• [^] # Re: Spectre autistique et "être" autiste

    Posté par . En réponse au journal L'autisme. Évalué à 10. Dernière modification le 14 juin 2023 à 15:15.

    Ben non. Appeler un chat un chat, c'est la base d'une prise en charge adaptée, surtout quand le handicap impacte directement la vie sociale de l'individu. Il faut quand même rappeler que pour les personnes les plus autistes, celles pour lesquelles il n'y a pas besoin d'échelle tellement le diagnostic est évident, l'autisme est envahissant : il définit à lui seul la vie de la personne, indépendamment de toute stigmatisation. Quand on n'arrive qu'à grand-peine à apprendre à parler et qu'on est incapable de toute interaction sociale, l'avis des autres, c'est le dernier des problèmes.

    Il est impossible de proposer une prise en charge à des personnes à qui on "refuse de coller une étiquette" et autres gentillesses mal à propos. Le rôle du médecin ou du psychologue, dans cette situation, est justement de poser un diagnostic, et le rôle de tout l'entourage, c'est de prendre connaissance de cette étiquette et d'en tenir compte.

    Après, on doit s'interroger sur notre tendance, en tant que société, à transformer des termes médicaux en insultes. Crétin, débile, mongolien, trisomique ont tous été et sont encore des termes médicaux, utilisés dans un sens clinique, non péjoratif, et sont tous devenus des insultes. On a même dû changer le nom du mongolisme pour s'écarter du stigma associé à ce terme, sans que ça ne change rien : en quelques années, "triso" est à son tour devenu une insulte. Le problème n'est pas dans le nommage de la maladie : il est dans la tendance de la société à ériger le malade en contre-modèle.

    Non, la vraie bonne raison de parler de trouble du spectre autistique, c'est que l'autisme ne déroge pas à la règle générale de la pathologie psychiatrique : personne n'est tout blanc ou tout noir, on a tous des traits caractéristiques de chaque pathologie à des degrés variés, c'est l'accumulation de ces traits qui définit la pathologie et la frontière est difficile à tracer.

    En général, on va utiliser des échelles de mesure et fixer des cutoffs : en dessous, on est normal, au-dessus, on est $PSYCHIATRIC_DISEASE. Mais si le cutoff d'une échelle est à 50, alors on peut se retrouver avec des personnes étiquetées normales à 49 et d'autres étiquetées autistes à 51 alors qu'elles sont bien plus proches entre elles que d'une personne à 5 ou à 100, par exemple. C'est pourquoi, plutôt que de discrétiser, on choisit de parler de spectre autistique et de considérer le cas continu, bien plus précis.

    Il se trouve que ça a pour effet de donner un nom à trois mots à un ensemble de pathologies qui s'en trouve élargi, et de rendre l'insulte plus difficile (car une injure doit pouvoir s'énoncer brièvement, sous le coup de la colère). Mais j'ai confiance en l'humanité : soit "TSA" deviendra à son tour une insulte, soit, ce qui est plus probable, "autiste" le restera, et de toute façon, le lien entre autisme et TSA est suffisamment évident pour que le stigma perdure.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.