• [^] # Re: Un juge d'instruction...

    Posté par . En réponse au lien Affaire du 8 décembre : le chiffrement des communications assimilé à un comportement terroriste. Évalué à 6.

    Dans ce cas là, rien n'empêche un policier qui aurait des soupçons (même infondés) de demander à ouvrir le coffre-fort de n'importe qui.

    Pas de n'importe qui, puisqu'il y a bien une enquête en cours (ce ne sont pas les policiers qui décident arbitrairement sur qui ils vont enquêter, il doit dans ce genre de cas y avoir une plainte du ministère ou un truc de ce genre).

    En fait, tu peux imaginer que la police fait une perquisition chez toi, sur autorisation du juge d'instruction. Ils trouvent un coffre fort, et te demande de l'ouvrir. Tu peux répondre "oui" ou "non". Si tu réponds "oui" et qu'il n'y a rien dedans, on passe à la question suivante. Si tu réponds "non", ce qui encore une fois est ton droit, le policier peut trouver ça suspect et vouloir quand même ouvrir le coffre (quitte à le détruire). Si au moment de l'ouverture le coffre était piégé et qu'un système a détruit tout ce qu'il contenait, le rapport d'enquête va mentionner que tu n'as pas voulu ouvrir ton coffre et que tu l'avais équipé d'un système d'autodestruction. Ça ne fait pas de toi un coupable, mais ça fait de toi un suspect.

    je leur répondrai que non, je ne veux pas. Est-ce une raison suffisante pour me suspecter de cacher des choses illégales ?

    S'ils perquisitionnent chez toi c'est que tu es déja suspect. Et oui, c'est une raison suffisante pour suspecter que tu caches des choses dans les documents que tu ne veux pas leur fournir, comment peut-il en être autrement? C'est un raisonnement (Bayesien) totalement valide; si A est l'évènement "il y a un fichier pédo-terroriste sur l'ordinateur du suspect", et D est l'évènement "le suspect ne veut pas fournir le mot de passe pour déchiffrer son disque"; tu peux tourner le problème dans tous les sens, mais P(A | D) = P(D | A) P(A) / P(D). Or, P(D | A) est nécessairement > P(D) (même si tu as peu de chances de montrer ton disque, tu aurais encore moins envie de le faire s'il y avait des fichiers compromettants dessus), et donc, P(A | D) > P(A) : en refusant de montrer ton disque, tu as augmenté la suspicion. C'est normal, c'est logique, c'est comme ça que fonctionne la procédure. Le seul qui fait une erreur de raisonnement dans l'histoire, c'est celui qui pense que de garder le silence ou de ne pas fournir son mot de passe ne le rend pas plus suspect (encore une fois, sans que ça indique quoi que ce soit sur la culpabilité : ça va juste inciter le juge à ordonner l'ouverture destructrice du coffre, par exemple, ou la pose de micros).

    Ce qui me dérange, c'est qu'il ne semble pas y avoir d'autres indices et cela qui est très dérangeant.

    Oui, mais c'est évident qu'on ne sait pas tout. Alors oui, les enquêtes complètement bidonnées, ça existe; les juges d'instruction qui font des erreurs manifestes aussi, mais je n'ai pas l'offuscation aussi facile que ça. Ce qui me fait tiquer par exemple c'est la détention provisoire; c'est un juge différent du juge d'instruction qui statue.