• [^] # Re: Spectre autistique et "être" autiste

    Posté par . En réponse au journal L'autisme. Évalué à 10.

    L'autisme n'est pas une chaude pisse.

    Je n'ai jamais dit le contraire, et d'ailleurs je ne suis pas pour l'usage du terme autiste à tout bout de champ. Le mot a un sens, il est légitime dans ce sens, et on a créé un autre terme pour des troubles apparentés, ce qui crée une catégorie plus vaste.

    Les personnes avec Autisme comme dit Josef Schovanec ont peut-être juste besoin qu'on leur fasse une place.

    Sauf qu'elles ne sont pas les seules en difficulté. C'est intéressant que tu parles d'injonction à la normalité, parce que dans bien des cas, l'injonction à la normalité, c'est juste le droit de tous, y compris les non-TSA, d'avoir une vie relationnelle, familiale et professionnelle qui ne vole pas en éclats sans prévenir. J'ai parlé plus haut de mon ancien chef qui avait un TSA. Quand il m'a expliqué posément, en réunion, devant tout le service, y compris l'étudiant que j'encadrais, que je n'avais pas atteint l'objectif (inatteignable) qu'il m'avait fixé (malgré mes protestations) et qu'il était très déçu, tout en étant le seul à ne pas se rendre compte du malaise qu'il provoquait, est-ce qu'il avait besoin qu'on lui fasse une place ou qu'on le remette à ladite place ?

    Entendons-nous bien : je ne suis pas pour refuser toute adaptation. Quand le Carrouf à côté de chez moi met en place des heures silencieuses, sans musique, sans pub et avec annonces au micro limitées au strict nécessaire, c'est incroyablement reposant même pour un non-TSA. Ublock Origin (ou son prédecesseur Adblock Plus) aurait tout à fait pu être codé par un TSA, ça n'empêche que c'est une bénédiction pour tous. De manière générale, si on peut rendre le monde un peu plus accessible aux TSA sans (trop) le dégrader pour les autres, il faut le faire. Mais ça ne règlera pas le symptôme principal de l'autisme, qui est la relation à autrui.

    Et ça, la psychiatrie ne peut pas le traiter (et elle devrait refuser de le faire)

    Bien sûr que si. Déjà, elle peut diagnostiquer, ce qui est nécessaire au déclenchement de la prise en charge par la société. Ensuite, et surtout, le médecin en général (et le psychiatre en particulier) a trois rôles : la prévention, le curatif et le palliatif. Il a aussi à sa disposition deux types d'outils : le médicament (et au sens élargi, les dispositifs médicaux) et le non-médicamenteux.

    Pour la prévention et le curatif, c'est simple, il n'y a rien dans les TSA. On naît autiste et on le reste à vie. Reste le palliatif. Le psychiatre est un expert des aménagements de vie et des thérapeutiques, qu'elles soient médicamenteuses (traiter une agitation ou une angoisse excessive, au sens de bloquante pour le patient) ou non médicamenteuses (limiter les surstimulations, anticiper les situations à risque). On peut ajouter une troisième catégorie : poser des contre-indications. Le patient TSA, comme tous les autres patients, n'est pas que TSA. Il a aussi le droit d'avoir toutes les autres pathologies du monde, et il faudra bien le traiter. Le rôle du psychiatre est aussi de dire aux autres médecins les médicaments à éviter car susceptibles d'aggraver les symptômes.

    J'ai l'impression que tu vois les autistes comme des incompris, la société comme coupable de son intolérance et les psychiatres comme des flics en blouse blanche. Sauf que l'autisme est une véritable maladie, que les autistes, les vrais, ils passent plus de temps à dodeliner de la tête en répétant une monosyllabe qu'à écrire des bouquins sur l'autisme où ils demandent à ne pas être vus comme autistes (tout en lisant leur bouquin sur l'autisme). Ce n'est pas pour rien qu'on parle de spectre autistique : il y a tout un éventail de troubles derrière. Et si la société a du mal avec les TSA, c'est bien souvent parce que, oui, il est compliqué de s'adapter à quelqu'un qui comprend un tiers des émotions qu'il cause chez autrui. Ça peut s'apprendre. Mais ça n'a rien de spontané.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.