par an. Pour respecter l'objectif des +2°C en 2100 (Accords de Paris), et restant sur la trajectoire d'évolution démographique planétaire actuelle, cela veut dire qu'il faut atteindre un niveau d'émission de 2 tCO2eq/habitant/an dans un temps raisonnablement court. En général on utilise la date un peu symbolique de 2050, il faut donc que dans les 27 ans qui nous restent, le français moyen ait divisé par 5 ses émissions de GES.
En supposant qu'on répartisse l'effort de façon uniforme entre tous les secteurs, ça veut dire :
5x moins d'émissions dans les transports. 5x moins de km parcourus en voiture, car, bus, avion, bateau. 5x moins aussi de bibelots, qui ont besoin de bateaux et de camions pour venir jusque chez nous.
5x moins d'émissions dans le bâtiment. 5x moins de m2 supplémentaires construits. Ça veut dire qu'on va devoir progressivement entasser plus de personnes dans les logements existants, entasser plus d'employés dans les bureaux existants.
5x moins d'émissions dans l'agriculture. Les trucs les plus émetteurs sont la viande, notamment gros animaux (bovins, ovins...) et les produits issus d'animaux (laitages, œufs...). Il faut manger 5x moins de tout ça. Ça veut dire en gros devenir quasi-végétarien.
5x moins d'émissions dans l'industrie. Ça veut dire en gros produire 5x moins de trucs. Et donc en consommer 5x moins. 5x moins de vêtements, 5x moins d'appareils électroménagers, 5x moins de machines pour mouler sur linuxfr.
Rien sur l'électricité, qui en France est essentiellement décarbonnée.
(Notons que dans tout ça je n'ai pas rajouté les contraintes liées à la variation du climat. On peut se dire qu'on va diviser par 5 la production de maïs, par exemple, mais si derrière on se prend une division par 2 des rendements à cause d'un climat plus chaotique, ben c'est par 10 qu'il faut diviser.)
Quoi qu'il en soit l'effort à fournir est énorme. Nécessaire, inévitable, mais énorme.
Notons aussi que ça, c'est si on adopte une approche 100% sobriété. On peut aussi atténuer cet effort en décarbonnant une partie de l'économie avec un mélange d'efficacité énergétique et d'énergies décarbonnées. Théoriquement, on pourrait :
développer un peu plus le train sur les longues distances, et le métro/tram/trolleybus dans les villes dans l'objectif de remplacer une partie des voitures et des camions,
développer les autoroutes électriques et électrifier les poids lourds,
développer les voitures et camions électriques sur batterie (on n'électrifiera pas tout le parc en 27 ans, mais on peut en électrifier une petite partie,
isoler les logements et replacer le chauffage au gaz et au fuel par du chauffage électrique,
produire de l'hydrogène par électrolyse pour décarbonner une partie de l'industrie (notamment la production d'engrais azotés, et la production d'acier)
Ça ne nous empêchera pas de décroître. Mais disons qu'au lieu de se serrer la ceinture de cinq crans, on ne se ne la serrera que de trois ou quatre.
B. la décroissance sur l'objectif nucléaire
En France, le nucléaire c'est 75% de notre électricité. Si on adopte un objectif de zéro nucléaire c'est donc que:
on se prive des mesures d'amortissements que je viens d'évoquer. On ne développe pas plus les transports électriques, on ne développe pas plus le chauffage électrique, on ne développe pas la production d'acier décarbonné et d'engrais azotés décarbonnés. On reste sur la trajectoire de division par 5 de tous les secteurs.
On divise par 4 notre consommation actuelle d'électricité. Ça veut dire:
Personnellement je considère que le nucléaire c'est l'ABS de la transition énergétique. On va devoir freiner d'un coup sec quoi qu'il arrive. Vouloir en plus se passer d'une électricité décarbonnée, abondante et pilotable c'est vouloir rendre le freinage inutilement plus brutal.
*splash!*